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Pride Toronto voulait renforcer ses liens avec la police pour « faciliter le financement »

Une policière danse dans la rue en tenant un drapeau gai

Les policiers en uniforme sont exclus du défilé de la Fierté de Toronto depuis 2017.

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Radio-Canada

Pride Toronto a reçu une subvention fédérale de 250 000 $ pour commémorer une étape controversée de l'histoire LGBTQ du Canada, dans l'espoir d'améliorer les relations avec la police.

Or, Pride a décidé de procéder malgré le fait que la majorité de ses membres s'opposaient toujours à ce que des policiers en uniforme participent au défilé de la Fierté de Toronto, a appris CBC News.

Après les protestations de la communauté, Pride Toronto et les fonctionnaires fédéraux ont retravaillé le contrat afin qu'une partie de l'argent des contribuables puisse plutôt être dépensée pour des programmes que Pride a mis en place avant que la subvention ne soit accordée en 2018.

Les membres de l'organisation n'ont pas été informés de la manière dont la subvention a été dépensée.

De plus, des projets très médiatisés - entre autres un projet qui devait inclure le célèbre artiste Kent Monkman - sont tombés à l'eau.

C’est resté un secret et c'est un problème, a déclaré Tom Hooper, un historien et membre de la communauté qui a obtenu des documents décrivant le processus.

Le portrait d'un homme

Tom Hooper a fait des demandes d'accès à l'information dans le but d'en savoir plus au sujet de la subvention de 250 000 dollars.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui/CBC News

Pride Toronto a interdit aux policiers en uniforme de défiler en 2017 suite à une manifestation de Black Lives Matter Toronto lors de l'événement estival de 2016.

Les documents obtenus par M. Hooper soulèvent des questions au sujet des motivations derrière le changement de position de l’organisation au sujet des policiers en uniforme dans le défilé.

Ceux-ci soulèvent également des questions en lien avec l’utilisation de l'argent des contribuables.

Les membres de la direction de Pride Toronto ont changé depuis. Malgré cela, la direction a envoyé un courriel à CBC News dans lequel elle reconnaît que les communications avec les membres peuvent encore être améliorées.

Des fonds avant la soumission du projet

Des fonctionnaires fédéraux du ministère des Finances ont signifié à Patrimoine Canada qu'ils transféreraient 250 000 $ pour couvrir les coûts du projet avant même que Pride Toronto ne soumette une demande de subvention. C’est ce que dévoilent les dossiers obtenus grâce à la loi de l'accès à l'information par M. Hooper. Ils ont été examinés par CBC News.

Un porte-parole du ministère des Finances a refusé de commenter cette décision.

Patrimoine Canada a accordé la subvention à Pride Toronto en novembre 2018. La subvention initiale devait servir à commémorer le 50e anniversaire de la Loi de modification du droit pénal, qui a décriminalisé les actes homosexuels entre hommes âgés de 21 ans et plus en 1969.

La proposition de Pride Toronto - nécessaire à l’obtention des fonds - comprenait un gala commémorant cet anniversaire, le développement d'un site Web éducatif et la création d'un conseil national composé de chefs de police et d'organisations communautaires LGBTQ de tout le Canada pour améliorer les relations entre les deux groupes.

La proposition indiquait aussi que Pride Toronto allait cibler particulièrement les services de police lors de la célébration. Un des objectifs du projet était de favoriser de meilleures relations avec les services de police.

Un anniversaire controversé

La demande de subvention présente l'anniversaire de la loi comme celle de la décriminalisation de l'homosexualité au Canada. Or, selon M. Hooper, les mesures de répression policières à l'encontre de la communauté LGBTQ se sont poursuivies pendant plusieurs années après la mise en place de la loi. Il rappelle les descentes dans les bains publics de Toronto en 1981, au cours desquelles 200 agents ont fait une descente dans quatre établissements gais et ont porté des accusations envers 286 hommes.

Si la décriminalisation avait eu lieu en 1969, nous n'aurions pas eu ces descentes dans les bains publics en 1981, a déclaré M. Hooper à CBC News.

C’est dans le contexte de ces descentes que Pride Toronto a été fondé il y a 40 ans, a ajouté M. Hooper.

Pride Toronto a demandé la subvention et a reçu un financement partiel pour le projet controversé quelques semaines seulement après avoir pris la décision d'inviter à nouveau des agents en uniforme au défilé.

La participation de la police pourrait faciliter le financement

Le conseil d'administration pensait qu'une annonce sur la participation de la police au défilé de la Fierté 2019 pourrait faciliter le financement, selon la résolution alors adoptée par le conseil.

À l'époque, Pride Toronto accusait un déficit de près de 700 000 dollars. Elle prévoyait le combler partiellement en obtenant de nouvelles subventions, selon son état financier de 2018.

Mais en janvier, les membres de Pride Toronto ont voté pour continuer à écarter les policiers en uniforme du défilé.

Ceci signifiait donc que Pride et Patrimoine Canada devaient réinventer leur projet.

Dans une déclaration, Pride Toronto a dit à CBC News que l'inclusion de la police n'était pas une condition de financement dans l'accord de contribution avec Patrimoine Canada. De plus, aucun financement n'a été retenu à la suite du vote des membres selon lequel les policiers en uniforme devaient rester à l'écart.

Pride Toronto a déclaré à CBC News qu'elle avait reçu la permission d'utiliser une partie de la subvention pour des dépenses liées à des programmes antérieurs.

Nous avons demandé la permission de changer les éléments livrables de la subvention en étapes et campagnes importantes que l'organisation a accomplies lors du festival de 2018, a déclaré Sherwin Modeste, le nouveau directeur général de l'organisation. Les partenaires subventionnaires étaient conscients que nous demandions la prise en charge de ces dépenses.

La subvention a donc en partie été utilisée pour une campagne de sécurité intitulée Until We're Safe, lancée en mai 2018. Cette campagne était liée à l'arrestation du tueur en série Bruce McArthur.

Elle a aussi été utilisée pour financer une campagne éducative explorant le thème de 35 ans d'activisme contre le sida. Cette campagne a été lancée des mois avant la demande de subvention soumise en novembre.

La subvention a également permis de financer de nouvelles initiatives, telles qu'une conférence pour les jeunes, des ajustements opérationnels pour soutenir la communauté autochtone et bispirituelle, ainsi qu'une programmation pour marquer le 50e anniversaire des émeutes de Stonewall à New York en 2019.

Patrimoine Canada a déclaré à CBC News que pendant la période de travail sur ce projet, Pride Toronto a mis en place un groupe consultatif qui a déterminé que les résultats attendus du projet devaient être ajustés pour répondre aux préoccupations de la communauté.

Le portrait d'un homme

Le nouveau directeur de Pride Toronto, Sherwin Modeste.

Photo : offerte par Pride Toronto

M. Modeste n'était pas directeur exécutif à l'époque. Il a été embauché pour ce rôle en novembre 2020. Il a commencé à occuper le poste près d'un an après que l'ancienne directrice de Pride Toronto, Olivia Nuamah, ait quitté l'organisation.

L’ex-directrice nie

Dans un courriel de février 2019 adressé à M. Hooper, Mme Nuamah a nié que l'organisme sans but lucratif avait reçu des incitations financières liées au 50e anniversaire de la loi de 1969, malgré la réception du premier chèque de 140 000 $ pour la subvention en décembre 2018.

Lorsque CBC News a interrogé Mme Nuamah sur sa réponse à M. Hooper, elle a répondu par courriel : Si vous avez le rapport, vous verrez l'activité dont nous avons fait état .

Photo d'une femme noire aux cheveux longs à l'extérieur d'un édifice

L'ex-directrice générale de Pride Toronto, Olivia Nuamah

Photo : CBC/Martin Trainor

Lorsque M. Hooper a découvert, plus tard, par le biais d'une demande d'accès à l'information, que Pride Toronto était l'une des 10 organisations ayant reçu un total de 2 millions de dollars du gouvernement fédéral pour commémorer l'anniversaire, l'historien a décidé de creuser davantage.

Cela ne m'a pas plu , a déclaré M. Hooper.

Il a obtenu du ministère du Patrimoine Canada plus de 400 pages de dossiers d'accès à l'information portant spécifiquement sur le projet de subvention. Plus de 300 autres pages n'ont pas été divulguées en raison d'une exemption relative aux renseignements confidentiels du Conseil privé de la Reine pour le Canada, qui comprend le premier ministre Justin Trudeau et son cabinet.

Un projet tombé à l’eau

La nouvelle version du projet comprenait un contrat avec l’artiste Kent Monkman pour créer 7 œuvres représentant la communauté 2 Spirit. La toute nouvelle série d’oeuvres est annoncée sur une pleine page du Guide de la Fierté 2019, qui a été publié le 1er mai 2019.

Sept jours plus tard, dans une mise à jour du projet envoyée à Patrimoine Canada, Mme Nuamah écrit que l'organisation a entièrement exécuté le contrat avec Kent Monkman.

Cependant, selon un représentant du studio de l'artiste cri, M. Monkman a discuté d'un projet avec Pride Toronto, mais que ces discussions n'avaient jamais abouti à un contrat et qu'elles avaient pris fin plus d'une semaine avant que Mme Nuamah écrive à Patrimoine Canada.

Mme Nuamah écrit également dans le rapport - qui était une obligation contractuelle pour recevoir la prochaine partie de la subvention - que Pride avait conclu une entente avec le Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) pour égaler les fonds reçus par le gouvernement pour le projet de M. Monkman.

L’AGO a déclaré dans un courriel qu'il avait eu des conversations préliminaires au sujet du projet, mais qu'aucun engagement officiel n'avait été pris et que, pour diverses raisons, le projet n'avait pas progressé .

Dans un courriel, Mme Nuamah a déclaré à CBC News qu'elle était sur le point de finaliser un plan avec M. Monkman lorsque l'artiste s'est adressé directement à l'AGO et a proposé un partenariat avec la galerie pour réaliser l'œuvre.

Mme Nuamah dit que les déclarations ont été écrites dans le rapport à Patrimoine Canada alors qu’elle essayait de conclure ces ententes. Tout s'est terminé et nous sommes tous passés à autre chose, a-t-elle déclaré à CBC News.

Nous l’avons signalé à Patrimoine Canada lorsque ça c’est produit. Puis nous avons commencé à regarder dans une autre direction, puis j'ai quitté Pride Toronto, a-t-elle déclaré.

La nouvelle direction de Pride Toronto a déclaré que les fonds requis pour le projet avec M. Monkman n’étaient pas disponible à l’époque.

Pas de réponse

Après avoir examiné les dossiers, M. Hooper affirme avoir demandé à Pride Toronto, par le biais d'une lettre au conseil d'administration et lors de l'assemblée générale annuelle de 2020, de lui dévoiler où le total de la subvention a été dépensé. Il affirme ne pas avoir reçu de réponse.

La nouvelle direction de Pride Toronto a déclaré à CBC News que depuis que M. Modeste est devenu directeur général, il a donné la priorité à l'introduction de nombreuses nouvelles politiques et pratiques, y compris la transparence dans les partenariats [de Pride Toronto] et l'obtention de subventions.

Pride Toronto a fourni à CBC News une copie du rapport final du projet de Patrimoine Canada.

Le rapport confirme que, malgré le titre du projet - Commémoration des 50 ans de la Loi modifiant le droit pénal - aucune des subventions n'a été utilisée pour marquer cet anniversaire.

Avec les informations de CBC News

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