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« Même le meilleur plan, des fois, ne fonctionne pas » : Dubé revient sur son année

« On veut tous passer un bel été, mais allons nous faire vacciner, parce que c’est notre arme contre une vague possible au mois de septembre. »

Le ministre Dubé, assis, de face, les mains ouvertes, en train de discuter avec l'animateur, qui est de dos. Ils sont assis autour d'un café. À gauche, on devine les équipements de télévision.

Le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en entrevue avec Patrice Roy autour d'un café au Quartier Général du Vieux La Prairie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Vaccination, négociations avec les médecins, délai pour un rendez-vous : le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, revient sur les douze mois passés à la tête de son ministère et esquisse les travaux à venir. Patrice Roy s’est entretenu avec lui.

Dans le pire de la crise de la COVID-19, est-ce que vous avez eu peur de l’échapper à un moment donné?

Oui. Je suis arrivé à la fin juin 2020 [comme ministre de la Santé], il y a exactement un an. Il y avait un calme qui suivait toute la crise de la première vague. Ça nous a donné le temps de nous préparer; on a fait durant l’été le plan de la deuxième vague.

Puis quand est arrivé le mois de novembre, là, j’étais vraiment inquiet. Il me semblait qu’on avait tout fait ce qu’il fallait au niveau des contrôles des infections et on avait fait un plan détaillé. Mais même le meilleur plan, des fois, ne fonctionne pas. Et là, quand j’ai vu les cas qui commençaient à monter, j’ai eu quelques mauvaises nuits.

S’est ajouté, après, le délestage. Lors d'une entrevue avec vous durant cette période, je sentais qu’il n'y avait pas de réponse magique. Vous étiez comme pris.

Oui. Quand on fait de la politique, pour moi, c’est la même chose que la gestion, il faut faire des choix difficiles. Concernant le délestage, on savait qu’on rendait la situation difficile pour des gens qui attendaient des chirurgies. Mais on savait que si on ne faisait pas ce délestage-là, on ne pouvait pas servir nos patients COVID, qui étaient la priorité du moment. Et on voyait que la liste d’attente continuait de s’allonger. Ce n’était vraiment pas des choix faciles.

Quel était votre sentiment?

Les nuits de sommeil que j’ai manquées, c’était de savoir quand l’aiguille allait commencer à bouger. Parce qu’on était pas mal certains qu’on faisait les bons choix : baisser les chirurgies, rendre notre personnel disponible pour aller [s'occuper] des patients COVID. Mais ça ne réagit pas toujours aussi rapidement qu’on voudrait.

Alors, ce qui est arrivé, c’est que ça a pris peut-être plusieurs semaines. Mais là, les gens ont vu qu’on avait fait les bons choix, et alors c’est plus facile d’accepter les décisions qu’on a recommandées.

En novembre et décembre, vous disiez qu’il fallait être plus sévère, accentuer les mesures sanitaires, mais que ça ne donnerait rien, car les Québécois ne suivraient pas.

On comprenait qu’il fallait donner un répit aux gens pour les Fêtes, mais on savait qu’on prenait un risque en faisant ça et on l’a vu. Les cas après les Fêtes... Un matin, j’étais chez moi et j’ai vu 2800 cas cette journée-là, je peux vous dire que je m’en souviens.

Avec le recul, était-ce une erreur de faire ça?

Je ne dirais pas que c’est une erreur, c’était un choix qu’on a fait. Les gens, ça leur a fait assez de bien. Et quand on est revenus [après les Fêtes], on a dit : Regardez, on ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas rester à 3000 cas quotidiens. Il faut faire quelque chose.

Les gens, je pense, nous écoutaient peut-être un peu plus, parce qu’ils voyaient le bénéfice qu’on pouvait avoir, à long terme, de trouver des solutions.

On voit M. Dubé de face, en entrevue. Son expression est neutre.

« Mon père, qui était capitaine, disait que dans une tempête, il faut garder le bateau dans une direction. Tu ne peux pas être a contrario de la vague. »

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour ce qui est de la vaccination, le vrai défi, il commence maintenant…

Les Québécois ont prouvé que malgré toutes les petites erreurs, globalement, comme peuple, on a réussi, on est les meilleurs au monde en ce moment pour la première dose. Il faut se féliciter et se taper sur l’épaule.

Mais ça ne fait que commencer. Parce que pour la deuxième dose, on est à 13 %. Moi, ce que je veux, c’est d’être capable d’avoir au moins le même 75-80 % dans toutes les catégories d’âge pour la deuxième dose, comme pour la première.

Comme il n’y a plus tellement de cas de COVID-19, est-ce que ça vous fait peur que des gens qui se sont fait vacciner une première fois se disent bof, je n’ai pas besoin de la deuxième dose, ça va bien?

À ce temps-ci l’an dernier, à la fin juin, c’était une moyenne mobile sept jours d’à peu près 150 cas, exactement ce qu’on voit en ce moment. Et regardez la deuxième vague qu’on a eue.

Alors, ça ne veut pas dire que parce que ça va bien aujourd’hui et qu’on a vidé une grande partie de nos hôpitaux qu’une quatrième vague n’est pas possible. Il faut juste garder ça en tête.

La grande différence, c’est la vaccination. L’été passé, les gens ont relaxé, on a eu un bel été, mais on n’avait pas la vaccination. Et on a vu comment la deuxième vague a été difficile. Ce que je dis aujourd’hui, c’est qu’on est au même endroit que l’été passé. On veut tous passer un bel été, mais allons nous faire vacciner, parce que ça va être ça notre arme contre une vague possible au mois de septembre.

Envisagez-vous des moyens pour accélérer la vaccination de la deuxième dose?

Je ne vous cache pas qu’on a des enjeux avec des catégories d’âge. Le groupe des 18-30 ans m’inquiète, parce que c'est chez eux qu'on n’a pas encore atteint le pourcentage de la première dose voulu. Ils sont à 65 % vaccinés et on veut un minimum de 75 %. Ce sont quand même 200 000 personnes qui devraient avoir eu la première dose.

Et j’insiste sur cette catégorie-là, parce que ce sont eux qui sont plus susceptibles de faire ce que M. François Legault appelle les petits partys, et qui sont au Centre Bell le temps d’une partie. C’est correct, mais c’est une raison de plus de vouloir se protéger pour être capable d’éviter d’être frappé par une nouvelle vague.

On voit le ministre de la Santé, Christian Dubé, assis dans un café, de face, en entrevue pour la télévision. Il fait un geste avec sa main, qui indique qu'il veut atteindre un certain seuil.

« Le groupe des 18-30 ans m’inquiète. On n’a pas encore atteint le pourcentage pour la première dose. »

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Donc, le travail n’est pas fini avec ces gens-là, et on va essayer de les rejoindre. S’il faut aller vacciner à l’extérieur du Centre Bell, on va le faire. Parce que ces gens-là doivent nous aider à avoir l’immunité collective.

La CAQ a fait des promesses, comme diminuer le temps d’attente dans les urgences, mais ça ne baisse pas. Il y a encore 700 000 Québécois qui n’ont pas de médecin de famille. Comment allez-vous vous y prendre?

Je suis là depuis un an. J’ai déjà eu la chance [dans ma carrière] de faire des redressements, des retournements, des transformations dans des délais assez courts. L’important, c’est d’aller chercher l’appui du personnel.

Ce qu’on a réussi à faire dans la première année, grâce à la pandémie, c’est d’amener tout le monde ensemble et de montrer que le réseau de la santé peut bien performer sur des enjeux bien précis : le dépistage, le traçage. Et là, les Québécois se disent : Mon Dieu, ils ont été capables de changer la culture de la santé, d’avoir un service à la clientèle. Je ne dis pas que c’est parfait, mais il y a vraiment une amélioration.

Alors, comment fait-on pour transposer ça dans le quotidien?

Bien, il faut le faire partout. Il faut le faire dans les urgences, dans le rattrapage des chirurgies. Je ne comprends pas qu’on ne suive pas sur un téléphone cellulaire ou un ordinateur où est rendu notre rendez-vous. Comment ça se fait qu’on n’a pas cette capacité? Et c’est facile à faire. Mais il faut avoir la volonté d’avoir ce même succès-là qu’on a eu sur la vaccination, d’être efficace dans les chirurgies, dans le soin à domicile, tout ce qu’on essaie de faire. Mais ça passe par notre personnel.

Concernant les salaires des médecins, M. Legault a envoyé un avertissement la semaine dernière. Les économies promises ne sont pas au rendez-vous. Où en êtes-vous? Est-ce qu’il faut couper les salaires des médecins?

Pour les médecins spécialistes, on va atteindre les objectifs qu’on s’était fixés en 2019 quand j’étais au Conseil du Trésor. On a eu une première année difficile, pour toutes sortes de raisons, dont la pandémie. Mais avec les spécialistes, je suis sûr qu’on va atteindre nos objectifs.

Est-ce qu’ils gagnaient trop?

La réponse, c’est oui. Donc, ça va se faire du côté des spécialistes.

L’enjeu est avec les omnipraticiens, et c’est pour ça que le premier ministre a perdu un peu patience là-dessus, et je l’appuie. Il y a une question – et je fais attention à mes mots – de productivité.

Ils ne travaillent pas assez?

On a besoin qu’ils soient plus présents. On a assez de médecins, on a assez d’omnipraticiens, et je pense qu’on doit réorganiser leur travail pour qu’on soit plus efficaces.

Ils ne font pas assez d’heures?

Ils n’ont pas assez de patients potentiels. Parce que lorsqu'il y a des médecins qui ont 500-600 patients alors qu’ils devraient en avoir 1000-1200, ça ne veut pas dire qu’ils travailleraient plus fort, mais ça veut dire qu’ils auraient une plus grande responsabilité. Alors, là-dessus, je suis 100 % d’accord avec mon premier ministre. On va trouver des solutions cet été, pour que ça soit applicable en septembre.

On voit, à gauche, de profil, Patrice Roy, en entrevue avec Christian Dubé, à droite. Derrière eux, les rues du Vieux La Prairie.

Entrevue avec Christian Dubé

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et pour qu’il y ait moins de Québécois sans médecin de famille?

Pour moi, ce qu’on appelle la prise en charge, c’est le premier objectif. Et le deuxième objectif, c’est d’être capable d’avoir un rendez-vous en moins de 36 heures. Parce que ce n’est pas normal qu’un Québécois qui a un bobo doive attendre 2-3 semaines avant même d’avoir le rendez-vous. Ça n’a pas d’allure.

On a vu avec la pandémie le développement de la télémédecine, ce qui n’était même pas pensable il y a 4-5 ans. Regardez comme ça a été une bonne chose. Nous, on dit aux omnipraticiens : Vous voulez continuer à faire de la télémédecine, les Québécois en veulent. Où est l’arrangement, est-ce qu’il est sur les honoraires de la télémédecine? Ce sont toutes des choses qu’on n'avait pas avant la pandémie. Je pense que ce sont ces solutions qui doivent être discutées avec eux dans les prochains mois.

Est-ce que vous vous engagez à rester à la Santé le temps qu’il le faudra pour terminer vos chantiers?

Je prends ça une année à la fois, pour être honnête avec vous. Mon engagement, c’est de servir les Québécois. J’ai une passion pour ça. Et en ce moment, je me concentre sur la prochaine année.

Les propos recueillis dans le cadre de cette entrevue ont été édités à des fins de clarté et de concision.

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