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Crime sexuel : une victime raconte pour changer un « évènement sombre » en « lumière »

Une jeune fille assise à une table à l'extérieur.

Nadia Mercier souhaite que d'autres victimes portent plainte contre leur agresseur.

Photo : Radio-Canada / Arianne Béland

Radio-Canada

Nadia Mercier n'est pas la première victime de Serge Breton. Celui-ci purge déjà une peine de deux ans moins un jour de prison pour des crimes sexuels commis à l'endroit de deux jeunes victimes. Toutefois, c'est lorsque ce dossier a été exposé dans les médias qu'elle a porté plainte à son tour.

Serge Breton, 75 ans, a plaidé coupable mercredi à des accusations de contacts et d'incitation à des contacts sexuels sur Nadia Mercier au palais de justice de Sherbrooke. Les faits reprochés se sont déroulés alors que la jeune femme était âgée de sept à huit ans. Elle se faisait garder chez l'homme après l'école, et c'est à ce moment qu'il abusait d'elle. Elle admet que ces événements ont été rayés de sa mémoire pendant de longues années.

Lors de la comparution de son agresseur, mercredi, la femme de 22 ans a demandé la levée de l'ordonnance de non-publication sur son nom pour qu'elle puisse partager à son tour son expérience et inciter les victimes à dénoncer leur agresseur, si ces dernières le souhaitent. Cette demande a été acceptée par la juge Hélène Fabi de la Cour du Québec.

Le chemin de la guérison est fait. Toutes les survivantes qui m'entendent le savent comment ça détruit quelqu'un se faire violer, a-t-elle affirmée en entrevue à Vivement le retour. Moi, j'ai envie [que] cet événement sombre se transforme en lumière.

Je vous le dis : à 14 ans, quand je me suis souvenue que je m'étais fait violer, jamais je n'aurais cru m'en sortir. J'étais dans la noirceur, la consommation, l'autodestruction. Aujourd'hui, j'ai mon appartement, j'habite seule, je suis en couple avec un homme qui me respecte et qui est féministe. J'ai terminé ma vie toxique.

Une citation de :Nadia Mercier, victime de Serge Breton

Nous voyons une meilleure compréhension de la situation concernant les victimes et leurs besoins. Le rapport Desrosiers-Corte, déposé à la fin de la dernière année sur la façon de mieux inclure les victimes dans le processus judiciaire, visait à faire en sorte qu’elles se sentent mieux, explique la procureure aux poursuites criminelles et pénales au dossier, Me Stéphanie Landry.

Une avocate au micro de Radio-Canada

La procureure aux poursuites criminelles Me Stéphanie Landry

Photo : Radio-Canada

Elle mentionne que faciliter le processus judiciaire pour les victimes est l’un des objectifs des procureurs aux poursuites criminelles et pénales et du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC).

Ce n'est jamais agréable de venir à la cour. Dans le cas de Nadia Mercier, elle avait une volonté d’aller beaucoup plus loin. Nous sommes très fiers du courage qu’elle a démontré. Elle a tenté de faire quelque chose de positif avec tout le négatif relié aux gestes subis. Je n'ai jamais ressenti de vengeance de la part de Mme Mercier, indique Me Stéphanie Landry.

Lettre à son agresseur

Devant le tribunal, Nadia Mercier a lu une lettre à Serge Breton pour lui détailler les impacts que ces actes ont eus sur elle. En même temps, elle dit que ces épreuves lui ont donné une grande force.

Un homme doux et attentionné, j'associais cela à mon agresseur [...] les conséquences, c'est ça : troubles mentaux, troubles du sommeil, psychose, troubles de consommation, troubles de confiance en moi et aux autres, sans oublier mon trouble de l'alimentation, a-t-elle énuméré.

Il y a du positif aussi. La force intérieure que j'ai est grande, inébranlable [...] Je suis une survivante, et aujourd'hui, je me suis levée pour prendre la parole pour mon enfant et mes sœurs qui ont un morceau en moins dans leur être.

Une citation de :Extrait de la lettre de Nadia Mercier à Serge Breton

Serge Breton s’est ensuite adressé à elle et lui a demandé pardon. Il lui a dit regretter ses gestes et reconnaître avoir une déviance sexuelle, tout en lui avouant qu'il ignorait pourquoi il avait agi comme cela. Il a également affirmé qu'il voulait s'en sortir.

La jeune femme a accepté les excuses de son agresseur pour couper le boulet à [sa] cheville.

J'ai juste envie que cette personne-là se fasse aider. Clairement, quand tu dis que tu ne sais pas pourquoi tu violes un enfant, tu es malade, t'as besoin d'aide. C'est ce qu'il va avoir grâce à ma dénonciation.

En lui pardonnant, je me suis pardonné à moi-même.

Une citation de :Nadia Mercier, victime de Serge Breton

Nadia Mercier a ajouté qu'elle s’est sentie très bien accompagnée depuis le premier jour, tant par la police que par les procureurs et les organismes d'aide. Elle constate que ce sont souvent les expériences négatives exposées dans les médias qui peuvent freiner des victimes à déposer une plainte.

Serge Breton a été condamné à 9 mois de prison.

Avec les informations de Marie-Hélène Rousseau

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