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Doit-on rendre le vaccin contre la COVID-19 obligatoire pour retourner à l’école?

Une infirmière injecte un vaccin.

La campagne de vaccination a été lancée à l’école secondaire Saint-Henri à Montréal. Le vaccin contre la COVID-19 a été autorisé par le gouvernement du Canada pour les 12 ans et plus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le passeport vaccinal ne fait pas l’unanimité, mais qu’en est-il de la vaccination obligatoire pour aller à l'école? Cela pourrait sembler être une solution à l'hésitation vaccinale, mais ce n'est pas aussi efficace qu'on pourrait le croire, disent trois expertes.

Si la pandémie a mis en lumière l’importance de la vaccination pour contrôler certaines maladies, aucun pays n’a encore imposé la vaccination contre la COVID-19 aux écoliers.

Rendre la vaccination obligatoire aux enfants ne serait pas la meilleure chose à faire à ce stade de la pandémie, affirment plusieurs spécialistes. Même si le vaccin a fait ses preuves, l'imposer serait perçu par plusieurs, dont des parents qui songent à faire vacciner leur enfant, comme une atteinte à la liberté individuelle.

Ça serait hyper contre-productif. [...] Ça serait un suicide politique s’il arrivait le moindre problème, dit Laurence Monnais, historienne de la santé et professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal, qui étudie l'histoire des vaccins.

Au Québec, le ministre de la Santé Christian Dubé et le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, ont d’ailleurs rejeté cette idée lors d’une conférence de presse le 7 juin dernier.

L’Ontario affirme que cette stratégie ne sera pas possible cet automne, puisque les vaccins contre le SRAS-CoV-2 n’ont pas encore été approuvés au pays pour les moins de 12 ans. Par contre, la province songe à ajouter la COVID-19 à la liste des maladies pour lesquelles un enfant doit être immunisé afin d'être inscrit à l’école.

Selon la professeure de bioéthique à l'Université de Montréal, Vardit Ravitsky, il faut faire une distinction entre le vaccin contre la COVID-19 et les vaccins qui permettent de combattre d'autres maladies infectieuses. Le vaccin contre la COVID-19 est relativement nouveau et, malgré la multiplication des études confirmant son efficacité et sa sécurité, certaines personnes ont encore des craintes quant aux risques.

Mme Ravitsky dit qu'il est normal que certains parents choisissent d’attendre un peu avant de faire vacciner leur enfant contre la COVID-19.

Il y a une différence entre les parents qui hésitent [à faire vacciner leurs enfants contre la COVID-19] et qui veulent attendre un peu et les parents qui sont antivaccins contre tous les vaccins qu’on a depuis des décennies, dit-elle.

En Ontario et au Québec, environ 800 000 jeunes de 12 à 17 ans ont été vaccinés en date du 16 juin 2021.

Équilibrer les bénéfices et les risques

Bien que les données démontrent que le vaccin est sécuritaire pour les 12 ans et plus, la Dre Joan Robinson, de la Société canadienne de pédiatrie, estime qu'il est trop tôt pour exiger la vaccination pour tous les enfants.

Imposer la vaccination pour un retour en classe à l’automne serait notamment problématique, puisque l’accès à la vaccination est plus difficile dans certaines régions ou pour certaines classes sociales, dit la Dre Robinson.

Par exemple, il serait épineux d’interdire le retour en classe à un jeune de 11 ans qui a un rendez-vous pour un vaccin quelques semaines plus tard ou parce qu’un parent n’a pas pu prendre congé de son travail pour emmener son enfant à la clinique.

En outre, les conséquences d'exiger la vaccination contre la COVID-19 pour aller à l'école sont plus importantes que celles qu'engendre une obligation pour voyager ou aller au restaurant, souligne Mme Ravitsky.

Si on ne peut pas aller à l’école, le fardeau, le prix est beaucoup plus cher. Le droit à l'éducation est un droit fondamental. Il doit y avoir un équilibre entre le fardeau et le bénéfice.

Une citation de :Vardit Ravitsky, bioéthicienne

Vardit Ravitsky précise que les universités pourraient, quant à elles, exiger une preuve vaccinale. On a donné des millions de vaccins à ce groupe d’âge et on a beaucoup plus de données. Et on peut créer plus facilement des alternatives – comme des cours en ligne – à ceux qui ne sont pas vaccinés pour qu’ils ne perdent pas une année scolaire, explique-t-elle.

Une école privée pourrait-elle imposer la vaccination contre la COVID-19 comme contrainte pour retourner en classe? Il est possible que certaines écoles privées s’essaient, mais elles risquent de se retrouver devant la justice, dit Mme Ravitsky. Ces écoles auront de la difficulté à se défendre, puisque le droit à l’éducation est un droit fondamental, dit-elle.

Par contre, un gouvernement provincial pourrait obliger le retrait d'un enfant non vacciné de l’école lors d’une éclosion, comme c’est déjà le cas avec la rougeole, dit la Dre Joan Robinson.

Miser sur l'éducation plutôt que la coercition

Mme Ravitsky n’écarte pas l'idée que le vaccin contre la COVID-19 puisse un jour être obligatoire pour les enfants si la pandémie n’est toujours pas maîtrisée ou si le taux de vaccination n’est pas suffisamment élevé.

Si les taux de participation sont faibles et que la facilité d’accès et d’autres stratégies connues visant à augmenter la participation ont été prises en compte, une obligation pourrait alors être appropriée, indiquent d’ailleurs les auteurs d’un article publié dans le Canada Communicable Disease Report. (Nouvelle fenêtre)

Bien que la vaccination obligatoire semble être la solution simple pour améliorer les taux de vaccination, les auteurs de l’étude estiment que les données probantes n’appuient pas cette solution. De plus, un programme de vaccination obligatoire comporte des coûts tant sur le plan de la mise en œuvre que de la surveillance, écrivent-ils.

La Dre Robinson et Mme Ravitsky sont du même avis. Elles estiment qu’il serait plus sage – et plus efficace – de tout faire pour convaincre les parents des bienfaits de la vaccination. Il faut les rassurer en s’appuyant sur des bases scientifiques, dit Mme Ravitsky.

Selon l'historienne de la santé Laurence Monnais, la plupart des parents ne sont pas complètement antivaccins, mais plutôt hésitants. Pour les convaincre, il faut prendre le temps de vulgariser la science derrière les vaccins. Il faut expliquer comment la vaccination fonctionne à l’échelle individuelle et à l’échelle populationnelle, dit-elle.

Et privilégier l’éducation plutôt que l’obligation semble bien fonctionner, dit la Dre Robinson, qui a d’ailleurs publié un rapport pour la Société canadienne de pédiatrie (Nouvelle fenêtre) à ce sujet. Par exemple, le Québec – qui recommande, mais n’exige pas la vaccination infantile – a un taux de vaccination plus élevé pour certains vaccins de base que l'Ontario, qui exige l’immunisation pour entrer à l’école.

C’est pourquoi, dit-elle, les gouvernements doivent être créatifs et trouver de nouveaux moyens pour rejoindre le maximum de parents et les convaincre de faire vacciner leurs enfants contre la COVID-19.

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