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La Hongrie interdit la « promotion » de l'homosexualité auprès des mineurs

Des manifestants devant le parlement de la Hongrie brandissent un drapeau aux couleurs de l'arc-en-ciel pour défendre les droits des personnes LGBTQ.

Des manifestants devant le parlement de la Hongrie, à Budapest, brandissent un drapeau pour défendre les droits des personnes LGBTQ le 14 juin 2021.

Photo : Associated Press / Szilard Koszticsak

Agence France-Presse

La Hongrie a adopté mardi un texte interdisant la « promotion » de l'homosexualité auprès des mineurs, ce qui suscite l'inquiétude des défenseurs des droits de la personne, car le gouvernement souverainiste de Viktor Orban multiplie les restrictions visant la communauté LGBT.

Les modifications en question ont été approuvées par 157 députés, dont ceux du parti au pouvoir, le Fidesz, au cours d'une séance du Parlement retransmise en direct par les médias.

L'opposition a boycotté le vote, à l'exception de la formation nationaliste anti-Orban Jobbik, qui a voté pour.

La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans, est-il écrit dans ce document consulté par l'AFP, qui entend ainsi protéger les droits des enfants.

Dans la pratique, les programmes éducatifs ou les publicités de grands groupes solidaires des minorités sexuelles et de genre, par exemple celle de Coca-Cola représentant un couple d'hommes qui avait suscité en 2019 des appels au boycottage, ne seront plus autorisés.

Il devrait en être de même pour les livres, tels qu'un recueil de contes et légendes banalisant l'homosexualité qui s'était attiré les foudres du pouvoir à l'automne 2020. Le premier ministre hongrois avait à l'époque appelé à laisser [les] enfants tranquilles.

Des séries comme Friends ou des films comme Bridget Jones, ou Billy Elliot, dans lesquels l'homosexualité est évoquée, pourraient également être interdits aux mineurs, s'alarment les ONG.

À Washington, où le président démocrate Joe Biden a fait des droits LGBTQI une priorité, une porte-parole du département d'État a dit l'inquiétude des autorités américaines pour la liberté d'expression et a estimé que la loi hongroise établissait des restrictions qui n'ont pas leur place dans une société démocratique.

Le texte de la loi est, à dessein, très ambigu, souligne quant à lui Zsolt Szekeres, représentant du comité Helsinki (HHC), une organisation de défense des droits de la personne.

Nous n'en connaissons pas encore entièrement les conséquences, a-t-il dit à l'AFP, mais cette loi va refroidir les organisateurs d'événements.

Comment m'assurer que ce que je vais dire n'arrivera pas aux oreilles de quelqu'un de moins de 18 ans, qu'un enfant ne passera pas dans la rue lors d'une "Gay Pride"?, a-t-il demandé.

Des milliers de personnes étaient descendues lundi soir dans les rues de Budapest, déployant un grand drapeau arc-en-ciel devant le Parlement, pour fustiger les cruelles campagnes politiques du pouvoir.

Viktor Orban, qui a promis l'instauration d'une nouvelle ère culturelle illibérale, a durci au fil des ans la législation contre les lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres, et muscle encore son discours à moins d'un an d'élections législatives qui s'annoncent disputées.

Portrait de Viktor Orban.

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban

Photo : Getty Images / Sean Gallup

Un affront aux valeurs européennes

Ces nouvelles modifications vont stigmatiser davantage encore les LGBT, les exposant à une plus grande discrimination dans ce qui est déjà un environnement hostile, a commenté dans un communiqué le directeur d'Amnistie internationale en Hongrie, David Vig, qui a fait un rapprochement avec l'infâme loi russe qui punit tout acte de propagande homosexuelle destinée aux plus jeunes.

Amnistie appelle l'Union européenne et ses États membres à réagir.

On ne peut pas laisser nos concitoyens penser que sur des sujets aussi fondamentaux, l'Europe est à la carte. Et donc, nous les défendrons sans aucune faiblesse, a réagi le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, en marge d'un déplacement à Vienne.

L'eurodéputée française Gwendoline Delbos-Corfield (Verts), rapporteuse du Parlement européen sur la situation en Hongrie, a de son côté déploré un affront aux valeurs européennes.

Utiliser l'argument de la protection de l'enfance comme prétexte pour cibler les personnes LGBTIQ est pervers, contre-productif et dangereux pour toutes et tous.

Une citation de :Gwendoline Delbos-Corfield, rapporteuse du Parlement européen sur la situation en Hongrie

Les dispositions adoptées mardi s'inscrivent dans le cadre d'un arsenal de mesures de protection des mineurs et visant à lutter contre la pédophilie.

Parmi celles-ci figurent la création d'une base de données des personnes condamnées, accessible au public, ou encore leur bannissement de certaines professions.

En décembre, le gouvernement avait déjà interdit de facto l'adoption par les couples de même sexe et inscrit la notion traditionnelle de la famille et du genre dans la Constitution.

La Hongrie, membre depuis 2004 de l'Union européenne (UE) dont la charte des droits fondamentaux interdit toute discrimination basée sur l'orientation sexuelle, est régulièrement accusée par Bruxelles d'atteintes à l'État de droit.

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