•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un organisateur cesse ses visites guidées « déshumanisantes » du Downtown Eastside

Une personne marche devant le centre d'injection supervisée SisterSpace dans le quartier du Down Town East Side.

Des critiques reprochaient à Pierre Morais de profiter d’un tourisme de la pauvreté.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

L'organisateur de visites guidées du quartier Downtown Eastside de Vancouver, connu pour sa population en situation d’itinérance et souvent considéré comme étant l’épicentre canadien de la crise des opioïdes, a cessé de les offrir après une vague de critiques.

L’organisateur du programme Scared Straight Tour, Pierre Morais, soutient que son incursion au cœur de cette population vulnérable vise à sensibiliser les jeunes à risque de devenir toxicomanes.

Nous restons fiers du travail que nous avons accompli au cours depuis 20 ans, affirme-t-il dans un courriel. Pierre Morais offrait ses visites guidées à 350 $ depuis 2004. Sur son site web, il offrait également un forfait annuel de 1500 $ donnant accès à des présentations « sur place ».

Des critiques lui reprochent de faire du tourisme de la pauvreté en plus de prétendre avoir le soutien d’organisations qui nient toute affiliation avec le Scared Straight Tour, comme le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies et le service de police de Vancouver.

Un homme muni dans ses mains d'un sac de couchage se penche dans une ruelle du Downtown Eastside.

De plus, les témoignages qui se trouvaient sur le site Internet semblent être faux puisqu'ils utilisaient des photos de gens tirées d’ailleurs sur le web et n'ayant aucun lien avec les soi-disant auteurs des témoignages.

Une approche critiquée

Le site web de l’organisation, maintenant vidée de son contenu, utilisait un langage que Fiona York, une militante communautaire du Downtown Eastside, trouve stigmatisant.

On y faisait entre autres la promotion d’une plongée dans le pire ghetto infesté de drogues de l’Amérique du Nord et de la rencontre de drogués inconditionnels.

Pour Fiona York, il ne s’agit de rien de moins que de voyeurisme. Elle décrit l'organisateur comme étant quelqu'un qui tire profit du traumatisme, de l'histoire des habitants du Downtown Eastside, sans rien donner en retour.

Son approche basée sur la peur est incroyablement déshumanisante envers les personnes qui consomment des drogues, croit pour sa part Danya Fast, chercheuse au Centre sur la consommation de substances de la Colombie-Britannique.

Une rose à la mémoire des personnes mortes d'une surdose dans le quartier Downtown Eastside à Vancouver.

En 2020, 1716 personnes sont mortes d'une surdose en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

En plus d’être problématique, ce genre d’approche est également inefficace, selon elle. Ses recherches montrent que les jeunes à risque de consommer des substances psychoactives sont souvent motivés par la peur de l'avenir. En ajoutant plus de peur, on peut en fait aggraver ces angoisses, explique-t-elle.

Désormais supprimée du site web, une des visites proposées offrait entre autres une nuit dans un hôtel du quartier et des rencontres avec des toxicomanes en sevrage.

Pierre Morais n'a pas répondu aux questions de CBC, notamment, à savoir quand il a vidé son site web et si les visites reprendront.

Avec les informations d’Akshay Kulkarni ·et de Joel Ballard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !