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Pénurie et hausse du prix des logements à Trois-Rivières

Trois-Rivières avait été plutôt épargnée par la rareté des logements et l’augmentation des loyers jusqu’à récemment. Mais des données récoltées par Radio-Canada montrent une tendance à la hausse pour l’année 2021.

Une affiche pour des appartements à louer sur des escaliers extérieurs

Une affiche pour des appartements à louer au centre-ville de Trois-Rivières

Photo : Radio-Canada / Pascale Langlois

Pascale Langlois

Jusqu’en 2020, les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement montrent que le loyer moyen à Trois-Rivières est demeuré stable, et même en léger recul pour 2020. Le vent semble tourner pour l’année 2021.

Ce sont les appartements plus grands, avec deux chambres ou plus, où l’augmentation se fait le plus sentir. Selon les données recueillies par Radio-Canada, il en coûterait près de 22 % plus cher pour un quatre et demi en 2021 par rapport à l'année dernière. Pour les appartements de trois chambres et plus, l’augmentation serait de 19 %.

Méthodologie

Radio-Canada a récolté les données de 186 annonces sur Facebook et Kijiji pendant les mois d’avril et mai.

Parmi les annonces recensées, 27 des 51 appartements de grandeur quatre et demi coûtaient 650 $ ou moins. La moyenne des annonces se situait à 756 $. Pour ce qui est des appartements de trois chambres, soit les cinq et demi, cinq des 24 appartements avaient un loyer de moins de 650 $. Aucun appartement plus grand n’a été trouvé dans cette gamme de prix.

Aussi, plus de la moitié des appartements trouvés ne conviendraient pas à une famille puisqu’ils comptent moins de deux chambres. Surtout c’est très problématique pour les familles avec plusieurs enfants. On voit des fois des annonces de loyers qui peuvent augmenter de 100 à 200 $ de plus en un seul coup, observe Carol-Ann Côté, coordonnatrice d'Info-Logis.

Trois-Rivières demeure abordable, selon la CORPIQ

Questionnée sur l’abordabilité des logements et la capacité de payer des locataires, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) souligne que le revenu moyen disponible au Québec augmente plus rapidement que le coût du logement.

On a pu observer au Québec que le loyer moyen des locataires représentait une plus faible part du revenu disponible des locataires. Il y a 25 ans, les locataires, en moyenne, consacraient 26 % de leurs revenus nets au loyer alors que maintenant, on est dans l’ordre de 22 %, affirme Hans Brouillette.

Le porte-parole ajoute que la seule donnée du loyer n’est pas suffisante pour évaluer le coût d’un appartement. Les locataires doivent comprendre que les coûts ont progressé rapidement, les coûts de terrain, les coûts de construction, les coûts de main-d’œuvre aussi. C’est impossible d’avoir des logements neufs ou en très bon état avec des loyers de 600 $, explique M. Brouillette.

650 $ pour un 4 et demi

Info-Logis Mauricie réplique que les revenus plus faibles comme le salaire minimum et les prestations d’assurance-emploi n’augmentent pas aussi rapidement, ce qui place plusieurs ménages dans l’obligation d’allouer plus de 50 % de leur budget au logement.

Le revenu moyen [des locataires] à Trois-Rivières tourne autour de 25 à 27 000 $. C’est sûr que quand on parle de ratio, il ne faut vraiment pas dépasser le 25 à 30 % des revenus totaux. Si on parle de revenus moyens, entre 600 et 650 $, ça demeure relativement correct pour ces ménages-là, affirme Carol-Ann Côté, coordonnatrice d’Info-Logis.

Une rue bordée de triplex en été.

Dans ce quartier, deux appartements quatre et demi à moins de 650 $ ont été trouvés dans les petites annonces.

Photo : Radio-Canada / Pascale Langlois

Le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec effectue pour une deuxième année consécutive un recensement des annonces d’appartements publiées sur le site Kijiji dont les données seront publiées à la fin du mois.

En 2020, le regroupement a observé un écart de 30 % entre les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement et les annonces publiées.

Ce qu’on constate, c’est que les chiffres des logements à louer ne reflètent pas la capacité de payer de beaucoup de ménages locataires, estime le porte-parole Maxime Roy-Allard. Il ajoute que ces ménages doivent souvent se tourner vers des appartements trop petits ou insalubres pour respecter leur budget.

La Ville explore des solutions

Les conseillers de la Ville de Trois-Rivières sont à la recherche de solutions pour soutenir les locataires à plus faible revenu. Un premier projet pilote verra le jour pour créer des partenariats avec les promoteurs privés et garantir des logements abordables.

Le principe: participer financièrement à la construction d’appartements en échange d’une garantie que les prix des loyers demeureront sous la moyenne. Ainsi, une enveloppe de 605 000 $ pour le logement social et une autre de 217 000 $ pour le logement abordable ont été accordées.

Le levier au niveau du logement abordable est plus rapide, explique le conseiller municipal Dany Carpentier. Dans ce cas, les projets immobiliers seraient déjà en branle et la Ville viendrait y ajouter la touche finale.

Visage de Dany Carpentier dans une rue de Trois-Rivières

Dany Carpentier, conseiller municipal du district La-Vérendrye

Photo : Radio-Canada

On était dus pour prendre position et on est en train de le faire, affirme le conseiller municipal qui siège à plusieurs comités concernant le développement social et le logement à Trois-Rivières. Il estime que la Ville doit se réapproprier son parc immobilier.

Depuis un bon bout de temps, l’habitation à Trois-Rivières, c’est, à mes yeux, dicté par les promoteurs. Oui, la ville a des règlements en urbanisme, oui on a des objectifs, mais on est plus à la remorque des intérêts économiques et financiers des promoteurs. Est-ce que c’est vraiment Trois-Rivières qui dirige son habitation? J’ai des doutes, affirme-t-il.

Il croit également que la Ville devrait créer une enveloppe récurrente pour le logement abordable et social comme ça a été le cas pour l’environnement et le développement durable.

Dans les grands centres, il y a des règles que les villes peuvent dicter aux promoteurs pour s’assurer qu’il y ait une mixité [sociale] dans les développements, affirme le conseiller qui souhaite voir une politique de logement mise en place à Trois-Rivières. Un tel cadre permettrait aussi selon lui de s’assurer d’avoir plus de logements plus grands.

Un appartement avec les fenêtres placardées

Un appartement placardé dans un triplex condamné à Trois-Rivières.

Photo : Radio-Canada

La CORPIQ soutient qu’il serait plus avantageux de se fier au marché et à la construction de nouveaux logements pour augmenter l’offre et résorber la crise. Il faut encourager la construction et non pas imposer une réglementation qui vient alourdir le fardeau des investisseurs, des propriétaires, des promoteurs, qui en bout de ligne vont être moins intéressés à construire du logement, affirme Hans Brouillette.

Selon le porte-parole, l’équilibre entre l’offre et la demande doit être maintenu pour s’assurer d’avoir un parc locatif en bonne condition. Info-Logis affirme depuis plusieurs années déjà que plusieurs appartements pourraient être rendus disponibles s’ils étaient rénovés.

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