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Un pédophile multirécidiviste fait traîner son dossier depuis sept ans

Le pédophile Steve Hurdle.

Steve Hurdle tente d'éviter d'être déclaré délinquant dangereux.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Garon

Arrêté le 16 juillet 2014 pour l'agression sexuelle d'une fillette de 5 ans dans le vestiaire d'une piscine publique de Montréal, Steve Hurdle étire le processus judiciaire depuis sept ans.

Maintenant qu'il a plaidé coupable et que le DPCP bataille pour le faire déclarer délinquant dangereux, le dossier piétine. Personne ne semble capable de contenir l'accusé.

Les délais

La cour commence à être très préoccupée par les délais, a dit la juge Silvie Kovacevich le 18 juin 2020. Elle a bien raison d'être préoccupée, puisque le dossier de Steve Hurdle s'est ouvert en juillet 2014 et, sept ans plus tard, il n'est toujours pas réglé.

À ce jour, les parties se sont présentées 60 fois en cour et une douzaine d'avocats se sont succédé auprès de l'accusé, qui a aussi choisi de se représenter seul pendant de longues périodes.

Pourtant, l'affaire n'est pas si compliquée.

Un pédophile récidiviste est arrêté pour une agression sur une petite fille de 5 ans.

L'homme est capté par une caméra de surveillance à sa sortie d'une piscine publique de Montréal, son agente correctionnelle l'a reconnu et identifié, il s'agit de Steve Hurdle. L'homme a été arrêté quelques jours après l'agression. Il est détenu depuis le 17 juillet 2014.

Les choses se déroulent rondement à partir de sa comparution en juillet 2014 jusqu'au moment où il reconnaît les faits en plaidant coupable moins d'un an plus tard, le 25 juin 2015.

La poursuite dépose alors une requête pour que l'accusé soit déclaré délinquant dangereux.

Hurdle a des antécédents de même nature, il a déjà été déclaré délinquant à contrôler, les rapports de la Commission des libérations conditionnelles dressent un portrait inquiétant du personnage.

À partir de ce moment, le processus piétine. Tout y passe : dépôt de plusieurs requêtes, congédiement d'avocats les uns après les autres, interminables contre-interrogatoires menés par l'accusé lui-même, c'est à se demander si l'affaire, relativement simple au départ, se conclura en 2021.

Le parcours criminel de Steve Hurdle

Le parcours criminel de Steve Hurdle compte plusieurs condamnations pour des agressions sexuelles à l'endroit de fillettes et d'adolescentes.

Dès 2001, il écope d'une peine de 8 mois de prison alors qu'il n'a que 21 ans. Une autre peine s'ajoute au cours de la même année, toujours pour agression sexuelle, mais aussi pour des voies de fait, puisqu'il a usé de violence pour empêcher l'enfant de crier.

Peu de temps après être sorti de prison, en février 2005, Steve Hurdle récidive, mais cette fois, il s'en prend à une enfant de 3 ans qui a échappé à la surveillance de sa mère dans une allée de magasin d'un centre commercial de Sherbrooke.

Hurdle a mis son sexe dans la bouche de l'enfant, des traces de sperme ont été recueillies sur le visage de la petite victime et sur son manteau.

Il a vite été arrêté et condamné deux ans plus tard, en 2007, à 56 mois de prison. Mais comme il était détenu depuis 26 mois et que le temps purgé était compté en double (donc 52 mois), il ne lui restait que 4 mois à purger.

À la demande de la poursuite, la cour avait également déclaré Steve Hurdle délinquant à contrôler pour une période de sept ans.

Même lorsqu'il est surveillé et sous le joug de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), Hurdle est incapable de respecter ses conditions de remise en liberté auxquelles il contrevient plus d'une fois, ce qui lui vaut des peines de prison à répétition. Mais au terme de celles-ci, il reprend toujours sa liberté et est soumis à une longue liste d'interdictions et de conditions.

L'ultime récidive

En mars 2014, la CLCC fait état de ses inquiétudes dans un rapport où les commissaires soulignent que, malgré les programmes et les thérapies auxquels Hurdle a participé, il présente toujours un risque élevé de récidive sur de jeunes enfants. La Commission ajoute que le délinquant est un individu peu fiable et peu crédible.

Le voilà en liberté, avec l'obligation de résider dans un Centre correctionnel communautaire (ce qu'on appelle une maison de transition).

Le 11 juillet 2014, Steve Hurdle contrevient une fois de plus à ses conditions et se rend à une piscine publique de Montréal, où il entraîne une fillette de 5 ans dans le vestiaire des hommes, dont il verrouille la porte, pour ensuite agresser l'enfant.

C'est cette dernière agression qui donne lieu au dossier actuellement devant la Cour du Québec.

Il a été évalué à l'Institut Pinel, à la demande du DPCP qui a fait témoigner une psychologue en 2019 pour établir la dangerosité de l'accusé.

Depuis la fin de 2019, Steve Hurdle assure à la cour qu'il veut présenter une contre-expertise pour contredire les conclusions de l'experte du DPCP, mais ce n'est qu'au mois d'octobre 2020, un an plus tard, que l'accusé et son nouvel avocat ont trouvé un criminologue pour procéder à cette contre-expertise.

Enfin, le débat pour savoir s'il sera déclaré délinquant dangereux peut reprendre. La juge Kovacevich a prévu trois jours à partir du 21 juin prochain.

Le régime le plus sévère

Sept ans de procédures en cour pour une affaire d'agression sexuelle sur une seule victime, c'est anormalement long. Tous les avocats consultés en conviennent.

La juge ne pourrait-elle pas accélérer les choses? Elle a le pouvoir d'abréger les procédures si elle constate que l'accusé allonge indûment le processus.

La procureure en chef adjointe qui dirige l'équipe des violences sexuelles, Me Rachelle Pitre, ne peut commenter les faits de la cause toujours pendante devant la Cour du Québec.

Interrogée relativement aux délais qui s'accumulent, Me Pitre fait remarquer que cette étiquette de délinquant dangereux est ce qu'il existe de plus sévère dans le Code criminel. Cela explique que la juge fasse preuve de la plus grande prudence.

Si la juge se rend à la demande de la poursuite, l'accusé sera condamné à une peine d'une durée indéterminée, c'est-à-dire que son dossier sera réévalué à intervalles réguliers par la Commission des libérations conditionnelles jusqu'à ce qu'il fasse la preuve qu'il n'est plus dangereux pour la société.

Il faut quand même souligner que l'accusé a plaidé coupable, rappelle Me Pitre, et que l'enfant n'a pas eu à témoigner ni sa mère.

La procédure pour faire déclarer un accusé délinquant est complexe et, sans dire qu'elle est exceptionnelle, elle suppose plusieurs étapes : une évaluation en institut psychiatrique, un rapport d'expertise pour la poursuite, une contre-expertise par l'accusé, et la preuve faite en cour par des témoins pour les deux parties puis la détermination par la cour.

Me Charles Côté, un criminaliste d'expérience, reconnaît que ce n'est pas habituel qu'un tel dossier s'éternise depuis sept ans devant les tribunaux.

Comme les enjeux sont majeurs pour l'accusé, et qu'il s'est représenté seul pendant un moment, la cour doit s'assurer du respect des droits de l'accusé, fait remarquer Me Côté.

En adoptant cette position, on a l'impression qu'on oublie complètement la victime et sa famille, qui elles aussi ont des droits et attendent la conclusion de cette affaire depuis sept ans.

C'est vrai, admet Charles Côté, mais si la cour minimise les droits de l'accusé au détriment des droits de la victime, il pourrait s'en plaindre en appel et, ultimement, obtenir que le dossier soit repris du début par un autre juge. Les droits de la victime ne seraient-ils pas alors davantage brimés?

La famille de l'enfant devra donc faire preuve d'un peu plus de patience et espérer que le dossier connaîtra son dénouement cette année.

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