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Les multiples visages de la paternité

un papa marche main dans la main avec son enfant.

La paternité a de multiples visages

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

J’avais 42 ans quand je suis devenu père. Peut-être à cause de mon âge un peu avancé (42 ans, c’est quand même vieux pour avoir un enfant, non?), j’étais prêt à 100 % et heureux d'arriver à cette nouvelle étape de ma vie. L’arrivée d’un enfant, c’est connu, nous transforme et nous remet perpétuellement en question; notre vision du monde, nos valeurs, nos capacités parentales. En cette Semaine québécoise de la paternité et à l’occasion de la fête des Pères, j’ai eu envie d’explorer différents modèles paternels pour démontrer qu'il n'y a pas qu'une seule façon de devenir et d'être papa.

Moi, j’ai deux papas!

Pierre est en couple depuis 12 ans avec son conjoint Marc-André. Ils sont les papas d’un petit garçon de quatre ans, qu’ils ont adopté il y a deux ans. Aussi loin qu'il se rappelle, il souhaitait avoir des enfants.

Quand j’ai découvert que j’étais gai, je savais que j’aurais [quand même] une famille un jour. [Mais] je n’avais pas de modèle de gens ouvertement LGBTQ+ qui avaient des enfants.

Une citation de :Pierre McCann, papa

Je ne savais même pas que c’était possible d’être ouvertement gai, pour dire à quel point je n’avais pas d’exemples autour de moi. Même qu’à un moment donné, j’ai fait le choix de ne pas être gai, comme si je pouvais faire ce choix-là.

L’adoption devient rapidement l’option retenue par le couple pour fonder une famille. Cela leur semble plus sûr et plus près de leurs valeurs que d’avoir recours à une mère porteuse. L’aventure se révèle toutefois compliquée et ardue. C’est beaucoup d’attente, d’incertitude et d'ambiguïté, nous explique Pierre. Il y a beaucoup d’étapes à franchir : des entrevues, des vérifications de toutes sortes, des bilans médicaux.

Son intégrité est même mise à rude épreuve un jour. Alors qu’il est dans le bureau de son médecin, pour un formulaire exigé sur son état de santé, il se fait poser par ce dernier cette curieuse question : Toi, es-tu pédophile?

Sur le coup, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai juste répondu non, comme s’il me posait une question toute banale, se rappelle Pierre encore estomaqué. Et il me dit : "Il y en a tellement", et il continue à remplir le formulaire. C’est clair qu’il m’a posé cette question-là parce que je suis gai. ll ne l’aurait pas posé à un papa hétérosexuel. Pierre songe à porter plainte, mais il rejette finalement l’idée pour ne pas nuire au processus d’adoption.

Deux papas avec leur enfant sur les épaules.

Marc-André, Pierre et leur fils.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Il faut être convaincu pour se lancer dans une pareille aventure, mais les yeux de Pierre s'illuminent lorsqu’il nous parle de son fils et de son rôle de père. Lui, qui vient d’une famille de quatre enfants, a de la difficulté à trouver les mots pour exprimer à quel point son enfant était désiré, et comment il est précieux dans sa vie. Il est vraiment fier du lien d’attachement qu’ils ont su créer avec leur garçon, qui se plaît à dire fièrement du haut de ses quatre ans : Moi, j’ai deux papas!

Faire le choix d’être parent quand on est homosexuel amène aussi son lot de questionnement et certaines inquiétudes par rapport au jugement des autres. Cependant, comme le confie Pierre, les questions posées portent plus souvent sur le fait que l’enfant a été adopté que du fait que ses parents sont du même sexe.

Dès notre première sortie en carrosse dans notre quartier, je me disais : "On va se faire arrêter par des gens et se faire poser des questions. On va avoir des regards."

Une citation de :Pierre McCann

Non, pas pantoute! On a un fils qui est tellement mignon et attachant que l’attention des gens va vers lui plutôt que vers nous, souligne-t-il en riant.

Pierre précise toutefois que le parent LGBTQ+ vit certains obstacles auxquels n’est pas soumis un couple hétérosexuel, qui ne connaît pas de problème de conception. Un parent hétérosexuel [fertile] n’a pas à demander la permission d’avoir un enfant, n’a pas à vivre des évaluations psychosociales. Il n’a pas à défaire des préjugés qu’il a intériorisés. [Je me suis déjà dit] que je serais un mauvais parent parce que je suis LGBTQ+. C’est sûr que nos enfants, tabarouette qu’on les a voulus et qu’on a travaillé.

Pierre raconte à quel point son conjoint et lui s’impliquent au bon développement de leur garçon. Un enfant adopté présente son lot de défis, qui demandent parfois aux parents de s’investir davantage. Leur fiston a un retard de langage qu’il rattrape graduellement, grâce au soutien de différentes ressources et à l’implication de ses deux papas. Mon Dieu que c’est valorisant d’être son père! Il passe à travers ça avec plein de bonne humeur et joie de vivre. Les gens nous le disent souvent : "Vous êtes vraiment des papas dévoués. On sent que votre fils ne manquera de rien". On a souvent ce genre commentaire là, beaucoup plus que des préjugés en lien avec la parentalité LGBTQ+.

deux papas prennent leur garcon par la main.

Marc-André et Pierre et leur garçon.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Le vrai père Noël, c'est mon grand-papa!

Les petits-enfants de Benoît Rousseau peuvent se vanter que le père Noël est leur grand-papa. Lors du tout dernier défilé à Sherbrooke, avant la pandémie, c’était lui qui personnifiait l’homme à la barbe blanche et saluait les milliers de personnes massées le long du parcours. Benoît ressemble effectivement à s’y méprendre à ce sympathique personnage. Même avec sa barbe « estivale », plus courte, un enfant l’a récemment montré du doigt en disant : Regarde maman! C’est le père Noël! Un souvenir qui ramène toujours un sentiment de fierté à Benoît Rousseau.

Un grand-papa avec ses deux petits-enfants.

La présence de ses petits-enfants est très précieuse dans la vie de Benoît Rousseau.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

À la retraite depuis quelques années seulement, il passe avec sa conjointe Christine beaucoup de temps auprès de ses petits-enfants, Marcus et Lexie, âgés respectivement de 6 et 9 ans. Le couple a deux autres petits-enfants, un peu plus vieux, qui vivent dans la région de Québec.

C’est dans l’action et dans la transmission du savoir que Benoît accomplit son rôle de grand-père. Il fait l’aller-retour entre Sherbrooke et Magog plusieurs fois par semaine pour accompagner les enfants à leurs cours de gymnastique après l’école. Il fait toutes sortes d’activités avec eux, comme du jardinage, du sport, de la randonnée. Lui et la grand-maman les reçoivent à la maison. Ils jouent à des jeux de société, cuisinent et les gardent parfois pour la nuit. On les gâte, on fait ce qu’ils aiment, dit-il fièrement.

un grand-papa joue au frisbee avec des petits-enfants.

Benoît fait plusieurs activités avec des petits-enfants.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

L’implication parentale se transmet de génération en génération chez les Rousseau. Son père suivait ses enfants dans leurs activités sportives, Benoît l'a fait avec les siens. Sa femme, qui est infirmière à la retraite, travaillait une fin de semaine sur deux, ce qui lui laissait du temps pour passer des moments de qualité avec sa fille et son fils. Benoît est d’ailleurs très fier de dire que cette valeur est encore plus présente chez ses enfants.

La présence de ses petits-enfants dans sa vie le garde actif, me dit-il. Elle nourrit sûrement aussi son air jovial et cet éclat rieur qu’il a dans le regard. Sa mère lui a toujours dit affectueusement qu’il avait l’air vieux, et qu’il ressemblait au père Noël, se rappelle-t-il. C’est à sa mort qu’il décide d’enfiler le costume. D’abord pour le plaisir, mais aussi pour voir [la magie] dans les yeux des petits comme des grands, dans les fêtes privées, les garderies en milieu familial et les CPE. Vous ne pouvez pas vous imaginer comme c’est beau à voir! C’est beau, mais aussi parfois triste, quand il entend des questions comme : "Est-ce que mon père sera là à Noël?"

Il enfile le costume rouge et blanc aussi pour ses petits-enfants, qu’il aime tant.

Mon bébé dit à tout le monde que le vrai père Noël, c’est son grand-père.

Une citation de :Benoît Rousseau, grand-papa

Apprendre à devenir père

La dynamique familiale est plutôt particulière chez Laurent. Il est papa d'une famille monoparentale comprenant deux enfants de huit et neuf ans, en garde partagée une semaine sur deux. Rien de bien exceptionnel, sauf que la famille est sous l’autorité de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) en raison de la relation acrimonieuse entre lui et la mère, raconte-t-il ouvertement. Elle et moi, on a de la misère à aller trop proche en intimité. Il faut garder une relation professionnelle de parents, disons.

Laurent m’explique que la DPJ est intervenue parce qu’elle jugeait que le conflit parental pouvait nuire à la sécurité et au bon développement des enfants. Laurent affirme qu'il va bien aujourd'hui, mais qu’il est allé chercher de l’aide. Ce fut d'abord la Maison Oxygène pour les papas en difficulté. Lors de son séjour, il a fait la rencontre d’un travailleur social, avec qui il a cliqué.

Un papa prépare la boîte à lunch de ses enfants.

Laurent s'affaire à préparer la boîte à lunch de ses enfants.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Depuis ce temps, il est dans le groupe d’entraide du RAME, le Réseau d’appui aux familles monoparentales et recomposées de l’Estrie. Il participe au café des pères et aux activités familiales qui sont offertes. C’est aussi beaucoup d’ateliers avec d’autres humains, d’autres parents dans des programmes offerts par les CLSC et aussi par la DPJ. C’est très bénéfique. Souvent, on va donner ça à des parents qui sont ultras marginalisés, ou vraiment défavorisés. Mais moi, je suis allé là pour du développement personnel. Je n’ai jamais été obligé. J’y allais par intérêt.

Depuis deux ans, il a une copine, qui est également maman d'une petite fille. Pour la première fois cet été, ils passeront leurs vacances tous ensemble.

C’est une valeur importante pour moi de montrer à mes enfants que je suis capable de m’améliorer, et qu’une belle relation [avec une femme] est possible.

Une citation de :Laurent

J’ai aussi espoir que ça va s’améliorer avec leur mère, et qu’au mariage de mes enfants, comme on dit [ la discorde sera un lointain souvenir].

Il lit aussi sur le sujet de la parentalité et de la paternité. Il cite l’auteur Jacques Salomé, pour la bienveillance, l’écoute et la complicité au lieu de l’autorité. Il m’a beaucoup éduqué sur ce que j’avais le droit d’avoir comme capacité et comment les développer.

Laurent me dit en souriant qu’il est très fier du cheminement qu’il a parcouru. Ses enfants sont précieux, et il considère qu’il leur offre aujourd’hui, malgré tout ce qui s'est passé, un beau milieu pour grandir. Mes enfants sont intellectuels, ils lisent, on mange bio, on fait du sport. C’est un beau mode de vie.

L’implication de Laurent dans le RAME l’amène à faire toutes sortes d’activités avec ses enfants. Dimanche, 60 pères et enfants participeront à une journée de tyroliennes et d'hébertisme, organisée par le Regroupement pour la valorisation de la paternité. Laurent y sera avec son garçon et sa fille, une belle sortie pour souligner la fête des Pères. Qui malgré les écueils, reste le plus beau rôle de sa vie.

*Le nom de Laurent a été changé pour préserver l’anonymat de ses enfants.

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