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Des emballages compostables rarement compostés

Une femme tient un plat de plastique près d'un tas de compost.

Il existe une multitude d'emballages compostables, dont ceux en bioplastique.

Photo : Radio-Canada

La fermeture des salles à manger dans les restaurants pendant la pandémie a favorisé l'émergence des plats à emporter. Et du même coup, une montée en flèche des déchets liés aux commandes de nourriture. La vaisselle compostable s’est alors taillé une place chez certains restaurateurs soucieux d’offrir une option plus « verte » à leurs clients. Mais est-ce que ces produits d’emballages sont réellement compostés?

Vérification faite : rarement. La compagnie EBI, qui traite la majorité des bacs bruns des Montréalais, fait une sélection de la matière reçue. Pendant cette opération, tous les emballages sont retirés, qu’ils soient compostables ou pas.

Le système de préconditionnement ne peut faire la distinction entre un corps étranger "compostable" et un corps étranger "non compostable". Ainsi, la vaisselle compostable se retrouvera en très grande partie dans la catégorie "corps étranger" et devra être éliminée.

Une citation de :Extrait d’un courriel envoyé par le département des communications chez EBI

Ce premier tri ne permet pas de distinguer, par exemple, un plastique compostable d’un plastique traditionnel. Tout prendra donc le chemin de l’enfouissement.

L’avantage de la biométhanisation

Les bacs bruns fournis par les municipalités servent la majorité du temps à recueillir les restes de table ou encore les résidus de papier et de carton souillés. Mais ils ne sont pas tous traités de la même façon.

La compagnie EBI transforme le contenu des bacs bruns dans une usine de biométhanisation dans Lanaudière, une technologie souvent privilégiée dans les grands centres urbains et différente de celle utilisée dans les centres de compostage. Au bout du compte, on obtient un gaz naturel et un engrais appelé digestat. Parmi les avantages de cette méthode : la gestion des odeurs est plus facile et le traitement de la matière organique est plus rapide.

La journaliste Pasquale Harrison-Julien tient une boîte compostable dans ses mains.

Est-ce que la vaisselle compostable est vraiment compostée?

Photo : Radio-Canada

Or la vaisselle compostable n’a pas nécessairement été conçue pour se biodégrader à cette vitesse plus rapide. Et le fait de séparer les emballages compostables des matières organiques pour les traiter différemment n’est pas une option, selon la Ville de Montréal.

C'est infiniment complexe, explique Philippe Sabourin, le porte-parole administratif de la Ville de Montréal. Si on avait un produit unique, on pourrait peut-être y penser. Mais ce qui arrive, c’est que sur le marché, il y a toutes sortes de contenants, et chacun de ces éléments-là ne prend pas le même temps pour se composter.

Or, si on refuse toute la vaisselle compostable chez EBI, tout ça peut changer d’une usine de biométhanisation à l’autre.

À Varennes, la Société d'économie mixte de l'est de la couronne sud arrive à traiter certains emballages de carton compostables, contenant parfois une fine couche de PLA (un polymère biodégradable). Tout ça dépend aussi des équipements. Par contre, impossible de procéder avec les bioplastiques : ils seront retirés automatiquement et dirigés vers l’enfouissement.

Un tas de matières organiques en décomposition.

Ce centre de compostage de Bury, en Estrie, tente de composter les emballages, contrairement à ce qui se fait dans d'autres municipalités.

Photo : Radio-Canada

La situation ailleurs au Québec

Obtenir un portrait clair et global est complexe. Les municipalités n’indiquent pas toutes sur leur site si les emballages compostables sont acceptés ou refusés.

Après avoir téléphoné à près d’une vingtaine de centres de la province, quelques endroits seulement confirment donner une chance à la vaisselle compostable, comme le bioplastique, de se transformer.

C’est le cas notamment à l’Écocentre de Lac-Mégantic, à l’Écocentre de Fabre en Abitibi-Témiscamingue et dans les centres de compostage de la compagnie Englobe situés à Lachute, Saint-Henri-de-Lévis et Bury en Estrie. Pourquoi là et pas ailleurs?

Nous, on essaie de minimiser le maximum de matière à l’enfouissement. On n’a pas de site d’enfouissement, c’est une dépense externe, donc juste d’une façon économique, on va le faire comme ça. On va enlever les débris à la fin.

Une citation de :Serge Loubier, directeur au développement des affaires chez Englobe

Mais même si les sites d’Englobe traitent en grande partie les emballages compostables, Serge Loubier voit malgré tout un autre problème : il n’est pas obligatoire d’avoir une certification pour pouvoir utiliser le mot compostable, même si le processus de certification existe.

À qui la responsabilité?

Chez Cambium, une compagnie de distribution d’emballages compostables particulièrement populaire chez les restaurateurs montréalais, la direction savait, lors de la création de l’entreprise, que le système de gestion des matières organiques ne permettait pas nécessairement de traiter tous ses produits, mais elle espérait que les pratiques se raffinent avec les années.

Des emballages compostables empillés en gros plan.

Cambium est une compagnie de distribution d’emballages compostables particulièrement populaire chez les restaurateurs montréalais.

Photo : Radio-Canada

On s’est dit, on veut être en avant de la vague, c'est sûr que dans quatre ans, on va améliorer nos sites de compost, raconte Elie Anthony Bekhazi, directeur des opérations et des ventes chez Cambium.

On a fait notre effort. La volonté du client est là. Et là, je pense que c'est aux municipalités de s’améliorer.

Pour le moment, la vaisselle compostable est loin d’être une solution parfaite, selon Amélie Côté, analyste en réduction à la source et en consommation responsable chez Équiterre, car lorsque ce type de déchet termine sa vie à l’enfouissement, il n’est pas vraiment mieux qu’un autre emballage non compostable.

Ça prend de l’amour [pour faire du compost]. Il faut le retourner, ça prend des compositions particulières. Sinon, ça génère du méthane. Les matières compostables à l’enfouissement, ça ne se régénère pas, ça crée d’autres problèmes.

Une citation de :Amélie Côté, Équiterre

Quant à Cambium, l’entreprise songe maintenant à mettre sur pied un modèle de contenants consignés qui seraient livrés, récupérés et réutilisés. Et qui ne prendraient donc pas le chemin du bac brun.

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