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Centres de compostage : la VG de Montréal relève d'importants dépassements de coûts

Un bac de compost de la Ville de Montréal.

Aucun des cinq centres de compostage projetés en 2013 à Montréal n'a encore ouvert ses portes.

Photo : Getty Images / Marc Bruxelle

Dans son rapport 2020 déposé lundi au conseil municipal de Montréal, la vérificatrice générale Michèle Galipeau révèle, entre autres, une explosion des coûts du projet de construction de centres de compostage, alors qu'aucun des cinq établissements promis n’a encore été ouvert.

Selon le document présenté aux élus par Mme Galipeau, la Ville avait présenté en 2013 un projet de 237 millions de dollars, dont 130 millions subventionnables en vue de construire cinq centres de traitement des matières organiques (CTMO) sur le territoire de la Ville.

Selon le plan original, au moins quatre de ces cinq complexes devaient ouvrir en 2016.

Aujourd’hui, huit ans après cette annonce, aucun des cinq centres de compostage promis n’était ouvert à Montréal en 2020, a constaté la vérificatrice générale.

Or, même après avoir réduit à seulement deux le nombre de centres de compostage prévus dans le projet, la Ville devra payer, pour leur construction, près du double du prix présenté en 2013 pour les cinq infrastructures.

En 2020, en raison de l’augmentation des coûts du projet et de la réduction des subventions, le coût net prévu du projet pour la Ville devrait se chiffrer entre 162,9 M$ et 196,9 M$ et, de ce fait, pourrait être de près de deux fois ce qui avait été prévu six ans plus tôt pour les cinq infrastructures, alors que seulement deux seront réalisées d’ici la fin de 2021, écrit Michèle Galipeau dans son rapport de 659 pages.

En fouillant davantage, la vérificatrice générale s’est par ailleurs butée à des difficultés pour obtenir une reddition de comptes de la part des différents comités de gouvernance municipaux afin de justifier ces importants dépassements de coûts.

Considérant ce constat global de dépassement de coûts et de non-respect du calendrier, la vérificatrice générale estime que la situation pourrait également avoir une incidence non négligeable sur l’obtention des subventions initialement prévues par les gouvernements fédéral et provincial.

Pour Mme Galipeau, il est clair qu’ici, la Ville a nettement manqué de rigueur dans la gestion d’un projet d’une telle ampleur.

Remplacement des entrées d'eau en plomb

Gros plan sur une pièce détachée de robinet d'eau.

La cible de la Ville était de changer environ 69 000 entrées de service en plomb d'ici 2026.

Photo : The Associated Press / Seth Perlman

Dans le rapport, on apprend également que le plan d’élimination de 69 000 entrées de service en plomb (ESP) d’ici 2026 à Montréal a dû être revu à la hausse.

En 2019, en raison d’un resserrement de la norme fédérale sur le plomb dans l’eau, la Ville a revu son plan d’action et estimait devoir dépister 100 000 bâtiments pour détecter des ESP, écrit Michèle Galipeau. Cette estimation est maintenant passée à 140 000 bâtiments, en plus des fontaines à boire dans les parcs qui n’avaient pas été considérées, note-t-elle.

Étant donné cette augmentation importante des bâtiments et des infrastructures à inspecter, la VG estime qu’il est difficile pour les citoyens autant que pour la Ville d’obtenir un portrait fidèle et précis de la situation qui implique, rappelons-le, des problèmes de santé publique liés à la présence de plomb dans l’eau potable.

Bien qu’il y ait des règlements pour éliminer les ESP lors de travaux de réfection de rue, il n’y a pas d’évidence qu’ils sont adéquatement appliqués, s’inquiète Michèle Galipeau.

Selon les données qu’elle a recueillies, au 31 décembre 2019, environ 21 000 des 69 000 entrées de service en plomb répertoriées avaient été remplacées et près de 39 000 bâtiments avaient fait l’objet d’un dépistage en janvier 2020.

Remplacement des luminaires de rue

La vérificatrice générale a également constaté des lacunes dans la gestion du projet de 110 millions de dollars pour le remplacement de 132 000 luminaires de rue pour les doter de diodes électroluminescentes, réputées plus durables et économiques en énergie.

Or, selon Mme Galipeau, la Ville ne valide pas les économies d’énergie évaluées par une firme externe et ne possède pas l’information pour démontrer les économies en entretien, deux objectifs qui étaient pourtant à l’origine du projet, souligne la vérificatrice.

Qui plus est, la Ville paie pour des réparations sous garantie du fournisseur et paie celui-ci en sus du contrat, pour faire des réparations que les arrondissements peuvent faire, souligne également Mme Galipeau.

Gestion des projets d'envergure défaillante et lacunes informatiques

Au chapitre de la reddition de comptes, la VG a également découvert des lacunes dans la gestion des projets et programmes d’envergure où la reddition de comptes relativement aux projets et programmes ne fait pas état de leur avancement et n’est pas discutée avec les comités de gouvernance.

Créé en 2010, le cadre de gouvernance des projets et programmes des gestions d’actifs municipaux visait justement à encadrer la gestion des grands projets, de façon à mieux suivre leur évolution.

Parmi les différents audits que son bureau a menés, la VG a notamment constaté que, malgré des améliorations notables réalisées par le Service des technologies de l’information de la Ville, des lacunes persistent dans le système de gestion des risques liés aux technologies de l’information.

La Ville ne dispose pas d’une gestion efficace des risques. Pour éviter que des risques TI importants ne soient pas traités adéquatement, des améliorations sont nécessaires quant à la gouvernance, à la détection et aux analyses de risques TI ainsi qu’aux ressources humaines insuffisantes, souligne Mme Galipeau dans son rapport.

Des lacunes informatiques ont aussi été détectées lors des audits de la VG dans le Système budgétaire automatisé (SBA). Selon la VG, la confection du budget repose en grande partie sur une multitude de fichiers Excel et d’applications désuètes exigeant une vigilance pour éviter la perte de l’intégrité des données et en assurer la sécurité informatique.

Elle constate également que la principale application SBA utilisée par la Ville pour son budget date des années 1990.

Une situation qui n’a pas sa raison d’être, souligne Mme Galipeau dans la mesure où l’application SBA entre dans la gestion d’un budget de fonctionnement municipal de plus de 6,17 milliards de dollars.

Il est donc impératif que la Ville revoie son processus budgétaire et qu’elle se dote de systèmes budgétaires et financiers performants afin qu’elle soit mieux outillée pour faire face aux enjeux actuels et à venir, conclut la vérificatrice générale.

Le comité exécutif prend acte

La salle du conseil municipal.

Le Comité exécutif prend très au sérieux ces recommandations de la VG.

Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Réagissant mardi au rapport déposé la veille par la VG, le président du comité exécutif, Benoit Dorais, a souligné dans un communiqué que son administration prend très au sérieux les recommandations de la vérificatrice en soulignant au passage que le taux de réponse aux recommandations de la VG était passé de 32 % à 52 % depuis 2019, notamment grâce aux efforts mis en place par notre administration pour assurer un meilleur suivi et une plus grande imputabilité.

Il s'agit du meilleur taux en dix ans, a souligné M. Dorais.

Le président du Comité exécutif précise par ailleurs que le Service de l’eau élabore actuellement un plan d’actions correctives claires pour améliorer la gestion du remplacement des milliers d'entrées de service en plomb sur le territoire de la Ville.

La Ville redoublera d’efforts afin d’améliorer ses pratiques à un niveau de qualité supérieure, soit le niveau attendu par les citoyennes et les citoyens, promet M. Dorais.

En ce qui a trait aux problèmes et aux dépassements de coûts dans la construction des CTMO et de la gestion défaillante des grands projets, Benoit Dorais écrit que la Ville va désormais s'assurer que le Cadre de gouvernance des projets et des programmes de gestion d’actifs municipaux soit suivi et appliqué par tous les services impliqués dans le projet et que la planification des prochains CTMO sera aussi effectuée de façon distincte pour réduire le niveau de complexité et les contraintes associées à l’échéancier.

Enfin, concernant la désuétude du Système budgétaire automatisé, M. Dorais affirme que le Service des finances procédera à l’analyse et à la rédaction d’un plan d’action pour améliorer le processus budgétaire à Montréal et que les recommandations de la vérificatrice générale relative au cadre financier feront partie intégrante du processus.

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