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Le président brésilien Jair Bolsonaro et la tentation du coup d'État

Jair Bolsonaro l'air pincé.

Le président brésilien Jair Bolsonaro en conférence de presse le 10 juin 2021

Photo : Reuters / Adriano Machado

Pourquoi le ministre de la Défense Fernando Azevedo a-t-il quitté son poste, entraînant la démission des trois généraux à la tête de l’état-major de l’armée du Brésil? Des analystes croient que c’est parce qu’ils ont résisté à une tentative de coup d’État militaire du président Jair Bolsonaro, un nostalgique de la dictature (1964-1985).

Celui que l'on surnomme le Trump tropical a dit, en 1999, que s'il devenait président, il fermerait le parlement et instaurerait un régime militaire : Je ne doute pas, je commencerais le coup dès le premier jour […] Faisons cette dictature.

Il ne l’a pas fait depuis son élection en 2018. Mais ce n’est pas la seule citation de lui favorable à une dictature militaire.

En 2016, il a déclaré lors d'une interview à Radio Jovem Pan : L'erreur de la dictature a été de torturer sans tuer.

La même année, il a voté en faveur de la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Il a dédié son vote à la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, la terreur de Dilma, un homme accusé de plusieurs assassinats et qui aurait torturé Dilma Rousseff elle-même pendant la dictature, alors qu'elle était une jeune résistante.

Jair Bolsonaro saluant de la main devant l'ancien ministre Fernando Azevedo e Silva.

Le départ de Fernando Azevedo e Silva (en arrière-plan) du ministère de la Défense a surpris lors du remaniement gouvernemental, en mars.

Photo : Reuters / Ueslei Marcelino

Il a aussi qualifié le dictateur paraguayen Alfredo Stroessner d’homme d’État, un visionnaire, et vanté les mérites d’Augusto Pinochet, dictateur chilien, en se moquant de l’ex-présidente Michelle Bachelet (dont le père a été torturé sous la dictature). Il fallait qu’il cause un bain de sang pour pacifier la région et appliquer ses politiques économiques.

Le président brésilien favorise enfin le port d’armes et ne cache pas ses sympathies pour les milices, souvent composées d’ex-militaires ou policiers, qui s’attaquent aux délinquants et narcotrafiquants des favelas et qu’on soupçonne d’agir comme escadrons de la mort.

Si les gouverneurs imposent des restrictions, j'envoie l'armée, a-t-il annoncé.

Des soldats de l'armée brésilienne, en rang.

Une tentative manquée de coup d'État militaire?

Photo : AFP

Jair Bolsonaro s’oppose depuis le début à toute restriction à cause de la COVID-19. Négationniste, il a critiqué les vaccins, le port du masque, le confinement. Il menace les maires et les gouverneurs de gauche qui veulent prendre des mesures de protection contre la pandémie d’envoyer l’armée pour les en empêcher.

Coup de théâtre, le ministre de la Défense Fernando Azevedo démissionne ou est limogé. J'ai toujours été entièrement loyal, se borne-t-il à dire. Le lendemain, c'est au tour des trois généraux à la tête de l'état-major des armées de démissionner.

Divergences

Le général Eduardo Barbosa est président du Clube Militar, le cercle militaire du Brésil dont Jair Bolsonaro est membre. Il dit qu’il n’y a pas eu de rébellion et que les généraux ont démissionné pour une question de rang par rapport au nouveau ministre de la Défense.

Selon lui, la Constitution garantit le droit à la libre circulation et au travail. Le président a le devoir de faire respecter la Constitution, d’où la légitimité d’un recours à l’armée, soutient-il.

L'analyste Edmar Fagundes de Almeida, professeur à l’Université du Brésil à Rio de Janeiro, croit qu’au contraire, il s’est passé ceci : Sa rhétorique [du président Bolsonaro] menace la dynamique démocratique de ce pays. Ils [le ministre et les hauts gradés] ont commencé à s’apercevoir qu’ils étaient en train d’être utilisés par Bolsonaro comme une arme contre l’opposition.

Quand Bolsonaro appelle l’armée "mon armée", ils ont dit non, on n’est pas votre armée, on est l’armée du Brésil, on est là pour faire la politique d’État, poursuit M. Fagundes de Almeida.

Les leaders des forces armées ne sont plus des généraux du régime militaire. Le régime militaire au Brésil a fini il y a 40 ans, ce sont des gens qui se sont développés dans leur carrière pendant le régime démocratique, analyse-t-il.

Le général Barbosa est proche du président, mais affirme que ni lui ni le Clube ne parlent pour le gouvernement ou l’armée. Il avoue sa nostalgie de la dictature, comme beaucoup de Brésiliens, mais pas l’aspect politique de la dictature.

Sa nostalgie est celle du temps où le Brésil connaissait le progrès et surtout la sécurité.

En 2019, Jair Bolsonaro a rétabli les cérémonies de commémoration du coup d’État de 1964. Au même moment, des manifestants dénonçaient la dictature qui a fait au moins 434 morts et a pratiqué la torture d’opposants arbitrairement détenus.

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