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Producteurs locaux : difficile de gagner sa place sur les tablettes d’épicerie

Des pommes dans un supermarché, devant une affiche « espace Québec »

Même si l’achat local a la cote auprès des consommateurs, certains producteurs et fournisseurs ont tout de même de la difficulté à offrir leurs produits sur les tablettes des supermarchés.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Thomas Deshaies

Même si l’achat local a la cote auprès des consommateurs, certains producteurs et fournisseurs ont tout de même de la difficulté à offrir leurs produits sur les tablettes des supermarchés. De grandes enseignes imposent une limite à la quantité de produits que l’épicier pourra se procurer directement auprès des producteurs locaux. Une façon de faire qui favorise, selon certains, les grandes exploitations agricoles au détriment des petits producteurs.

On s’est fait sortir d’un magasin, confie Frédéric Jobin-Lawler, copropriétaire de l’Abri végétal, à Compton.

Il dit avoir été directement touché par les quotas qu’imposent certaines grandes enseignes aux gérants d’épicerie. Le gérant d’épicerie était tenu à une limite de 10 % et lorsqu’on était 3 producteurs locaux, la plupart du temps, ce qu’il a décidé de faire, c’est de choisir à qui il va pouvoir acheter pour ne pas dépasser son quota, explique-t-il.

Les politiques des grandes chaînes ont plutôt un effet négatif [sur les petits producteurs].

Une citation de :Frédéric Jobin-Lawler, copropriétaire de l’Abri végétal

Certains gérants d’épicerie de grandes chaînes sont limités dans les achats qu’ils peuvent faire localement. Le reste des produits doivent être sélectionnés parmi ceux offerts par l’entrepôt de la chaîne.

Un défi pour la relève?

Luc Verrier tient des piments dans une serre de tomates.

Luc Verrier, le propriétaire des Serres Verrier, s'inquiète pour la relève.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

À Drummondville, Luc Verrier, qui exploite ses serres depuis 35 ans, a réussi à offrir ses produits directement aux épiceries.

Il s’inquiète toutefois pour la relève, alors que le gouvernement souhaite doubler la production en serre. Il croit qu’elle pourrait faire face à un problème de mise en marché.

Ces gens-là [les nouveaux producteurs] vont faire quoi avec leurs produits? C’est bien les paniers bio, mais ce n’est pas un gros pourcentage de la population qui en prend.

Une citation de :Luc Verrier, propriétaire des Serres Verrier

Demain matin, c’est sûr qu’il n’y a pas de place [pour la relève], tranche-t-il. Il va falloir que le gouvernement, ou les producteurs s’assoient avec les chaînes pour pouvoir faire augmenter la part que les petits producteurs vont pouvoir livrer [directement] à l’épicerie sans que cela enlève du marché à un autre.

Le ministre confiant

Le ministre de l’Agriculture André Lamontage soutient que les récentes actions du gouvernement incitent les grandes chaînes à se donner des cibles favorables aux producteurs québécois.

Ce qui est important, c’est de savoir s’il y a une volonté de la part de nos grands distributeurs de faire une place toujours plus grande aux produits québécois. Je vous dirais que oui.

Une citation de :André Lamontage, ministre de l’Agriculture

Il soutient par contre qu’il y a des limites à son champ d’action. Le gouvernement n’a pas à intervenir et n’est pas placé pour dire à des entreprises privées : "Je vous ordonne de faire telle chose ou telle chose". Ce n’est pas notre mission de faire cela, déclare-t-il en entrevue à Radio-Canada.

Pourquoi ne pas s’adresser aux entrepôts des chaînes?

Puisque la mise en marché par des ententes de gré à gré entre le producteur et le gérant peut être ardue, pourquoi ne pas faire affaire directement avec l’entrepôt de l'enseigne?

D'après de nombreux producteurs comme Luc Verrier, ce n’est tout simplement pas une option réaliste. Je suis vraiment beaucoup trop petit, rétorque Luc Verrier. Si tu n’as pas un camion de 53 pieds, tu ne penses pas à aller dans les entrepôts. Ça prend des volumes.

En plus des enjeux de quantités, certains producteurs trouvent illogique que leurs produits soient envoyés dans un entrepôt dans une métropole avant d’être retournés sur les tablettes de leur épicerie en région. Il y a comme un non-sens là-dedans, juge Frédéric Jobin-Lawler.

Les clients ont d’ailleurs tout à gagner à ce que leurs produits frais soient livrés directement à l’épicerie, selon M. Jobin-Lawler.

Lorsque c’est livré d’ici [directement à l’épicerie ou au marchand] la tomate est récoltée la journée même, il n'y a pas de contact avec le frigidaire. On ne peut pas parler de la même chose avec les tomates qui vont circuler dans les grands entrepôts.

Une citation de :Frédéric Jobin-Lawler, copropriétaire de l’Abri végétal

L’une des variétés de tomates cultivées par les Serres Verrier rend impossible une mise en marché par les entrepôts. La variété de tomate qu’on utilise ne supporte pas le transport parce qu’elles sont moins fermes, mais ont plus de goût, explique Luc Verrier.

Les deux producteurs jugent plus qu’important que les produits locaux soient étiquetés différemment des autres produits du Québec. Le local, c’est du 50 km à la ronde, ce n’est pas du Demers ou du Savoura [de grands producteurs de tomates], dont les tomates peuvent avoir voyagé 300-400 km avant d’arriver.

Plus de flexibilité chez certaines grandes chaînes

Provigo a récemment changé son modèle d’affaires et autorisé davantage de producteurs à négocier directement avec les magasins. Récemment, on a ouvert davantage la possibilité aux producteurs de faire affaire directement avec les magasins, explique Johanne Héroux, directrice principale des affaires corporatives pour Les Compagnies Loblaw limitée. Le fameux circuit court.

La pandémie nous a amenés à revoir notre façon de faire et donner un accès beaucoup plus simple à nos tablettes à nos producteurs locaux et régionaux avoisinants. C’est un changement complet de modèle d’affaires.

Une citation de :Johanne Héroux, directrice principale des affaires corporatives de Loblaw

Mais il ne serait pas possible que l’ensemble des légumes, par exemple, soient fournis de cette façon, notamment pour être en mesure de produire des circulaires. Ce serait une gestion très complexe. On n’est pas une petite épicerie du coin, explique Mme Héroux. Faut que ce soit centralisé d’une certaine façon.

Des gérants d’épiceries qui veulent favoriser les producteurs locaux

Pour le directeur adjoint de l'IGA de Cookshire-Eaton, il est important de prioriser le circuit court autant que possible. Ça fait beaucoup plus de sens, si on peut avoir des tomates qui proviennent d’un fournisseur local, que d’un fournisseur qui vient de 200-300 km plus loin, explique Pierre Genest-Denis.

Il rappelle cependant que certains producteurs régionaux sont aussi distribués par l’entrepôt de Sobeys à l’échelle de la province, comme la crème glacée Coaticook. Bref, il n’est pas obligatoire d'avoir des ententes directement avec les producteurs pour avoir des produits locaux.

Il juge que les règles actuelles de son enseigne [Sobeys], qui l’obligent à acheter la forte majorité de ses produits par l’entremise de l’entrepôt, ne sont pas trop contraignantes. Ça ne nous limite pas, on a bien assez de place, souligne-t-il. Il n’y a vraiment pas de frein au niveau de la fidélité.

Encore beaucoup d’importation

  • 50 % des produits alimentaires vendus au Québec sont fournis par des fournisseurs à l’international (23 %) ou des autres provinces canadiennes (27 %)

Source : Bottin de la consommation et distribution alimentaire du Québec (édition 2020)

Quoi qu’il en soit, l’Union des producteurs agricoles réclame des assouplissements aux règles des supermarchés en faveur des producteurs locaux.

Des assouplissements qui pourraient avoir des répercussions importantes, puisque cinq grandes enseignes détiennent 75 % des parts de marché de l’alimentation au Québec, selon le Bottin de la consommation et distribution alimentaire du Québec (édition 2020).

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