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Exceldor : Legault déplore un « indécent gaspillage de nourriture »

Sommé d'accepter l'arbitrage, le syndicat des travailleurs d'Exceldor refuse de s'y soumettre et privilégie la médiation.

Une personne tient un jeune poulet dans ses mains.

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie.

Photo : Radio-Canada / Pascal Poinlane

Le premier ministre François Legault est intervenu mercredi dans le conflit de travail à l'abattoir d'Exceldor en réclamant la fin d'un « indécent gaspillage de nourriture ». Le gouvernement somme le syndicat d'aller en arbitrage plutôt que de maintenir la situation actuelle.

M. Legault a utilisé les réseaux sociaux pour faire passer son message en début d'après-midi. Comprenez-moi bien. Les travailleurs ont le droit de grève et les employeurs ont le droit de lock-out. Mais on ne devrait pas avoir le droit de gaspiller aussi bêtement des quantités énormes de nourriture. C’est indécent.

Depuis le début du conflit de travail à l'usine de Saint-Anselme, le 23 mai, un million de poulets ont été euthanasiés par des producteurs québécois sans que les volailles se rendent sur les tablettes des épiceries ou dans les cuisines des restaurants.

C’est environ 13 % de la production de poulet au Québec qu’on jette à la poubelle à chaque semaine, a-t-il déploré. Il y a un mot pour ça. C’est du gaspillage, a écrit M. Legault.

Dans une société comme la nôtre, une situation comme celle-ci ne peut être tolérée.

Une citation de :François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre ajoute que l'arrêt de l'usine de Chaudière-Appalaches a des effets négatifs, non seulement sur nos producteurs, mais aussi sur nos restaurateurs et sur nos commerçants qui essaient de répondre à une demande en hausse.

Une question de responsabilité morale

Plus tôt en matinée, son ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, André Lamontagne, avait exhorté le syndicat d'accepter l'arbitrage proposé par le gouvernement, comme l'a fait la partie patronale mardi.

À partir du moment qu'une partie a accepté l'arbitrage, il n'y a rien qui justifie [que le syndicat] n'accepte pas, a tonné M. Lamontagne en entrevue à Radio-Canada.

Comme François Legault, le ministre a déploré une situation intenable en lien avec le gaspillage alimentaire. Ce qui se passe, c'est dénué de tout sens. Il y a une partie qui est d'accord. Le syndicat, la position qu'il devrait prendre devant le Québec tout entier, c'est d'accepter l'arbitrage et de mettre fin au gaspillage.

M. Lamontagne a appelé au sens civique des délégués syndicaux, tout en affirmant qu'ils avaient une responsabilité morale à l'égard des Québécois.

Le syndicat dit non

Quelques minutes après la sortie du ministre Lamontagne, mercredi matin, le représentant syndical des quelque 550 employés de l'usine de Saint-Anselme a fermé la porte à l'arbitrage.

Si on se dirige vers là, ça va nous enlever notre pouvoir de négociation. Ça enlève nos droits de manifester et nos moyens de pression, a résumé Jacques Roy, délégué syndical chez les Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce (TUAC).

M. Roy insiste pour dire que les travailleurs de l'usine d'Exceldor méritent, ce qu'ils demandent, à savoir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Ce n'est pas facile, les conditions de travail, au froid et à l'humidité.

Réal Ménard, représentant syndical des travailleurs d'Exceldor

Réal Ménard, représentant syndical des travailleurs d'Exceldor, croit qu'il est trop tôt pour parler d'arbitrage.

Photo : Radio-Canada

Son supérieur chez les TUAC, Réal Ménard, ne voit pas non plus l'urgence d'aller en arbitrage. J'ai l'impression qu'ils ne font pas confiance à la médiation, a-t-il dit à propos de l'employeur et des ministres qui participent au dossier, ajoutant que le syndicat est encore libre de ses actions et de ses décisions.

Une médiatrice spéciale a en effet été nommée dans le dossier, début juin. Et selon M. Ménard, il est faux de croire que les négociations sont dans une impasse.

Réal Ménard admet que l'opinion publique pourrait pencher vers l'animal, considérant le nombre croissant d'euthanasies d'oiseaux. Mais il demande à la population de s'informer sur les conditions de travail dans l'industrie alimentaire, en particulier dans les abattoirs du Québec, avant de se forger une opinion.

25 % moins de poulets chez St-Hubert

Toute cette histoire inquiète Richard Scofield, président et chef de la direction des Rôtisseries St-Hubert. En raison de la grève à l'usine de Saint-Anselme, son entreprise a du plomb dans l'aile, a-t-il admis mercredi soir à Zone économie.

Sa chaîne s'approvisionnait à 40 % chez Exceldor. Pour compenser, elle doit maintenant demander à Olymel de lui fournir davantage de poulets. Mais ce n'est pas suffisant. M. Scofield estime que son approvisionnement a baissé de 20 % à 25 % depuis le début de la crise.

Il arrive dans une journée qu'on peut manquer de poulets rôtis, admet-il.

On limite des commandes [...], on essaye de rediriger nos clients vers d'autres produits, on a arrêté les promotions sur les poulets rôtis, on maximise la balance de notre menu, mais St-Hubert, c'est une chaîne de poulets rôtis, on est connus pour ça, donc oui, ça nous cause des enjeux.

Une citation de :Richard Scofield, président et chef de la direction des Rôtisseries St-Hubert

Sachant qu'une loi spéciale est selon lui peu probable, M. Scofield s'est réjoui d'entendre mardi soir la direction d'Exceldor accepter la proposition d'arbitrage du gouvernement Legault. La réponse du syndicat, mercredi matin, l'a d'autant déçu.

Il invite donc les parties à redoubler d'ardeur pour s'entendre en présence de la médiatrice, qui a convoqué les parties jeudi et vendredi pour poursuivre les négociations.

Avec la collaboration de Pierre-Alexandre Bolduc

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