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Projet Courtepointe : occuper les locaux vacants plutôt que les placarder

Une femme déploie une courtepointe.

Occuper les locaux avec l'ingéniosité des artisans.

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Les locaux vacants pourraient-ils être rendus utiles, plutôt que d'enlaidir et de dévitaliser un quartier? C'est le pari que fait l'organisme Entremise, qui vient de lancer un projet d'occupation transitoire de locaux vacants dans l'est de Montréal.

Au coeur du vieux Pointe-aux-Trembles, rue Notre-Dame, six immeubles attendent d'être démolis. Dans un an, la Société de développement Angus (SDA) entamera la construction d'une centaine de logements et d'une dizaine de commerces.

Normalement, les locaux commerciaux deviendraient vacants à mesure que les baux viendraient à échéance. Pas dans ce cas-ci.

Deux des locaux sont occupés de façon transitoire par des organismes communautaires et des entreprises en démarrage. Le projet, appelé Courtepointe, est l'oeuvre de l'OBNL Entremise.

On veut miser sur la vacance immobilière, un moment naturel dans le développement d'un projet immobilier, explique Philémon Gravel, cofondateur et directeur général d'Entremise.

Un homme dans un grand local subdivisé en commerces.

Philémon Gravel, cofondateur et directeur général d'Entremise.

Photo : Radio-Canada

On est convaincus que c'est l'occasion de donner la chance à des gens du quartier de tester des idées et de bâtir une communauté, en amont d'un projet pérenne.

Une citation de :Philémon Gravel, cofondateur et directeur général d'Entremise

Pour le moment, quatre entreprises se sont installées dans les locaux de Courtepointe : une friperie, une épicerie zéro déchet, un café et un atelier d'artisanat. Un organisme d'aide aux immigrants et l'écocentre y ont également ouvert des bureaux.

Les locataires paient de 10 $ à 15 $ le pied carré, soit deux à trois fois moins qu'un loyer commercial régulier dans le quartier, et bénéficient en plus d'espaces communs comme une salle de réunion et un espace détente.

C'est ce qui a décidé Léa Desloges-Lefebvre à mettre sur pied la Friperie Neuf Printemps avec une amie.

On avait peu de risques financiers à s'installer ici et on voulait tester le marché de Pointe-aux-Trembles, un quartier qu'on ne connaît pas, explique Mme Desloges-Lefebvre.

Les deux entrepreneures ont été agréablement surprises de l'accueil reçu depuis l'ouverture le 6 juin. On sait qu'on est à la bonne place, dit-elle, tout sourire.

Une femme devant un étalage de vêtements.

Léa Desloges-Lefebvre a mis sur pied la Friperie Neuf Printemps avec une amie.

Photo : Radio-Canada

Juste en face de la friperie, Francine Dion et Colombe Trottier vendent leurs créations et celles d'autres artisanes dans leur boutique FranCo Art. Les deux amies partagent aussi leur savoir lors d'ateliers de tricot.

Je suis tellement contente qu'il y ait de la vie dans le quartier, se réjouit Mme Dion. Tout ce que j'espère, c'est que d'autres se joignent à nous pour continuer de développer ce très beau projet.

Environ 40 % des 5000 pieds carrés de Courtepointe sont encore disponibles. Les organisateurs espèrent attirer prochainement des artistes, des organismes communautaires et d'autres commerces.

On pensait à une fleuriste, à une librairie, à des petits commerces locaux et indépendants, qui manquent dans le vieux Pointe-aux-Trembles, explique Marie Renoux, cochargée de projet chez Entremise et référente du projet Courtepointe.

Une personne apporte un café à une cliente au comptoir.

Quatre entreprises se sont installées dans les locaux de Courtepointe, dont un café.

Photo : Radio-Canada

Transitoire plutôt que temporaire

Les occupants de Courtepointe ont un an pour tester leur projet d'entreprise, soit jusqu'à la démolition des immeubles. Ensuite, ils pourront soit trouver un autre local temporairement puis revenir, soit déménager ailleurs de façon permanente.

L'idée est de trouver une façon de les relocaliser temporairement, pour qu'ils puissent être réinsérés dans le projet permanent. C'est l'objectif qu'on poursuit, dit Stéphane Ricci, directeur de projets à la Société de développement Angus.

Aux yeux de la SDA, offrir des loyers abordables tout en assumant le coût de certains travaux, comme la plomberie et l'électricité, est tout à fait justifié.

Dans le mot "revitalisation", il y a l'objectif de donner une nouvelle vie à un quartier, explique Stéphane Ricci. Pour nous, l'occupation transitoire est un moyen d'amener cette nouvelle vie là dès le début du projet. Et un propriétaire, rappelle-t-il, doit de toute façon payer le chauffage et les taxes municipales, que le local soit loué ou non.

Stéphane Ricci, directeur de projets à la Société de développement Angus.

Stéphane Ricci, directeur de projets à la Société de développement Angus

Photo : Radio-Canada

La Ville de Montréal estime que la proportion de locaux commerciaux vacants dans la métropole est passée de 15 % en janvier 2019 à 20 % en janvier dernier, une hausse qu'elle attribue à la crise sanitaire.

L'administration dit travailler activement à la mise sur pied du registre de ces locaux vacants, avec l'objectif qu'il soit disponible d'ici la fin de l'année.

Après avoir convaincu la SDA, Entremise discute maintenant avec des promoteurs privés pour les inciter à participer à des projets d'occupation transitoire. On va essayer de présenter une stratégie pour reproduire ce qui a été fait ici dans d'autres quartiers avec un haut taux de vacance, par exemple sur une artère commerciale où plusieurs locaux sont à vendre ou à louer, précise Philémon Gravel.

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