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St Paul's : le pensionnat pour Autochtones oublié de North Vancouver

La région de Vancouver comptait un seul pensionnat pour les Autochtones, situé à North Vancouver, et détruit il y a plus de 60 ans. Une nouvelle école catholique a été construite à sa place. Aujourd'hui, son histoire a été largement oubliée et les membres des Premières Nations survivants de ce pensionnat tentent d'honorer leur devoir de mémoire.

Un ourson en peluche blanc et un vire-vent devant une plaque avec des noms

Des objets sont déposés devant une plaque commémorant les enfants décédés au pensionnat autochtone de St-Paul, à North Vancouver.

Photo : Radio-Canada

À 78 ans, Barbara Wyss a gardé un souvenir très précis de ses années au pensionnat St Paul's. Cette membre de la Première Nation Squamish habite dans la réserve Capilano, à deux pas du centre-ville de Vancouver. Pour s'y rendre, les Vancouverois n'ont qu'à traverser le pont Lion's Gate, qui mène à North Vancouver.

Barbara Wyss.

Barbara Wyss, dont le nom de jeune fille est Nahanee, a été envoyée au pensionnat pour les Autochtones St Paul's avec ses 4 frères et soeurs.

Photo : Radio-Canada / Gabriel Osorio

Le terrain où se dressait anciennement le pensionnat St Paul's est à quelques rues de chez elle. Barbary Wyss y a passé 6 ans de sa vie, de 1950 à 1956.

Quand la navette vient me chercher pour m'emmener faire ma dialyse, on passe devant l'École St Thomas, explique-t-elle. Cette école privée catholique (Nouvelle fenêtre) a été bâtie en 1959 à l'emplacement où se trouvait le pensionnat, avant qu'il soit détruit.

Je pouvais voir ma maison depuis l'étage du pensionnat. Je rêvais de m'enfuir.

Une citation de :Barbara Wyss, survivante du pensionnat St Paul's
Un bâtiment de bois de deux étages comprenant plusieurs ailes et dont le toit est mansardé.

Cette carte postale des années 1920 montre le pensionnat pour Autochtones St Paul's, à North Vancouver, ouvert de 1899 à 1958.

Photo : Jack Wardlaw - MONOVA

Quand on lui montre la photo noir et blanc du pensionnat pour Autochtones St Paul's, Barbara Wyss décrit sans hésitation le bâtiment.

Quand je suis arrivée, j'ai été installée au deuxième étage parce que j'étais petite, dit-elle en montrant la partie droite du bâtiment. Mais à l'âge de 12 ans, on m'a transféré au dortoir des grandes, explique-t-elle en pointant la partie gauche du pensionnat.

Interdiction de voir sa famille pendant des années

C'est de ce dortoir qu'elle pouvait voir la maison de ses parents, sur les terres de la Nation Squamish (Nouvelle fenêtre). Ses parents ont passé des années sans pouvoir revoir leurs 5 enfants, qui étaient au pensionnat situé à peine à quelques rues de leur maison.

Tout ce que les soeurs disaient devenait loi.

Une citation de :Barbara Wyss

À l'intérieur du bâtiment, les soeurs de l'Enfant Jésus maintenaient une discipline de fer, selon Barbara Wyss. L'objectif du gouvernement canadien, en confiant le pensionnat aux Oblats de Marie-Immaculée et aux soeurs de l'Enfant Jésus, deux communautés religieuses catholiques, était d'assimiler les jeunes Autochtones.

Les punitions étaient la ceinture, et la pénitence à genoux, se rappelle Barbara Wyss. J'étais punie très souvent, parce que je remettais les choses en question.

Elles parlaient français entre elles quand elles ne voulaient pas qu'on les comprenne. Cela m'a fait détester cette langue.

Une citation de :Barbara Wyss
Un groupe d'enfants en uniformes pose devant une école.

Des enfants autochtones en classes de primaire posent devant le pensionnat St Paul's en 1905.

Photo : Courtoisie de William Nahanee - MONOVA

Deux mille enfants des nations Squamish, Tseil-Wautuh, Musqueam, Lil'wat, Shishalh, et Sto:lo ont été envoyés au pensionnat St Paul's entre 1899 et 1958. Il leur était interdit de parler leur langue.

Certains enfants qui étaient élevés par leurs grands-parents ne parlaient que Squamish, se rappelle Barbara Wyss. Dès qu'ils parlaient leur langue, ils étaient punis.

Une histoire oubliée

Même si le terrain du pensionnat se trouve maintenant dans une rue passante en pleine ville à North Vancouver, peu de résidents connaissent son histoire.

Nous avons obtenu des fonds pour construire un monument à la mémoire des enfants du pensionnat, raconte Barbara Wyss. Je suis allé faire une présentation devant le conseil municipal, et aucun des conseillers ne connaissait l'existence du pensionnat.

Le frère de Barbara, Jason Nahanee, lui-même survivant du pensionnat St Paul's, a conçu le monument. C'est une sculpture en cèdre représentant deux enfants Squamish précontact, donc avant l'arrivée des étrangers, explique-t-il.

Un mémorial surmonté de deux sculptures en cèdre est recouvert de fleurs et de chaussures.

Le mémorial conçu par Jason Nahanee est placé sur le terrain de l'ancien pensionnat pour Autochtones St Paul's.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

À la base du monument, on a gravé les noms des enfants qui ont été au pensionnat, explique Jason Nahanee. Il est accompagné d'un de ses frères, Morris Nahanee, qui était trop jeune pour être envoyé au pensionnat.

Afin d'honorer ses ancêtres, Morris Nahanee interprète un chant Squamish devant le monument avant de souligner : La base du monument illustre bien la générosité de la nation Squamish : devant chaque nom d'enfants, on a écrit "admis au pensionnat", alors qu'en fait les enfants ont été enlevés puis emprisonnés au pensionnat!

On nous apprit que l'Église était tout, et que notre peuple n'était rien.

Une citation de :Jason Nahanee, survivant du pensionnat St Paul's

Jason Nahanee, envoyé au pensionnat en 1952, se souvient de l'enseignement religieux, de longues heures passées à l'église, des punitions et de l'interdiction de parler sa langue.

Aujourd'hui, je n'en veux pas à l'Église, précise-t-il, même si mes années passées au pensionnat ont eu un impact négatif sur ma vie, encore maintenant.

Jason Nahanee a essayé avec beaucoup de difficultés de réapprendre sa langue, mais depuis sa retraite, il a réussi à renouer avec une partie des traditions Squamish. Il sculpte et tisse des couvertures traditionnelles.

Jason Nahanee en habit traditionnel Squamish devant sa maison.

La maison de Jason Nahanee se trouve à quelques rues du pensionnat pour Autochtones St Paul's où il a été envoyé à l'âge de 3 ans.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

Son monument est maintenant recouvert de petites chaussures et de jouets en peluches déposés depuis la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d'enfants sur le site du pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Aucun décès n'a été officiellement répertorié au pensionnat St Paul's, mais Jason et Morris Nahanee pensent que des enfants ont pu disparaître sans laisser de traces administratives.

Ce n'est pas aussi horrible qu'à Kamloops, mais il y a des corps ici aussi.

Une citation de :Barbara Wyss, survivante du pensionnat St Paul's

Selon Barbara Wyss, aucun enfant n'a été enterré sur le site du pensionnat. On a demandé à des élèves d'aller enterrer des corps dans le cimetière de la Nation Squamish, proche du pensionnat, dit-elle. Donc il y a des corps quelque part. On commence juste à le découvrir.

Un groupe d'enfants en uniformes pose devant une école.

St Paul's : le pensionnat pour Autochtones oublié de North Vancouver

Photo : Courtoisie de William Nahanee - MONOVA

Radio-Canada a communiqué à de nombreuses reprises avec l'archidiocèse de Vancouver pour obtenir des informations à propos du pensionnat pour Autochtones St Paul's, car celui-ci était géré par l'Église catholique. L'archidiocèse n'a pas répondu.

La famille Nahanee, dont des dizaines de membres ont été envoyés au pensionnat St Paul's sur plusieurs générations, oeuvre désormais pour assurer l'avenir culturel des prochaines générations.

Les plus jeunes membres de ma famille réapprennent notre langue, dit Barbara Wyss avec fierté.

Ils apprennent à propos de notre culture et ils enseignent à leurs enfants aussi. Savoir que je viens d'une génération vidée de sa culture, et que des choses positives arrivent maintenant... J'en suis reconnaissante. Elle conclut en disant, avec un sourire en coin : Amen!

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