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Analyse

La session des espoirs déçus

Le premier ministre Francois Legault est accompagné du ministre de la Santé Christian Dubé. Tous deux portent un masque.

Christian Dubé (à l'arrière du premier ministre François Legault) est le nouveau numéro 2 du gouvernement, nous dit Martine Biron.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

C’était la session du cocooning forcé, du couvre-feu à 20 h et du couvre-visage en tout temps. Quand on sait que la politique est un sport d'équipe, on peut comprendre que ces derniers mois de travaux parlementaires à Québec ont été difficiles pour plusieurs ministres en manque de visibilité.

C’est François Legault, qui, encore, a pris toute la lumière. Sans compter la déception de plusieurs députés, confinés dans leur circonscription et qui ont reçu le mémo du chef : il n’y aura pas de remaniement, du moins à court terme. La pause de l’été laisse présager le statu quo.

Les performants

Le ministre de la Santé a clairement mis son équipe à sa main. La gestion de la troisième vague et, surtout, le succès de la campagne de vaccination donnent à Christian Dubé un pouvoir d’influence énorme. C’est le nouveau numéro 2 du gouvernement. C’est aussi un ami personnel du premier ministre et il a sa pleine confiance pour la suite des choses : la rénovation du système de santé. Il faut s’attendre à de l’action.

La présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel.

La présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Sonia LeBel accumule les étoiles dans son cahier depuis le début du mandat. Quel que soit le dossier, cette première de classe trouve une voie de passage. Elle a le mandat de boucler les conventions collectives avec les employés de l’État d’ici la prochaine session, et elle y est presque. Ce qui lui permettra de s’adonner à ses nombreux passe-temps, comme la chasse à l’ours.

Le ministère des Transports est en soi une véritable boîte de pandore. La fermeture inattendue du pont de l’Île-aux-Tourtes en est un bon exemple. Mais le flegmatique François Bonnardel se montre très efficace pour calmer le jeu. Il l’a aussi démontré avec le caucus de Québec qui ne lui a pas rendu la vie facile dans la négociation pour le tramway. Mais ce n’est pas demain qu’il verra la lumière au bout du tunnel : il lui faudra défendre, probablement avec acharnement, le troisième lien.

Les affamés

Les ambitieux sont nombreux au Conseil des ministres. Mais la fougue peut parfois jouer des tours. Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a fait gonfler les attentes pendant des mois sur le dépôt de son projet de loi sur la langue française pour finalement annoncer qu’il pourrait piger dans le projet des libéraux pour le rendre plus costaud, un aveu que le sien ne l’est peut-être pas assez. Ses sautes d’humeur au Salon bleu commencent à devenir monnaie courante.

Geneviève Guilbault fixe du regard.

La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique du Québec Geneviève Guilbault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La vice-première ministre Geneviève Guilbault carbure à la performance. Vaut mieux ne pas laisser traîner son dossier sur le coin d’une table; elle pourrait le chiper. On l’a vue s’imposer auprès de la ministre responsable de la Condition féminine, du ministre responsable des Affaires autochtones ou encore du ministre responsable de la Lutte contre le racisme, tout en remplaçant, avec poigne, le premier ministre pendant la période des questions. Mais ses réponses souvent irrévérencieuses donnent l’impression d’un certain mépris envers ses adversaires.

Le ministre de la Famille Mathieu Lacombe est allé trop loin en déclarant candidement qu’il n’était plus capable de développer le réseau des CPE. L’effet boomerang a été immédiat. Mais le ministre, qui sait s’entourer, a choisi de se relever les manches. À force d’insister, il a réussi à convaincre le premier ministre de s’intéresser au sort des éducatrices en garderies. Sa réforme est attendue à l’automne.

De loin le plus important kid kodak du cabinet, le ministre du Travail Jean Boulet est une machine à organiser des événements de presse. Qu'elles soient virtuelles, en présentiel ou par des entrevues individuelles, son agenda médiatique est particulièrement chargé. Certains disent de lui que c’est un narcissique fini mais d’autres, plus polis, le considèrent hyperactif.

Les problèmes

Un homme parle dans un micro lors d'un point de presse.

Le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Que dire du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, qui a passé une bonne partie de la session dans les câbles, attaqué sans relâche par les partis d’opposition? Il a toujours le seul appui qui compte, celui du premier ministre. On continuera de lui envoyer des renforts s’il le faut, mais même si les paris sont ouverts, il pourrait très bien finir le mandat à son poste.

Coincé sur le plan éthique, le député Pierre Fitzgibbon avait promis que le jour où il serait un embarras pour son gouvernement, il partirait. Il l’a fait, mais on garde toutefois l’impression qu’il pourrait revenir. Entretemps, l’ancien ministre, qui a un petit côté cowboy solitaire, pourra profiter sans se cacher de la rutilante Audi hybride qu’il s’était procurée pour se sauver de ses gardes du corps.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs Pierre Dufour continue d’être l’objet de multiples critiques pour son travail bâclé. Il est peu apprécié de ses collègues au Conseil des ministres. Les partis d’opposition réclament le démantèlement de son ministère. Son attitude, largement qualifiée de mononcle, pourrait bien donner des idées au premier ministre.

Les partis d’opposition

Manon Massé en point de presse lève l'index.

La cheffe parlementaire de Québec solidaire Manon Massé.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale, c’est Québec solidaire qui a réalisé la meilleure session. François Legault a commis l’une de ses rares gaffes de la session en répondant à une question de Manon Massé sur le prix d’un logement moyen à Montréal. QS peut aussi dire qu’il a eu la tête de l’ex-ministre vedette Pierre Fitzgibbon; c’est sa plainte à la Commissaire à l’éthique et à la déontologie qui l’a fait tomber. Sans compter que le parti a réussi à mettre les projecteurs sur l’angle mort qu’a été la ventilation dans les écoles.

Dominique Anglade parle en point de presse.

La cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy-Roussel

Dominique Anglade a toujours des difficultés avec son caucus, qui répète que la cheffe devrait avoir plus de mordant. Les libéraux ont du mal à se définir. Ils ont tergiversé sur l’idée du troisième lien, et la nouvelle vision économique progressiste du parti semble bien abstraite. Un député pense que matante Rita ne comprend pas, un autre estime que joblo en perd son latin et un autre encore affirme qu’il faudra savoir l’expliquer au commun des mortels. Le bon coup du PLQ est d’avoir coupé l’herbe sous le pied de la CAQ avec son plan sur la protection de la langue française qui, à certains égards, va plus loin que la proposition du gouvernement.

Le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon en conférence de presse. Derrière lui, on voit le député Pascal Bérubé.

Le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Quant au PQ, il a encore (!) perdu un député cette session. Le caucus n’en compte plus que sept. Paul St-Pierre Plamondon doit se contenter de promettre un programme et des candidatures intéressantes dans l’avenir, un jour.

Il est vrai que la pandémie a condamné les partis d’opposition à l’ombre et que l’automne s’annonce meilleur pour eux. Entretemps, avis aux lecteurs, les chances que vous croisiez un politicien sur la route de vos vacances cet été sont très élevées. Après un an de mesures sanitaires, tous les partis, chefs, ministres et députés se préparent à prendre la route à la rencontre des citoyens.

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