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Traite de personnes : tristes records en Nouvelle-Écosse

Certains détails de cette histoire peuvent choquer.

Une femme de dos assise sur un lit.

Les victimes de traite de personnes sont vulnérables et traumatisées, selon un organisme qui les aide, ce qui rend les dénonciations plus difficiles.

Photo : Shutterstock / Yupa Watchanakit

Radio-Canada

C’est en Nouvelle-Écosse qu’on trouve le plus haut taux d’incidents reliés à la traite de personnes au Canada, selon les données les plus récentes de Statistique Canada. Le nombre d’incidents signalés a d’ailleurs triplé en 2019.

Il y a quelques années, Sasha a été ligotée et battue pendant huit heures. Son proxénète, ou son pimp, croyait qu’elle avait parlé de ce qui lui arrivait à quelqu’un d’autre.

Plusieurs femmes comme moi, elles ne veulent pas dénoncer, car elles ne se sentent pas en sécurité, indique la femme interrogée par CBC, qui a accepté de ne pas l’identifier parce que le proxénète en question est toujours en liberté.

Sasha n’est pas seule. Au Canada, le nombre de cas de traite de personnes a augmenté de 44 % en 2019 par rapport à l’année précédente. En Nouvelle-Écosse, le nombre de cas a triplé, soit une augmentation de 400 %. C’est le dixième des cas au pays.

Un portrait incomplet

Plusieurs intervenants croient cependant que la situation est pire, car de nombreux cas ne sont pas signalés.

Des données dévoilées en mai par Statistique Canada montrent qu’en 2019 la ville d’Halifax avait le taux le plus élevé au pays de cas de trafic de personnes. Avec 10 incidents par 100 000 habitants, c’est sept fois et demie la moyenne nationale.

C’est aussi la ville qui arrive au deuxième rang pour le nombre d’incidents, après Toronto.

Dans la métropole ontarienne, on compte 40 affaires de traite de personne pour une population de 6,5 millions d’habitants. À Halifax, avec une population de moins d’un demi-million de personnes, on a signalé 30 cas en 2019.

Miia Suokonautio est directrice du YMCA d’Halifax. Elle s’intéresse depuis des années à cette question et n’est pas surprise des statistiques.

Nous nous attendions en quelque sorte à une augmentation, dit-elle.

Mais elle ajoute que la déclaration des cas n’est pas le meilleur indicateur de la situation réelle. Ces crimes sont sous-déclarés et les victimes sont particulièrement vulnérables, traumatisées et stigmatisées, ce qui rend les dénonciations plus difficiles.

Elle croit que les plus récentes données démontrent une augmentation de la sensibilisation et l’amélioration des ressources pour les victimes, ce qui permet d’améliorer le portrait de la situation, même si ce dernier est encore incomplet à ses yeux.

Une descente aux enfers trop commune

L’histoire de Sasha a commencé, comme bien d’autres, il y a quelques années, après la rencontre d’un homme dont elle est tombée amoureuse. Mais après quelques mois, la relation s’est détériorée.

L’amour et le respect se sont transformés en hommes qui venaient, raconte-t-elle.

Elle s’est retrouvée au milieu de fêtes où des hommes payaient pour voir Sasha et son partenaire avoir des relations sexuelles. La situation a dégénéré et rapidement Sasha a été forcée de se prostituer et n’avait plus le contrôle de l’argent qu’elle gagnait. Si elle ne coopérait pas, elle était battue.

La traite de personnes mène souvent à la prostitution et au trafic de drogues.

La traite de personnes mène souvent à la prostitution, comme dans l'histoire de Sasha.

Photo : iStockphoto

Elle témoigne avoir eu les côtes et l’orbite de l'œil fracturées. Son sternum a été brisé, ses lèvres étaient tuméfiées.

Malgré tout cela, Sasha n’a jamais voulu porter plainte et n'a pas dénoncé ses agresseurs ou son proxénète.

Elle a tout de même réussi à se sortir de sa situation avec l’aide de la Société Elizabeth Frye et collabore maintenant avec l’organisme pour venir en aide à d’autres victimes d’exploitation sexuelle.

Plus de ressources

En 2019, un plan national d’action pour lutter contre la traite de personnes a été lancé. La Nouvelle-Écosse a aussi investi 1,4 million de dollars en 2020 pour combattre le fléau.

Une approche multidisciplinaire est privilégiée et 184 personnes provenant de 80 organismes différents collaborent pour améliorer la sensibilisation et offrir un meilleur soutien aux victimes.

Des améliorations ont aussi été apportées au système de justice, avec l’ajout d’une équipe d’enquêteurs, de procureurs et de conseillers aux victimes spécialisés.

Le caporal David Lane est membre de l’unité de la Nouvelle-Écosse sur la traite de personnes, un groupe composé de policiers de la GRC et d’agents de corps policiers municipaux. Il indique que cette unité privilégie une approche axée sur les victimes.

Lui aussi croit que l’augmentation du nombre de cas dans la province est liée à une meilleure sensibilisation, mais pense que le nombre réel de cas n’apparaît pas dans les statistiques.

Des cas comme celui de Sasha ne se retrouvent pas dans les chiffres, car les victimes ont peur de dénoncer leurs proxénètes, qui sont des maîtres de la manipulation. Parfois, les jeunes filles ne sentent pas qu’elles peuvent se définir comme victime, elles pensent qu’elles ont une part de responsabilité dans ce qui leur arrive, explique le policier.

La Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes, lancée en mai 2019 et gérée par le Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes, est un service d’aiguillage et de soutien des victimes et des survivants de la traite des personnes sans frais, multilingue et accessible 24 heures sur 24. 

Pour joindre la Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes (Nouvelle fenêtre), composez le 1 833 900-1010 ou visitez son site web (Nouvelle fenêtre).

En Nouvelle-Écosse il est possible de joindre l’Unité intégrée sur la traite de personnes en composant le 902 449 2425 et ce, 24 heures sur 24.

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