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Choix déchirant et dirigeants absents en pleine COVID-19 au CHSLD Sainte-Dorothée

Une femme masquée à l'intérieur du CHSLD.

En pénurie de personnel avant la pandémie, le CHSLD Sainte-Dorothée a aussi vu ses gestionnaires être infectés par la COVID-19, ce qui a précipité la crise.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

La Presse canadienne

L'arrivée de la COVID-19 au CHSLD Sainte-Dorothée a donné lieu à des décisions déchirantes pour la directrice adjointe en soutien à l'autonomie des personnes âgées au CISSS de Laval, Marie-France Jobin, venue témoigner dans le cadre de l'enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables en milieux d'hébergement lors de la première vague.

Le premier résultat positif de test est arrivé le 26 mars 2020. Le 28, il y avait six infections confirmées. Le 3 avril, une opération de dépistage massif a révélé que 105 résidents étaient atteints.

La zone de quarantaine, qui avait été mise en place à l'avance, n'avait que 20 lits.

L'une des unités touchées, l'étage 1C, abritait des patients avec des problèmes cognitifs, portés à déambuler, incapables de comprendre les limites géographiques. Ils se promenaient en se tenant la main, ils dormaient dans les lits les uns des autres, a précisé Mme Jobin.

Sur 21 d'entre eux, 11 avaient la COVID-19.

Aucune autre zone du centre n'avait les installations nécessaires pour les contenir. Afin de les empêcher de contaminer le reste du bâtiment, on a décidé qu'on les laissait là. Ça veut dire qu'on condamnait les autres, a expliqué gravement Mme Jobin, ajoutant que ça a été l'une des décisions les plus dures qu'elle a eu à prendre.

En fin de compte, peu d'entre eux sont décédés, comme ils avaient en général un bon système de santé d'un point de vue physique.

Dans le reste de l'établissement, le bilan n'est pas aussi léger : plus d'une centaine de résidants ont perdu la vie à cause du coronavirus durant la première vague, faisant de Sainte-Dorothée l'un des CHSLD les plus endeuillés au Québec.

Y a-t-il un pilote dans le CHSLD?

À partir d'avril, tous les hauts gestionnaires, soit la coordonnatrice de site et trois cadres, étaient absents, la plupart ayant été infectés.

Bien que des remplaçants aient été trouvés à la dernière minute, ça a beaucoup déstabilisé Sainte-Dorothée sur le plan de la gouvernance, a déclaré mardi le directeur général du CISSS de Laval, Christian Gagné.

La conseillère en prévention et contrôle des infections du CHSLD a elle aussi contracté la COVID-19 le 1er avril, selon sa chef de service, Julie Huard. Chargée de s'assurer que le personnel comprenne bien les mesures de sécurité, la conseillère a dû accomplir ce rôle essentiel en travail à distance. Entre le 1er et le 5 avril, aucun spécialiste de la prévention des infections n'était sur les lieux.

De plus, dès que l'éclosion a été déclarée sur le site, les médecins ne voulaient plus venir et tout se faisait par téléphone, a affirmé Marie-France Jobin, qui dit avoir dû intercéder auprès de leur supérieur pour rétablir la situation. Elle-même atteinte de la COVID-19, elle a quitté son poste le 10 avril, tout en restant joignable à distance.

Mais ce n'étaient pas seulement les dirigeants qui manquaient à l'appel. Même avant l'urgence sanitaire, il manquait à peu près 25 % du personnel. En avril 2020, en plein cœur de la crise, c'était 67 % qui ont dû s'absenter, selon M. Gagné. En tout, il a fallu délester 175 personnes qui travaillaient ailleurs vers Sainte-Dorothée, pour pourvoir les postes.

Le contexte de l'enquête

L'enquête de la coroner se penche sur les décès des personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d'hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n'est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès est examiné pour chaque établissement.

Les audiences de cette semaine portent sur la mort de Mme Anna José Maquet, le 3 avril 2020 au CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. Ensuite, un volet national sera aussi examiné.

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