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Exaspéré, un propriétaire ferme sa résidence pour aînés de Thetford Mines

Une dame quitte la RTF Rhéaume qui ferme ses portes à Thetford Mines.

Une dame quitte la RTF Rhéaume qui a fermé ses portes à Thetford Mines.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Se disant « poussé à bout » par les exigences du CISSS de Chaudière-Appalaches, le propriétaire d’une résidence pour aînés de Thetford Mines a décidé de fermer son établissement et d’abandonner du même coup « les membres de sa famille ».

L’ambiance est lourde dans la ressource de type familial (RTF) Rhéaume de Thetford Mines, le 8 juin. Une dame pleure. Elle n’a pas voulu s'identifier publiquement. Appelons-là Lauraine. Comme les six autres résidents, elle a appris la veille qu’elle doit quitter la chambre qu’elle habite depuis deux ans.

Pourtant, le propriétaire n’avait pas l’intention de les laisser tomber, assure-t-il. Rémy Rhéaume pleure avec Lauraine dans ses bras.

Il explique ne pas être en mesure de suivre le rythme exigé par le CISSS de Chaudière-Appalaches. Craignant l’épuisement professionnel, il a décidé à contrecœur de résilier son contrat avec le réseau public.

M. Rhéaume affirme ne pas pouvoir se plier la demande du CISSS d’être présent à la résidence sept jours sur sept, et ce, même lorsqu'un employé de longue date est en service.

Mon intention, c'était de continuer. Ils m'ont tellement mis de pression que par la suite, j'ai décidé d'envoyer ma lettre, le 17 mai. C'est invivable ce qu'ils font vivre aux ressources, affirme M. Rhéaume.

Rémy Rhéaume console une résidente avec l'aide d'une employée.

Rémy Rhéaume console une résidente avec l'aide d'une employée.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Parmi les exigences du CISSS, le propriétaire cite en exemple l'obligation que son cuisinier ait une certification du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, en plus d'un permis pour livrer de la nourriture.

Le CISSS demande également la vérification des antécédents judiciaires des employés, aux frais des propriétaires.

Manque de soutien déploré

Cinq résidents ont été relogés dans le secteur de Thetford Mines et deux autres de façon temporaire au Couvent à Lévis, le temps de trouver une nouvelle famille d’accueil.

Rémy aurait aimé éviter ce scénario. Ayant des résidents avec des besoins particuliers, il a fait une demande quelques mois plus tôt pour changer de catégorie de résidence afin de devenir Ressource intermédiaire (RI).

Ce changement lui aurait permis d’avoir plus de financement pour l’embauche d’employés supplémentaires afin de répondre plus facilement aux besoins des résidents. Sa requête a été refusée.

Cette demande a entraîné la mise en place d'un plan d'amélioration, après lequel le CISSS a enclenché une enquête administrative, en mars dernier.

C'était de plus en plus de visites. Ce qui causait des problèmes avec les résidents. Toujours des petites choses qu’on me reprochait pour me pousser à bout, déplore Rémy Rhéaume.

Rémy Rhéaume n'arrivait plus à suivre les exigences du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Rémy Rhéaume n'arrivait plus à suivre les exigences du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Motifs sérieux

Évoquant la confidentialité du dossier, l’organisme n'a pas voulu divulguer les raisons précises qui ont poussé le réseau de la santé à déclencher une enquête administrative.

Le CISSS précise toutefois que plusieurs interventions précèdent cette étape, comme de l’accompagnement et la mise en place d’un plan d’amélioration. Il y a ouverture d’enquête administrative seulement si les autres étapes n’ont pas permis de corriger la situation.

Ce sont donc pour des motifs sérieux sur la qualité et la sécurité des usagers que nous procédons à une enquête administrative.

Une citation de :CISSS de Chaudière-Appalaches

Rémy Rhéaume rétorque que le CISSS n’a pas offert l’appui espéré lorsqu’il lui a fait part qu’il n’arrivait plus à suivre les exigences imposées par l’enquête administrative.

Il a finalement décidé d’abandonner.

Dans sa lettre pour mettre fin à son accréditation, il inscrit que sa décision est due à la pression et [au] harcèlement psychologique que l’établissement exerce sur ma personne depuis plusieurs mois et les effets indésirables que cela entraîne sur ma santé mentale.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches n’a pas voulu commenter ces allégations.

Une autre fermeture

Cette histoire s’ajoute à plusieurs autres fermetures de résidence en Chaudière-Appalaches, au cours des derniers mois. Le pavillon Parent à Saint-Isidore, la Résidence Saint-Ephrem, la résidence Aube-Nouvelle à Saint-Victor et le Manoir de l’amitié à Saint-Gédéon n'en sont que des exemples.

La résidence pour aînées Le Pavillon Parent à Saint-Isidore en Beauce met la clé sous la porte.

La résidence pour aînés le Pavillon Parent à Saint-Isidore a fermé ses portes en juin. Les résidents ont tous été déplacés à Lévis.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ) s’inquiète de cette tendance.

On demande de plus en plus à nos milieux, explique le président Hugo Légaré. Lorsque l'établissement est en arrière de nous et nous épaule, ça va bien. Mais ce n'est pas toujours le cas. Des fois, c'est un manque de soutien, de collaboration qui fait en sorte qu'il y a des fermetures de ressources, ajoute M. Legaré.

Leurs critères ont vraiment fait un bond de géant. Ça va être très difficile de recruter des ressources, Hugo Légaré, président du RESSAQ.

Pour le RESSAQ, cette nouvelle fermeture laisse croire à une réorganisation particulière des ressources sur le territoire de Chaudière-Appalaches.

La décision d'amener la clientèle vers de gros établissements comme ça, je ne crois pas que ce sont tous les CIUSSS qui envisagent de faire ça, commente M. Légaré.

Le CISSS répond n’avoir aucune intention de centralisation des places vers de plus grandes résidences du territoire.

Nous avons des besoins en places en RTF un peu partout dans la région et près des communautés naturelles des résidents. Les besoins les plus importants en nouvelles RTF sont situés majoritairement en Beauce et ensuite, dans le secteur de Thetford, assure-t-on par courriel.

Solution pour éviter un déménagement refusé

Pourtant, Rémy Rhéaume raconte qu’il a trouvé des acheteurs avec de l’expérience prêts à reprendre son établissement.

Je cherchais une solution pour que les résidents puissent rester ici dans leur milieu de vie, mais [le CISSS] pas voulu poursuivre là-dedans, relate M. Rhéaume.

Une main d'une résidente est posée près de ses peluches.

Les résidents prennent mal la fermeture de la RTF Rhéaume.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Dans un courriel dont Radio-Canada a obtenu copie, le réseau public offre plutôt une autre résidence aux acheteurs potentiels.

Je vous écris afin de vous préciser que la ressource dont je vous ai parlé lors de notre conversation téléphonique de ce matin est située à Sainte-Marie en Beauce. C’est à 20 minutes des ponts. Est-ce que ça peut vous convenir?, peut-on lire dans le courriel acheminé par la responsable au recrutement pour les services RI-RTF au CISSS.

Le CISSS dit avoir conclu que l'offre actuelle sur le territoire est suffisante pour répondre aux besoins des usagers avec un profil RTF.

C’est donc pour cette raison que le promoteur s'est fait proposer une autre ressource dans un autre secteur géographique de la région, écrit-on par courriel.

Dans sa réponse précédente, le CISSS avait pourtant indiqué que les besoins en nouvelles RTF étaient majoritairement situés en Beauce et ensuite, dans le secteur de Thetford Mines.

Aînés déracinés

D’autant plus que l’un des aînés qui souhaitaient rester à Thetford Mines a été déménagé temporairement à Lévis, le temps de trouver une résidence qui répond à ses besoins.

C'est inhumain. Ils ont dit : "on le prend et on l'envoie à Lévis". Je ne comprends pas. [Les propriétaires] ont tout fait pour garder ça ouvert. Ça allait bien, déplore une de ses proches, Lucie Turcotte.

Le CISSS précise que cette situation n’est pas permanente. Il ne peut toutefois pas donner d’échéancier pour un déménagement dans un milieu définitif de la région.

Une aînée quitte la résidence de Rémy Rhéaume à bord d'un autobus adapté, seule dans sa chaise roulante.

Une aînée quitte la résidence de Rémy Rhéaume à bord d'un autobus adapté, seule dans son fauteuil roulant.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Pour sa part, Lauraine reste à Thetford Mines. Mais ça l’importe peu. Elle doit quand même se séparer de sa famille, qui était devenue celle de M. Rhéaume.

Le propriétaire a tenté de la rassurer en lui disant qu’elle aura encore une chambre pour se reposer dans sa nouvelle résidence.

Lauraine a fini par quitter seule sans tambour ni trompette dans un autobus du service du transport adapté avec un sac d’épicerie contenant ses effets personnels.

Une intervenante l’attendait à destination avec ses médicaments, a assuré le CISSS de Chaudière-Appalaches.

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