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L’Abitibi-Témiscamingue perd des travailleurs en raison de la complexité de l’immigration

Un couple d'un composé d'un homme et une femme.

Fabienne Bally-Monnier et son conjoint Florian Monnier, des Suisses francophones, auraient souhaité s'établir en Abitibi-Témiscamingue, mais ont renoncé au projet en raison de la complexité du processus d'immigration.

Photo : Courtoisie

Aux prises avec une importante pénurie de main-d'œuvre, l’Abitibi-Témiscamingue se voit privée de travailleurs qualifiés étrangers, désireux de s’établir dans la région, en raison de la complexité du processus d’immigration et des longs délais pour obtenir la résidence permanente au Québec.

C’est le cas de Fabienne Bally-Monnier et de son conjoint Florian Monnier, un couple de Suisses francophones tombés amoureux de l’Abitibi-Témiscamingue lors d’un voyage dans la belle province.

Dans un premier temps, c’était le Québec en général qui nous intéressait. On avait envie de changer de vie, et de relever de nouveaux défis. Le fait que ce soit une province francophone, le cadre de vie, la nature, ce sont toutes des choses qui nous ont accrochés, se rappelle Mme Bally-Monnier.

Durant l’un de ses nombreux voyages au Québec, le couple a l’occasion de passer un séjour en Abitibi-Témiscamingue durant l'hiver.

On est totalement tombés sous le charme. On s’est dit que c’était cette région-là qui était la plus belle pour nous.

Une citation de :Fabienne Bally-Monnier

En 2015, le couple amorce donc des démarches auprès du ministère de l’Immigration du Québec afin de s’enquérir des étapes à suivre pour immigrer dans la province.

On a dû faire des démarches auprès de nos employeurs pour qu’ils justifient nos horaires de travail. On a dû s’inscrire pour faire des tests de français, pour marquer des points sur la grille d’immigration. Ça a pris du temps, parce qu’il a fallu trouver un organisme en Suisse qui permette de faire le test de français pour le Québec. On a aussi dû faire certifier tous nos papiers professionnels et tous nos papiers d’école. Après, on a été confrontés au problème de la reconnaissance des diplômes, qui n’existe pas entre le Québec et la Suisse, énumère-t-elle.

Fabienne Bally-Monnier soutient que certains aspects du programme d’immigration du Québec représentent des freins pour la venue de travailleurs de l’étranger.

Il y a des campagnes bien précises pour soumettre les dossiers d’immigration. Si on loupe le terme ou qu’on n’a pas la chance d’être sélectionné dans le premier groupe, on doit attendre le prochain. Pendant ce temps, on prend de l’âge, donc on perd des points sur la grille d’évaluation, soulève-t-elle.

Une voiture dans un garage de concessionnaire automobile de la région de Québec

La région de l'Abitibi-Témiscamingue a d'importants besoins de main-d'œuvre dans le domaine de la mécanique automobile.

Photo : Radio-Canada

Mme Bally-Monnier œuvre dans le domaine de la comptabilité, alors que son conjoint détient plusieurs spécialisations, notamment en mécanique automobile. Elle se dit déçue que les détenteurs d’un diplôme universitaire soient avantagés dans la grille d’évaluation du gouvernement.

On s’est rendu compte en remplissant nos papiers que les formations techniques ou professionnelles étaient peu valorisées par rapport à des diplômes universitaires, alors que visiblement, c’est de la main-d'œuvre qui est recherchée. On peine à comprendre pourquoi ce n’est pas plus valorisé sur la grille, observe-t-elle.

Après plusieurs années de démarches infructueuses, le couple décide de mettre le projet entre parenthèses. Mme Bally-Monnier soutient que les démarches sont trop complexes, et affirme ne pas être en accord avec le fait de devoir repasser pour une troisième fois le test de français, sa langue maternelle.

Si on est en vacances sur le territoire canadien, on a l’interdiction de faire du démarchage. La seule possibilité, c’est d’envoyer nos dossiers par Internet et de faire des entretiens par Skype. Les entreprises nous disent qu’il y a du travail, mais qu’elles nous donneront le job une fois qu’on aura notre certificat d’acceptation pour le Québec. On tourne vraiment en rond, se désole-t-elle.

Quitter l’Abitibi-Témiscamingue pour le Nouveau-Brunswick

Arrivé à Palmarolle en 2019, le couple français composé de Frédérick Macé, soudeur haute pression, et Émilie Daraize, enseignante, est sur le point de quitter l’Abitibi-Témiscamingue.

Un homme devant un étang.

Frédérick Macé et sa conjointe quitteront l'Abitibi-Témiscamingue à la fin de mois de juin pour s'installer au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Séduits dans un salon de l’emploi à Paris en 2018, ils ont rapidement déchanté en constatant la lenteur avec laquelle les dossiers d’immigration sont traités au Québec.

Les principales raisons de notre départ, c’est parce que c’est très compliqué avec les papiers. On arrivait au bout de notre permis de travail et à 30 ans, on n’a pas envie de passer tout notre temps à attendre les papiers du Québec, affirme M. Macé.

Bien qu’ils apprécient le rythme de vie qu'offre l’Abitibi-Témiscamingue, le couple décide d’amorcer des démarches leur permettant d’accélérer la régularisation de leur statut. Le hic, c’est qu’ils doivent pour ce faire quitter le Québec vers une autre province. Dans leur cas, le Nouveau-Brunswick.

On a déposé notre dossier via le programme Entrée express au mois de mars. On arrive au mois de juin et ça y est, on est résidents permanents, alors qu’au Québec, il nous aurait fallu attendre trois ans, quatre ans, ou même plus, dénonce-t-il.

Régionaliser l’immigration

Plusieurs élus, des paliers provincial et fédéral, ont tenu à prendre la parole pour réclamer des assouplissements au processus d’immigration, notamment dans les régions du Québec.

La députée interviewée en marge de la manifestation pour le retour du train à Gaspé.

La députée de Gaspé et porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration, Méganne Perry Mélançon.

Photo : Radio-Canada / Vincent Lafond

Selon Méganne Perry Mélançon, députée de Gaspé et porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration, il est urgent de régionaliser le processus de sélection des immigrants qualifiés.

Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas une mise à jour des professions qui devraient être traitées de façon accélérée. C’est sous la gouverne du ministre du travail, Jean Boulet, et il faut que les listes soient travaillées en fonction des besoins de chacune des régions, stipule-t-elle.

Le député du Bloc québécois dans Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, abonde dans le même sens, soutenant également que le règlement de la pénurie de main-d'œuvre passe en grande partie par une régionalisation de l’immigration.

Est-ce qu’on peut reconnaître un statut particulier à l’Abitibi-Témiscamingue dans cet enjeu-là, à cause de notre compétition, de la proximité avec l’Ontario et des besoins immenses qu’on a dans la région? Je prends l’exemple des ingénieurs. On en a besoin dans les mines, mais on en a aussi besoin au ministère des Transports, et dans plusieurs autres domaines d’activité. La compétition est extrêmement féroce. Il faut être capable d’avoir cette autonomie-là pour nous permettre d’aller chercher rapidement, directement, les profils d’emplois dont on a besoin, estime M. Lemire.

M. Lemire debout à la Chambre des communes.

Sébastien Lemire souhaite qu'un statut particulier soit accordé à l'Abitibi-Témiscamingue, en lien avec ses besoins pour des travailleurs qualifiés étrangers.

Photo : Chambre des communes

Méganne Perry Mélançon souhaite également qu’un programme d’immigration en ruralité soit instauré au Québec, comme c’est le cas en Ontario.

L’Ontario, c’est un gros compétiteur, parce que les délais pour obtenir la résidence permanente sont à peu près de six mois, alors qu’ici, on parle d’une vingtaine de mois avant de l’obtenir. Ça nous cause des départs très malheureux, parce que dans ces situations, ce sont des gens qui parlent le français, qui sont dans des bassins à l’international que l’on tente de séduire et que l’on ne peut pas échapper, indique-t-elle.

La ministre de l’Immigration reconnaît le travail à accomplir

Questionnée quant aux moyens à mettre en œuvre afin de simplifier les processus d’immigration pour les travailleurs qualifiés, la ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, Nadine Girault, a d’abord tenu à reconnaître la pénurie de main-d’œuvre existante dans les régions du Québec, notamment en Abitibi-Témiscamingue.

Parmi les solutions avancées, elle nomme la création d’un comité de travail portant sur la reconnaissance des diplômes.

J’ai formé un groupe d’action, formé de différents ministères, pour travailler sur des éléments spécifiques pour faire en sorte de régler cette problématique de reconnaissance des diplômes. J’en ai assez d’entendre des histoires de gens qui ont des diplômes d’ingénieur, et qui travaillent dans des emplois qui sont de loin externes à leurs compétences, affirme-t-elle.

Mme Girault pendant la cérémonie.

Nadine Girault, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Selon Mme Girault, le partage des compétences en immigration entre le provincial et le fédéral fait en sorte qu’il est plus difficile d’apporter des changements rapidement.

La ministre reproche au passage au gouvernement fédéral de ne pas avoir respecté les cibles du Québec en lien avec les seuils d’immigration en 2020, faisant en sorte d’étirer les délais pour les travailleurs qualifiés désirant s’établir dans la province.

On dit au fédéral : "On est prêts à accueillir tant de personnes par année". L’an passé, on avait une cible de 44 500 personnes, alors on demande au fédéral de donner la résidence permanente à 44 500 personnes. Le nombre de personnes à qui ils ont donné la résidence permanente, c'est loin en dessous de ce qu’on avait demandé, signale-t-elle.

Une situation également dénoncée par le député d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire.

Quand j’entends que le ministre [Marco] Mendicino a retardé volontairement le traitement des dossiers du Québec, ça me fait flipper. Quand on comprend qu’il y a au moins 10 000 dossiers de moins qui sont traités par le fédéral que les seuils imposés par Québec, je trouve ça extrêmement préoccupant, dénonce-t-il.

Au moment d’écrire ces lignes, il nous a été impossible d’obtenir une réponse de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

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