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Éclosion du Manoir Belle Vue : le plan opérationnel était inadéquat

Affiche du manoir.

Le Manoir Belle Vue, le 22 janvier 2021 à Edmundston au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Pascal Raiche-Nogue

Des employés qui mangent ensemble sans distanciation. Une zone chaude isolée avec une ligne de ruban adhésif sur le plancher. De l’équipement pas désinfecté et des règles sanitaires de base ignorées.

Voilà ce dont a été témoin Travail sécuritaire NB au Manoir Belle Vue, le 2 février, plusieurs jours après le début d’une importante éclosion de COVID-19.

Au début de 2021, après un temps des Fêtes plutôt calme, le nombre de nouvelles infections monte en flèche dans la région d’Edmundston. Des foyers de soins sont frappés de plein fouet et la situation dégénère rapidement.

L’établissement le plus durement touché est le Manoir Belle Vue, où une éclosion est déclarée le 20 janvier. Des dizaines de résidents et de membres du personnel contractent le virus. Des équipes de la Santé publique sont envoyées en renfort. Les aînés sont confinés, leurs proches s’inquiètent.

Les autorités provinciales demandent alors à Travail sécuritaire Nouveau-Brunswick de se rendre sur place afin de mener une inspection. Radio-Canada Acadie a obtenu les rapports d’inspection en vertu de la Loi sur le droit à l’information.

Des employés qui mangent ensemble sans distanciation

Le 2 février 2021, un agent de Travail sécuritaire se rend au Manoir Belle Vue afin de mener l’inspection. Il est accompagné par un haut placé de l’Organisation des mesures d’urgence.

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Des inspecteurs de Travail sécuritaire NB se rendent au Manoir Belle Vue pour la première fois le 2 février 2021.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Treize jours se sont déjà écoulés depuis que l’éclosion s’est déclarée. Le nombre d'infections atteint déjà 55 et une personne est décédée.

Cette première inspection met en lumière plusieurs lacunes. Dans son rapport, l’inspecteur note qu’il a observé cinq employés du Manoir [...] qui mangeaient dans la salle du personnel, assis à moins de deux mètres les uns des autres, sans barrières physiques, sans supervision et sans masques.

Il rapporte qu’il a remarqué que deux employés responsables des pilules pour les patients n’ont pas désinfecté leur chariot et semblaient aller et venir sans changer leur EPP (équipement de protection personnelle).

Une infirmière vêtue d'équipement de protection personnelle

Une employée d'un foyer ontarien de soins de longue durée vêtue d'équipement de protection personnelle. Au Manoir Belle Vue, des inspecteurs ont noté que les employés ne changeaient pas toujours leur équipement, comme c'était nécessaire de le faire.

Photo : CBC/Evan Mitsui

De plus, les parties du foyer où se trouvent les personnes atteintes de la COVID-19 ne sont pas scellées du reste de l’établissement.

Au deuxième étage, il y a seulement une ligne de ruban adhésif sur le plancher pour séparer le côté sale du côté propre et j’ai pu observer [NOM CAVIARDÉ] passer d’un côté à l’autre avec de de l’EPP sale sur lui.

Une citation de :Extrait d'un rapport de Travail sécuritaire NB sur le Manoir Belle Vue

L’inspecteur note également que l’aile du foyer réservé aux personnes atteintes de la COVID-19 n’a pas de pression d’air négative.

La pression négative est une technique qui empêche l’air des pièces confinées de circuler dans le reste de l’établissement. Elle est notamment utilisée dans les hôpitaux et permet de réduire les risques de transmission de la COVID-19.

Plus d’un mois pour faire déposer un plan révisé adéquat

Dès le 2 février, après l'inspection, les changements à apporter sont communiqués verbalement au Manoir Belle Vue.

Un agent de Travail sécuritaire NB demande à un ou une responsable du foyer de modifier le plan opérationnel et de lui envoyer le document révisé par courriel.

Le 9 février, les infractions constatées et les changements à apporter sont formellement inclus dans un rapport. L’auteur du rapport note que le Manoir Belle Vue n’a toujours pas soumis de plan opérationnel révisé.

Les documents obtenus par Radio-Canada ne précisent pas quand les changements sont apportés. Mais le 19 février, CBC rapporte que des « lacunes » constatées par Travail sécuritaire NB ont bel et bien été corrigées.

L'accès au Manoir Belle Vue est contrôlé, comme le montre cette photo prise le 24 février 2021

L'accès au Manoir Belle Vue était contrôlé, en raison de l'éclosion de COVID-19 qui sévissait à l'intérieur depuis plus d'un mois.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Nous sommes confiants que le Manoir Belle Vue opère désormais avec les lignes directrices appropriées et que Travail sécuritaire NB – ainsi que les autres ministères – vont continuer à appuyer leurs efforts de conformité à l’avenir, dit sa porte-parole par courriel.

Le 8 mars, le foyer de soins envoie un plan opérationnel révisé à Travail sécuritaire NB. Le plan opérationnel ne répond pas aux exigences actuelles, lit-on dans un rapport écrit le lendemain.

Ce n’est finalement que le 14 mars 2021 – soit près d'un mois et demi après la première inspection – qu’un document jugé adéquat est déposé.

Deux semaines plus tard, la Santé publique déclare que l’éclosion est officiellement terminée. Le bilan est lourd :89 infections et neuf décès.

Radio-Canada a demandé une entrevue à la gérante du Manoir Belle Vue, la semaine dernière. Nous n’avons pas eu de ses nouvelles.

Pas d'amende ou de sanction pour le Manoir Belle Vue

La directrice générale des communications de Travail sécuritaire NB, Laragh Dooley, affirme par courriel que le Manoir Belle Vue n'a pas été sanctionné en lien avec l'éclosion de COVID-19.

« Des ordres ont été donnés, mais aucune amende ou sanction n’a été imposée », dit-elle.

Nous lui avons demandé comment la porte-parole de Travail sécuritaire NB a pu dire dès le 19 février que les « lacunes » avaient été réglées si ce n'est que le 14 mars qu'un plan opérationnel adéquat a été déposé.

« Bien que le plan opérationnel n’ait pas été finalisé par écrit, des mesures de contrôle étaient en place », répond-elle.

Laragh Dooley rapporte qu'aucune inspection n'a été effectuée au Manoir Belle Vue après le dépôt du plan opérationnel révisé, le 14 mars.

Selon elle, cela n'était pas nécessaire puisque l'équipe provinciale de gestion rapide des éclosions était sur place et qu'il y avait donc un nombre réduit d'employés sur place.

« La compétence de Travail sécuritaire NB ne s’applique qu’à la relation entre les travailleurs et l’employeur, et ne comprend pas les résidents », dit-elle.

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