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Analyse

Éric Duhaime dans les pattes de la CAQ

Éric Duhaime en entrevue sur un plateau de télévision

Éric Duhaime dirige le Parti conservateur du Québec depuis le 17 avril dernier.

Photo : Radio-Canada

Cela fait des semaines que ça dure : le nouveau chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) tente de convaincre la députée Claire Samson de quitter la Coalition avenir Québec (CAQ) pour se joindre à lui. Éric Duhaime l’a rencontrée à trois reprises, mais elle se faisait toujours tirer l’oreille. Elle en a même informé ses collègues, lors d’un caucus hebdomadaire des députés de la CAQ.

La révélation a évidemment eu l’effet d’une bombe, ce qui lui a valu un appel du premier ministre qui lui a enjoint de ne pas traverser la Chambre. Mais, contre toute attente, la députée a décidé, la semaine dernière, de verser 100 $ à la caisse du PCQ. En politique, le crime de loyauté se paye cher. François Legault l’a exclue sur-le-champ de son caucus.

Mais il n’y a pas que Claire Samson. Éric Duhaime s’adonne ces jours-ci à une séance de maraudage intensive auprès des élus de l’Assemblée nationale. Il a des discussions avec une poignée de députés à la CAQ, mais aussi avec un membre du caucus libéral. Selon nos sources, il doit d’ailleurs manger avec deux d’entre eux cette semaine.

Dans l’entourage du chef conservateur, on admet que l’écrasante majorité des élus l'envoie littéralement promener, mais il demeure toujours quelques insatisfaits prêts à l’écouter. Sa cible de prédilection : un député établi, en fin de carrière, qui n’est pas en phase avec son chef et qui éprouve un certain malaise avec les consignes sanitaires du gouvernement.

L’objectif avoué d’Éric Duhaime est d’enrôler dans son camp au moins un député, ce qui lui donnerait accès à l’Assemblée nationale pour faire des points de presse et espérer participer au débat des chefs lors de la prochaine campagne électorale.

Le solage politique

Il sera le caillou dans le soulier de François Legault lors des prochaines élections générales, prédit un ancien élu de l’Action démocratique du Québec (ADQ), qui a côtoyé Éric Duhaime quand il était conseiller politique de Mario Dumont. Il ne le chassera pas du pouvoir, mais il sera achalant, ajoute-t-il, particulièrement à Québec.

Un autre ancien député adéquiste pense, au contraire, que ce sera un feu de paille. Il va s’autodétruire lui-même, dit-il. Il rappelle son passage auprès du chef conservateur fédéral Stockwell Day. Il l’a envoyé sur l’eau en sea-doo et après, ç’a été fini. Il ajoute qu’il est plus extrémiste que l’ADQ. Autrement dit, qu’il est plus campé à droite que l’ancien parti ne l’était.

Éric Duhaime a constitué sa base auprès d’électeurs radicalement opposés aux mesures du gouvernement Legault pendant la pandémie. Un truc éprouvé par les conservateurs de Stephen Harper, qui avait lui-même bâti sa base, son grassroots, en rassemblant les militants antiavortement et ultrareligieux. Son solage politique constitué, le chef Duhaime entend maintenant centrer davantage son message, mais son positionnement stratégique demeurera résolument à droite, sur le modèle de la défunte ADQ.

Non seulement est-il actif sur le terrain, mais il prépare aussi sa plateforme électorale. La sénatrice Josée Verner fait déjà campagne pour lui. L’ancien ministre libéral Marc Bellemare, bien connu à Québec, préside quant à lui la commission politique sur la justice du PCQ avec, notamment, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu.

D’autres personnalités ont aussi apporté leur soutien à Éric Duhaime. C’est le cas d'Évelyne Abitbol, qui a été candidate pour le Parti québécois et que Jean-François Lisée a nommée, quand il était chef, conseillère spéciale à la diversité. Luce Daneau, une candidate déçue de Québec solidaire dans la circonscription de Drummond, en 2007 et 2008, est aussi de l’équipe Duhaime.

Une circonscription pour Duhaime

Éric Duhaime tentera aussi de se faire élire en 2022. Son fonds de commerce est à Québec et sur la Rive-Sud. Les derniers sondages lui donnent la deuxième place dans la plupart des circonscriptions de la région, mais loin, loin, loin derrière la CAQ.

Il jongle donc avec les circonscriptions de Chauveau, où l’ADQ avait obtenu sa plus importante majorité en 2007, et de Chutes-de-la-Chaudière, où Marc Picard règne depuis 2003. Si le député Picard, qui a 66 ans, décide de ne pas se représenter pour la CAQ, Éric Duhaime pourrait tenter sa chance.

Il ne faut pas le sous-estimer, raconte un ancien député qui le connaît bien, parce qu’il a la capacité d’occuper l’espace public au moins dans la région de Québec.

Pour l’instant, cette capacité est encore confuse, mais il dérange déjà l’ordre du jour de François Legault qui devra surveiller son rétroviseur, parce qu’il arrive que les objets dans le miroir soient plus proches qu’ils ne le paraissent.

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