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Les élus israéliens écartent Benyamin Nétanyahou du pouvoir

Benyamin Nétanyahou penché sur un lutrin.

Benyamin Nétanyahou lors de sa déclaration au Parlement israélien, la Knesset.

Photo : Reuters / Ronen Zvulun

Agence France-Presse

Une nouvelle page de l'histoire d'Israël s'est tournée dimanche avec la fin de 12 ans de règne ininterrompu du premier ministre Benyamin Nétanyahou, écarté par un vote de confiance du Parlement à une coalition hétéroclite menée par son ancien allié Naftali Bennett.

Ce changement à la tête du gouvernement est entré en vigueur dès la fin du vote historique : 60 députés ont voté pour la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l'appui d'un parti arabe, et 59, principalement du parti Likoud de M. Nétanyahou, de l'extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, s'y sont opposés.

Et dès l'annonce du résultat, des Israéliens ont célébré dans les rues de Tel-Aviv et Jérusalem, théâtres de manifestations anti-Nétanyahou pendant un an.

Naftali Bennett assis au parlement, la main portée aux lèvres.

Après 12 ans de règne de Benyamin Nétanyahou, le Parlement israélien a voté en faveur du nouveau gouvernement mené par le chef de la droite radicale israélienne, Naftali Bennett.

Photo : AP / Ariel Schalit

Le gouvernement travaillera pour l'ensemble de la population israélienne, y compris la minorité arabe, mais aussi les juifs ultra-orthodoxes qui n'ont aucun élu dans cette coalition, a déclaré au Parlement M. Bennett, chahuté par ses adversaires politiques dont plusieurs ont été expulsés de l'assemblée plénière.

Je comprends que ce ne soit pas un jour facile pour beaucoup aujourd'hui, mais ce n'est pas un jour de deuil, c'est un jour de changement, de changement de régime dans une démocratie.

Une citation de :Naftali Bennett, chef de la droite radicale élu premier ministre

Je promets que ce gouvernement travaillera pour l'ensemble du pays, personne ne doit en avoir peur, a encore assuré M. Bennett.

Aux dernières législatives de mars, le Likoud a terminé en position de tête, mais M. Nétanyahou n'a toutefois pas réussi à rallier une majorité de 61 députés nécessaire pour former un gouvernement.

Félicitations américaines et canadiennes

Le président américain Joe Biden a félicité dimanche le nouveau premier ministre.

Au nom du peuple américain, je félicite le premier ministre Naftali Bennett, le premier ministre par alternance et ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et tous les membres du nouveau gouvernement israélien, a dit M. Biden dans un communiqué, en disant avoir hâte de travailler avec M. Bennett pour renforcer tous les aspects de la longue et étroite relation entre nos deux pays.

De son côté, lui aussi par voie de communiqué, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a rappelé que le Canada et Israël sont des amis proches qui partagent des valeurs démocratiques, un long historique de coopération, et des liens très étroits.

Le chef libéral dit avoir hâte de travailler avec le nouveau gouvernement, notamment dans la foulée de la pandémie de COVID-19.

Succès de la coalition anti-Nétanyahou

Devant l'impasse, le président Reuven Rivlin a demandé au chef alors de l'opposition Yaïr Lapid, de tenter sa chance.

Reuven Rivlin.

Reuven Rivlin, président d'Israël.

Photo : Getty Images / AMIR COHEN

Et ce dernier a réussi in extremis début juin à réunir une majorité en formant une coalition ralliant deux partis de gauche, deux de centre, trois de droite et – fait rarissime – la formation arabe Raam de Mansour Abbas. Le soutien de Mansour Abbas et de Naftali Bennett a été essentiel pour atteindre le seuil de la majorité.

Et pour s'assurer du soutien de M. Bennett, Yaïr Lapid lui a proposé d'être le premier premier ministre, pour deux ans, avant d'enfiler lui-même en août 2023 le costume de chef de gouvernement. Si, bien sûr, cette coalition hétéroclite fragile parvient à rester au pouvoir jusque-là.

Rétrogradé au poste de chef de l'opposition, Benyamin Nétanyahou a averti lui qu'il attaquerait le gouvernement dans l'espoir de revenir au pouvoir rapidement, malgré ses 71 ans et son procès pour corruption, malversation et abus de pouvoir dans une série d'affaires.

Si c'est notre destin d'être dans l'opposition, nous le ferons la tête haute, nous allons faire tomber ce mauvais gouvernement et nous serons de retour pour diriger le pays à notre manière [...] Nous serons de retour bientôt, a-t-il lancé au Parlement, en qualifiant de faible le nouveau gouvernement.

Devant le siège du Parlement à Jérusalem, des manifestants arborant le drapeau national bleu et blanc serti de l'étoile de David, ont apporté leur soutien à la nouvelle coalition. Sur la place Rabin à Tel-Aviv, des Israéliens se préparaient à une nuit de fête.

Une foule en liesse, à Jérusalem.

Des Israéliens célébrant la prestation de serment du nouveau gouvernement à Jérusalem, dimanche 13 juin 2021

Photo : AP / Sebastian Scheiner

Nétanyahou va à la maison. Ce premier ministre est resté là pendant trop longtemps. Il a essayé de changer le système en sa faveur et d'échapper à certains crimes, alors aujourd'hui c'est la fête à Tel-Aviv, a dit un serveur dans un bar, Jorel Franganti, 24 ans.

L'Iran et la relance économique comme priorités

En présentant au Parlement les grandes lignes de son gouvernement, Naftali Bennett a affirmé que sa coalition ne laisserait pas l'Iran se doter de l'arme nucléaire.

Ce gouvernement commence son travail sous la plus grave des menaces sécuritaires, a-t-il dit à propos de l'Iran, assurant que son pays se réserverait une liberté totale d'action contre son ennemi juré.

Outre le dossier iranien, ce gouvernement, uni par sa seule volonté de faire chuter M. Nétanyahou, devra trouver un terrain d'entente sur la relance économique post-pandémie, et éviter des sujets sensibles comme la question palestinienne.

Dès son entrée en fonction, la coalition sera confrontée à des défis pressants comme la marche prévue mardi de l'extrême droite israélienne à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël.

Le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans l'enclave palestinienne de Gaza sous blocus israélien, a déjà menacé de représailles si cette marche se tenait près de l'esplanade des Mosquées. Dimanche, il a indiqué que le nouveau gouvernement ne change rien à ses relations avec Israël.

En mai, le Hamas avait formulé une menace similaire avant de lancer des roquettes sur Israël, ce qui avait mené à une guerre de 11 jours entre les deux protagonistes.

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