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Le Nouveau-Brunswick court des risques en ouvrant ses frontières, selon des experts

Montage photographique de Malgorzata Gasperowicz et du virus responsable de la COVID-19.

Lever l’obligation de s’isoler dans le cas des Canadiens qui arrivent d’autres régions et qui ont reçu une seule dose de vaccin met à risque les succès remportés par le Nouveau-Brunswick contre la COVID-19 jusqu’à présent, estime la biologiste Malgorzata Gasperowicz, de l'Université de Calgary.

Photo : CBC/NIAID-RML/Reuters

Radio-Canada

L’ouverture des frontières du Nouveau-Brunswick à tous les Canadiens est risquée, selon des experts.

La province a annoncé mercredi une plus grande ouverture de ses frontières. Ceux qui ont reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19 n'ont pas à s'isoler à leur arrivée.

C’est risqué, juge Malgorzata Gasperowicz, biologiste à l’Université de Calgary et qui avait publiquement recommandé à d’autres provinces, l’automne dernier, d'adopter des mesures de prévention de la COVID-19 aussi sévères que celles adoptées en Atlantique.

Elle estime qu’il est dangereux pour le Nouveau-Brunswick de passer au déconfinement parce que 75 % de sa population admissible a reçu une seule dose de vaccin. Cela ne suffit pas, selon elle, étant donné l’augmentation du nombre de cas du variant Delta ailleurs au pays.

Lever l’obligation de s’isoler dans le cas des Canadiens qui arrivent d’autres régions et qui ont reçu une seule dose de vaccin met à risque les succès remportés par le Nouveau-Brunswick contre la COVID-19 jusqu’à présent, estime Mme Gasperowicz. Elle dit qu’il ne faut pas amener le variant Delta dans les régions qui en sont exemptes.

L’épidémiologiste Raywat Deonandan, à l’Université d’Ottawa, est moins inquiet, mais il estime que le nombre de cas de COVID-19 ailleurs au pays doit faire partie des critères pour rouvrir les frontières. Ce qui manque ici, c’est ce qui se passe dans le reste du Canada, dit-il.

Deux étapes de déconfinement en 24 heures

Le premier ministre Blaine Higgs a annoncé mercredi que la province passait à la deuxième étape du plan de retour à la phase verte normale 24 heures à peine après la première étape.

Le passage à la deuxième étape, qui comprend notamment l’ouverture des frontières à tous les Canadiens, repose sur le fait qu’au moins 20 % de la population du Nouveau-Brunswick âgée de 65 ans et plus a reçu deux doses de vaccin anti-COVID-19.

Le relâchement des restrictions repose aussi sur un faible taux d’hospitalisations liées à cette maladie, mais le taux n’est pas quantifié et toutes les zones sanitaires de la province sont toujours en phase jaune.

La gestion du risque est un élément clé, selon la Dre Russell

La médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Jennifer Russell, a reconnu mercredi que le nombre de cas de COVID-19 risque de repartir à la hausse dans la province avec l'ouverture des frontières et l'augmentation des déplacements.

Nous prévoyons que les cas vont augmenter, mais ça ne nous inquiète pas beaucoup parce qu'une grande partie de ces cas seront des gens qui ont été vaccinés et qui auront des symptômes moins importants. Nous ne prévoyons donc pas voir une augmentation drastique des hospitalisations, a expliqué la Dre Russell.

Jennifer Russell donne une conférence de presse.

La Dre Jennifer Russell a expliqué mercredi que le nombre d’hospitalisations à cause de la COVID-19 devrait rester faible, malgré le relâchement des mesures de restriction, parce que le taux de vaccination augmente (archives).

Photo : Gouvernement du Nouveau-Brunswick

Le premier ministre a rappelé cette semaine que son gouvernement a annoncé en mai les étapes et les critères du déconfinement. Un report aurait déçu beaucoup de gens qui ont fait des efforts diligents pour satisfaire ces critères, a-t-il expliqué.

Blaine Higgs a également souligné que le port du masque et l’éloignement physique dans les lieux publics intérieurs restent obligatoires

Un plus haut taux de deuxième dose recommandé

La biologiste Malgorzata Gasperowicz estime que le Nouveau-Brunswick aurait dû établir un seuil plus élevé de personnes doublement vaccinées parce que le variant Delta est plus contagieux que le virus original.

Lorsque ce variant commence à se répandre dans une région, il est difficile de l’arrêter, explique-t-elle.

Le nombre de cas de COVID-19 en général diminue en Alberta, ajoute-t-elle, mais le nombre de cas causé par le variant Delta augmente au point où elle craint qu’une quatrième vague se produise durant l’été.

Une seule dose de vaccin anti-COVID-19 procure une protection d’environ 30 % contre ce variant, indique la biologiste.

Si des touristes de l’Ontario ou du Québec qui n’ont reçu qu’une dose de vaccin arrivent au Nouveau-Brunswick sans avoir à s’isoler durant deux semaines et qu'ils sont porteurs du variant, ils risquent de contaminer bien d’autres personnes dans la province même si ces dernières ont aussi reçu une dose de vaccin, explique Malgorzata Gasperowicz.

La vaccination est bonne , mais elle n'élimine pas tous les risques de contagion, rappelle Mme Gasperowicz.

La Dre Russell assure que la province va continuer de faire des tests de dépistage et de surveiller le respect des règles de santé publique.

La troisième étape, le déconfinement complet

La troisième étape du déconfinement, qui comprend l'élimination de toutes les restrictions, est prévue pour lorsqu’au moins 75 % de la population âgée de 12 ans et plus aura reçu deux doses de vaccin. La date prévue pour cela est le 2 août, mais Blaine Higgs a dit cette semaine que le seuil pourrait être atteint plus tôt.

Raywat Deonandan estime que cela équivaut à vacciner 66,5 % de la population totale, ce qui n’est pas mauvais, même si c’est insuffisant pour atteindre l'immunité collective. Les enfants de 12 ans et moins ne peuvent pas recevoir le vaccin pour le moment.

Raywat Deonandan.

Raywat Deonandan, épidémiologiste à l’Université d’Ottawa, estime que le Nouveau-Brunswick doit accorder plus d’importance au nombre de cas de COVID-19 à l’extérieur de l’Atlantique en ouvrant ses frontières.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Éliminer la COVID-19 par l’immunité collective est vraisemblablement impossible au Canada, selon le Dr Deonandan, parce que les gens ne se feront probablement pas vacciner en nombre suffisant et n’ont pas la patience pour accepter des mesures plus sévères pour stopper le virus.

Le but est donc d’atteindre ce qu’il appelle une immunité collective pratique. Il explique que cela consiste à ouvrir la société et à tolérer des éclosions qui vont toucher presque exclusivement les gens non vaccinés et qu’on croit pouvoir être gérées par le système de santé sans qu’il soit surchargé.

L’opposition est partagée

Le chef du Parti vert, David Coon, croit qu’il n’aurait pas fallu ouvrir les frontières aussi rapidement. Il soutient que la province aurait dû faire preuve de plus de prudence en raison du variant Delta (le variant découvert en Inde).

Pour moi, ce n’est pas acceptable. Dans le passé, depuis 2020, la période d’isolation était de 14 jours. La santé publique disait que c’était très important, donc je ne comprends pas maintenant le changement , soutient-il.

M. Coon croit que les autorités devraient exiger que les Canadiens qui n’habitent pas au Nouveau-Brunswick aient deux doses du vaccin contre la COVID-19 pour ne pas devoir s’isoler en entrant dans la province.

David Coon porte un masque et participe à une mêlée de presse.

David Coon, le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick (archives)

Photo : Radio-Canada

Jean-Claude d’Amours, le député libéral d’Edmundston-Madawaska-Centre, estime que la province n’a pas précipité son geste pour ce qui est de l’ouverture des frontières.

Je pense que la santé publique au Nouveau-Brunswick a toujours quand même tenu le même discours. Et à ce niveau-là, il n’y a pas grand raison de ne pas leur faire confiance , explique-t-il en soulignant qu’il y aura toujours des risques.

Même si la province est passée rapidement d’une phase à l’autre, il croit que l’arrivée de voyageurs se fera de manière progressive.

J’ai l'impression que ça va quand même être progressif, parce que personne n’avait prévu que ça allait être aussi rapide, assure-t-il.

Le député libéral Jean-Claude D'Amours en conférence de presse.

Le député libéral Jean-Claude D'Amours (archives)

Photo : Radio-Canada

Les députés de l’Alliance des gens trouvent quant à eux que l’ouverture des frontières n’a pas été assez rapide. Dans un courriel, la responsable des communications, Laverne Steward, explique que Kris Austin et Michelle Conroy demandaient un relâchement des mesures plus tôt en raison du faible nombre de cas et d’hospitalisations.

Avec les informations de Jacques Poitras, de CBC, et de Pascal Raiche-Nogue

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