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Enquête sur les décès en CHSLD : la gestion des approvisionnements critiquée

Un homme parle à travers une fenêtre.

L'un des enfants de la famille Grenier parle avec son père mourant à travers une fenêtre du CHSLD Yvon-Brunet.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Presse canadienne

Johanne Grenier, dont le père est mort de la COVID-19 au CHSLD montréalais Yvon-Brunet, a dénoncé « l'incompétence et la négligence » concernant « les décisions prises par les dirigeants des CIUSSS et par le gouvernement provincial », lors de son allocution lundi à l'enquête publique de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables en milieux d'hébergement durant la première vague.

Si le gouvernement décide d'utiliser les CHSLD comme hôpitaux pour les résidents en temps de pandémie, il doit assurer aux résidents les mêmes qualités et niveaux de soins que l'on y retrouve, a-t-elle affirmé, sinon, ces endroits deviennent des mouroirs.

Les CHSLD sont normalement considérés comme des milieux de vie et ne possèdent donc pas la main-d'œuvre, le matériel médical ou l'infrastructure d'un hôpital. Selon plusieurs travailleurs de la santé venus témoigner aux audiences la semaine dernière, les résidents des CHSLD qui voyaient leur état se détériorer lors de la première vague n'étaient souvent pas transférés à l'hôpital, afin d'éviter d'engorger les urgences.

Mme Grenier a décrit le centre Yvon-Brunet comme très exigu, alors que les lits d'hôpitaux ne peuvent pas passer les portes et deux chaises roulantes peuvent difficilement se croiser dans les couloirs. Lors de décès, il faut sortir les corps des défunts par la porte d'entrée principale parce qu'il n'y a pas d'autre option, un constat scandaleux, selon elle.

Mme Grenier a aussi déploré qu'on garde les couches souillées dans des sacs de plastique dans les couloirs. Les CHSLD sont des milieux de vie; qui garderait ses déchets dans son corridor?, a-t-elle demandé.

Elle a finalement appelé le gouvernement à mettre en place des plans d'action bien avant qu'une crise éclate pour ne pas être pris au dépourvu, comme ce fut le cas avec l'approvisionnement en masques chirurgicaux.

Équipement manquant

Faute de réserves suffisantes, plusieurs établissements de santé ont dû rationner leur matériel médical.

De nombreux employés d'Yvon-Brunet, qui ont témoigné aux audiences dans les derniers jours, avaient décrié l'interdiction pour eux de porter un masque chirurgical, consigne qui a été en vigueur jusqu'au 3 avril 2020.

L'ancien coordonnateur du CHSLD Yvon-Brunet, Jean-François Thibault, qui a pris les commandes du centre plus d'une semaine après cette date, a défendu lundi les décisions de ses prédécesseurs en expliquant que les stocks n'étaient tout simplement pas suffisants à ce moment-là. Si tout le personnel de la santé montréalais avait alors porté un masque en tout temps, après deux ou trois jours, il y aurait eu une pénurie à Montréal, sinon au Québec.

Avec les moyens qu'on avait, c'était impossible de faire plus.

Une citation de :Jean-François Thibault, ex-coordonnateur du CHSLD Yvon-Brunet

Un représentant du Syndicat des professionnelles en soins de santé du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, qui représente les employés d'Yvon-Brunet, a indiqué durant son témoignage lundi que beaucoup de ses membres se demandaient si les consignes de l'Institut national de la santé publique du Québec n'étaient pas en lien avec l'équipement qui était disponible.

Durant cette période, à Yvon-Brunet, les protocoles ont plusieurs fois dû être modifiés à l'interne pour s'adapter aux ressources disponibles. Par exemple, quand les préposés aux bénéficiaires ne pouvaient pas se changer entre chaque visite, ils devaient s'occuper des résidents en bonne santé avant ceux qui étaient malades, pour ne pas les contaminer.

L'agent syndical, dont l'identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a rappelé qu'en Chine, ils mettaient pratiquement un scaphandre pour aller voir les patients.

Pas de réserves

Même lorsque le port du masque est devenu obligatoire, l'approvisionnement était incertain. Même si le personnel n'a jamais manqué d'équipement, il n'était pas rare de commencer une journée sans avoir assez de matériel pour se rendre jusqu'au soir, selon M. Thibault. On en avait jusqu'à 4 h et après on ne le savait pas, et par miracle on avait toujours une commande qui arrivait à 4 h 15, s'est-il remémoré.

M. Thibault s'est même rappelé avoir déjà fait laver les jaquettes des résidents pour les donner aux employés, au cas où il n'y aurait plus de jaquettes. Cette éventualité ne s'est finalement pas produite.

D'après lui, il faut revoir à l'approvisionnement du matériel et créer une nouvelle manière de faire. Il a rappelé que les stocks qui avaient été amassés après la crise de la grippe H1N1 ont pris la poussière dans des entrepôts jusqu'à dépasser leur date de péremption et devenir inutilisables. Il faudrait donc préparer des réserves, oui, mais aussi avoir un roulement pour que rien ne se perde.

Le contexte de l'enquête

L'enquête de la coroner se penche sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d'hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, qui comptent pour la moitié des victimes de la première vague. Son objectif n'est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès est examiné pour chaque établissement.

Les audiences de lundi portent sur la mort de M. Ephrem Joseph Grenier, le 12 avril 2020, au CHSLD Yvon-Brunet, à Montréal. Dès mardi, l'enquête portera sur le CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval. À la toute fin, un volet national sera aussi examiné.

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