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Un premier sommet Biden-Poutine « constructif »

Les deux hommes sont assis sur des chaises à bonne distance dans une bibliothèque.

Joe Biden et Vladimir Poutine se rencontrent pour la première fois à l'occasion d'un sommet à Genève mercredi.

Photo : Reuters

Radio-Canada

En dépit des tensions entre Washington et Moscou, les présidents Joe Biden et Vladimir Poutine ont soutenu, à l'issue de leur première rencontre mercredi, à Genève, avoir eu un entretien « constructif » dont le ton a été « positif ».

Au cours de conférences de presse distinctes, les présidents des États-Unis et de la Russie ont dressé un bilan positif de ce tout premier face-à-face, faisant cependant état de différends tranchés dans des dossiers comme les cyberattaques, les droits de la personne et la politique intérieure des deux pays.

Le ton de toute la réunion était bon, positif, a déclaré le président Biden à l'issue d'un entretien en deux temps pour lequel les attentes étaient modestes.

Plus court que prévu, le sommet a pris fin au bout de trois heures au lieu des quatre à cinq heures prévues.

Il était important de se rencontrer en personne afin qu'il n'y ait pas d'erreur ou de fausse représentation de ce que je voulais communiquer. J'ai fait ce que j'étais venu faire, a soutenu le président américain, critiqué à droite comme à gauche dans son pays pour avoir offert cette visibilité diplomatique à l'homme fort du Kremlin.

S'adressant aux journalistes après son homologue russe, il a évoqué une perspective réelle d'amélioration significative des relations américano-russes, avertissant cependant que les prochains mois serviraient de test. Vladimir Poutine ne cherche pas une guerre froide avec les États-Unis, a-t-il commenté.

Il n'y avait aucune animosité. Au contraire, notre rencontre s'est déroulée dans un esprit constructif, a de son côté soutenu Vladimir Poutine, décrivant son interlocuteur comme un homme très constructif, très équilibré et très expérimenté.

Sur plusieurs questions, nos avis divergent, mais les deux parties ont démontré un désir de se comprendre l'un l'autre et de chercher les moyens de rapprocher les positions, a déclaré M. Poutine, arrivé à l'heure au sommet malgré sa réputation de faire attendre les dirigeants étrangers.

Nous essayons de déterminer où nous avons des intérêts communs et où nous pouvons coopérer. Et quand ce n'est pas le cas, établir une façon prévisible et rationnelle de gérer nos désaccords, avait de son côté expliqué avant la réunion le président américain, qualifiant la Russie de grande puissance.

Vladimir Poutine est debout et parle dans deux micros.

Un sommet sous le signe de l'apaisement

Photo : Associated Press / Alexander Zemlianichenko

Dans une déclaration commune, MM. Biden et Poutine ont indiqué leur objectif commun de continuer à œuvrer en faveur de relations plus stables et plus prévisibles entre les deux nations, notamment en réduisant la menace de guerre nucléaire.

Les deux dirigeants ont ainsi convenu d'un plan visant l'éventuel remplacement du dernier traité russo-américain restreignant l'arsenal nucléaire.

Vladimir Poutine a en outre évoqué des consultations sur la cybersécurité et jugé possibles des compromis en vue d'un échange de prisonniers avec les États-Unis.

Signe concret d'un certain dégel, Vladimir Poutine a indiqué, sans donner de date, que le président américain et lui avaient convenu du retour des ambassadeurs de leurs pays respectifs, rappelés plus tôt cette année pour des consultations.

Les diplomates avaient été rapatriés dans leurs capitales après que Joe Biden eut acquiescé à la question d'un journaliste qui lui demandait s'il considérait Vladimir Poutine comme un assassin.

Par cette rencontre avec Vladimir Poutine, Joe Biden mettait un point final à son périple en Europe, au cours duquel il a participé au Sommet du G7 au Royaume-Uni et celui de l'OTAN en Belgique.

Des divergences manifestes

Le président Joe Biden, devant un lutrin placé à l'extérieur.

Que retenir du sommet Biden-Poutine?

Photo : Reuters / Peter Klaunzer

Malgré les bons mots, les divergences, sans surprise, restaient évidentes.

Dans une nette rupture avec les atermoiements et les ambiguïtés de son prédécesseur républicain Donald Trump, le président démocrate a assuré avoir clairement mis en garde le président Poutine, en particulier au sujet des cyberattaques, brandissant des conséquences qui seraient dévastatrices.

Joe Biden, qui a promis, à la fin du sommet de l'OTAN à Bruxelles, de lui dire quelles étaient « ses lignes rouges », a annoncé avoir transmis à son homologue une liste de 16 infrastructures critiques, dont l'énergie et la distribution d'eau, qui étaient à ses yeux intouchables.

Les États-Unis pourraient répondre avec les mêmes armes en cas de cyberattaque, a-t-il prévenu.

Le président russe a cependant nié que la Russie ait joué un rôle dans une série de cyberattaques contre des institutions américaines, présentant au contraire son pays comme une victime davantage qu'un agresseur.

Le plus grand nombre de cyberattaques dans le monde provient de l'espace américain, a-t-il soutenu, critiquant l'absence de coopération de Washington sur ce sujet.

Joe Biden a en outre indiqué avoir mis en garde son homologue russe contre les tentatives de déstabilisation de nos élections démocratiques, une référence à l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016.

J'ai clairement dit que nous ne tolérerions pas les tentatives de violation de notre souveraineté démocratique ou de déstabilisation de nos élections démocratiques, et que nous répondrions.

Une citation de :Joe Biden, président des États-Unis

Le président américain a par ailleurs affirmé avoir fait pression sur le président russe sur toute une série de questions, ajoutant qu'il continuerait à le faire.

J'ai fait comprendre au président Poutine que nous continuerions à soulever les questions relatives aux droits fondamentaux de la personne, a-t-il déclaré.

Les États-Unis sont entre autres préoccupés par le sort de l'opposant russe Alexeï Navalny, qui demeure emprisonné. Depuis la Belgique, Joe Biden a lancé mardi un avertissement très clair au sujet du célèbre opposant. Sa mort serait une tragédie, avait-il prévenu.

Alexeï Navalny.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny au tribunal du district Babuskinsky à Moscou, samedi 20 février 2021.

Photo : Associated Press / Alexander Zemlianichenko

Interrogé sur le traitement réservé à son opposant, le président Poutine, évitant de le nommer, a déclaré que cet homme savait qu'il violait la loi en ne respectant pas les conditions d'une condamnation avec sursis lorsqu'il était soigné en Allemagne après un empoisonnement attribué aux services secrets russes.

Évitant de répondre aux questions sur le sort des opposants en Russie, le leader russe a préféré montrer du doigt les États-Unis, évoquant les tensions sociales et énumérant ce qu'il considérait comme de nombreuses violations des droits de la personne.

Il a entre autres évoqué l'attaque du Congrès du 6 janvier, les violences policières à l'encontre de la minorité afro-américaine et des bombardements américains en Afghanistan et en Irak.

Les trois hommes sont debout en rangée les mains jointes.

Le président suisse Guy Parmelin (centre) a accueilli le président russe Vladimir Poutine (gauche) et le président américain Joe Biden à Genève.

Photo : Associated Press / Saul Loeb

Citant l'assaut du Capitole et les arrestations de partisans pro-Trump qui y ont participé, il a suggéré que les États-Unis réduisaient leurs dissidents au silence, estimant que des citoyens venus avec des demandes politiques étaient traités de terroristes nationaux.

Ma réponse est en quelque sorte ce que j'ai communiqué, je pense que c'est une comparaison ridicule, a ensuite rétorqué Joe Biden, établissant une distinction claire entre des criminels faisant irruption au Capitole et tuant un policier et des manifestants réclamant la liberté d'expression.

Le président russe a par ailleurs assuré que les États-Unis ne devaient pas s'inquiéter d'une militarisation russe dans l'Arctique, région stratégique où la Russie ne cache pas ses ambitions.

Les préoccupations de la partie américaine sur une militarisation [en Arctique] n'ont aucun fondement. Au contraire, je suis convaincu que nous devons coopérer.

Une citation de :Le président russe Vladimir Poutine

Au début de la rencontre, les deux dirigeants se sont serré la main, M. Biden, souriant, tendant la sienne au président russe, stoïque, lorsqu'ils posaient avec le président suisse, Guy Parmelin, qui les a accueillis en Suisse pour ce sommet.

Ces derniers jours, le 46e président américain a adopté un ton résolument ferme à l'égard du président russe, mais ce dernier n'a pas été en reste.

Genève a déjà accueilli le premier face-à-face entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en 1985, qui avait marqué le début du dégel de la Guerre froide.

Le président russe pouvait d'ailleurs compter sur une longue expérience : il a déjà côtoyé quatre autres présidents américains depuis son arrivée au pouvoir fin 1999.

Lors de son tête-à-tête à Helsinki avec Donald Trump en 2018, ce dernier avait refusé de se ranger derrière les services de renseignement américains, qui avaient conclu à l'ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine de 2016.

Les républicains, dont plusieurs se sont tournés vers Twitter pour critiquer le président démocrate, s'étaient à l'époque montrés moins tranchants envers Donald Trump.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, Washington Post, et New York Times

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