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Grandes attentes à l’aube du Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes

Deux personnes se sert la main sur une estrade.

La ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel sert la main au président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada lors de l'annonce du sommet, en mai 2019.

Photo : @fcfacanada /Twitter

Benjamin Vachet

Organisé par le gouvernement du Québec et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes débute ce samedi. D’un côté comme de l’autre, les attentes sont nombreuses.

On a besoin de se découvrir, d’apprendre à se connaître, lance le président de la FCFA, Jean Johnson. C’est un rôle de partenariat qu’on veut aller chercher. [...] Sur comment renforcer la place du français partout au Canada, incluant au Québec.

Pour le Québec, il s’agit d’assumer son rôle de seule province francophone, dit la ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel.

C’est important pour le Québec de sécuriser et de solidifier cette francophonie canadienne, car ça nous sert aussi. Plus elle est forte, plus la position du Québec est forte dans sa propre francophonie.

Une francophonie unie au Canada ne va donner que de bons résultats.

Une citation de :Jean Johnson, président de la FCFA

L’événement revêt un caractère historique, mais il faudra être patient pour en voir les résultats, analyse toutefois la politologue au Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard.

C’est la première fois depuis des décennies qu’on a des états généraux. Donc, il y a une symbolique assez forte. [...] Par contre, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait des retombées du jour au lendemain. [...] C’est un travail de fond qui aura lieu sur le long terme.

L’impact de la pandémie

Ce sommet vient conclure une tournée menée par Mme LeBel à travers le Canada pour rencontrer les communautés francophones.

L’événement aurait dû se tenir à Québec, en 2020. Mais pandémie oblige, il a dû être reporté d’un an et se tiendra finalement en virtuel.

De quoi attirer plus de monde et l’ouvrir au grand public de partout au Canada, insistent de concert Mme LeBel et M. Johnson, mais avec l’inconvénient de ne pas avoir ces discussions informelles qui font souvent avancer des dossiers, note Mme Chouinard.

Ce n’est pas un événement qui va marquer les esprits comme ça aurait pu l’être si on avait tous pu se rendre à Québec et avoir une grande fête de famille, dit-elle.

Jean Johnson pose pour une photo en souriant.

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson (Archives)

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

M. Johnson l'assure, ce sommet n’est qu’un premier d’une série régulière de rencontres de la société québécoise et de nos communautés.

Et ce n’est pas nécessaire que les prochaines soient au Québec, ça peut être dans l’ouest du pays, comme dans le nord ou en Acadie, suggère-t-il.

Revoir la Politique du Québec en matière de francophonie canadienne

Les discussions du sommet, qui s’étaleront jusqu’à jeudi, doivent guider le renouvellement de la Politique du Québec en matière de francophonie canadienne, qui date de 2006.

Le gouvernement veut dépoussiérer cette politique d’ici la fin de l’année.

Il est important pour nous de revoir et d’actualiser cette politique-là en fonction de la situation actuelle [...] et de bien l’arrimer avec les besoins des francophonies sur le terrain, donc un peu une politique "par et pour", promet la ministre LeBel.

Depuis 10 ans, plus de 15,2 millions de dollars ont été investis par le Québec dans la francophonie canadienne. En 2020-2021, l’investissement annuel a dépassé les deux millions de dollars pour la première fois, permettant de financer 127 projets.

Le Québec possède des bureaux à Toronto, Vancouver, Moncton et Halifax et a récemment rouvert celui d’Ottawa.

Sonia Lebel en gros plan.

Sonia LeBel est, notamment, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, en plus d'être présidente du Conseil du trésor.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Cette implication demeure pourtant méconnue, souligne Mme Chouinard.

On parle souvent dans la francophonie canadienne que le Québec connaît peu nos communautés, mais la contrepartie est aussi vraie. Nos communautés connaissent assez peu les investissements et les différents programmes que le Québec a mis en œuvre, depuis la fin des années 60, en matière de soutien aux communautés francophones.

Si les investissements actuels ont surtout, jusqu'ici, été dirigés vers l’éducation et le domaine culturel, Mme LeBel voudrait désormais qu’ils touchent aussi à l’économie.

Faire connaître la francophonie canadienne

En Ontario, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, reconnaît avoir récemment découvert l’existence de certains de ces programmes, dont une partie est financée dans un cadre de coopération intergouvernementale.

Cette semaine, le Québec et l’Ontario ont d’ailleurs lancé un appel à projets, pour lequel les deux provinces contribuent chacune à hauteur de 500 000 $, dans le cadre de leur Accord de coopération et d’échanges en matière de francophonie.

Un drapeau québécois avec en fond un drapeau acadien.

L'idée du sommet est de faire mieux connaître la francophonie canadienne au Québec.

Photo : Facebook/Secrétariat du Québec aux relations canadiennes

L’AFO ne manque pas de recommandations pour le Québec. L’organisme souhaiterait favoriser la mobilité entre les deux provinces, notamment des étudiants quand ceux-ci ne trouvent pas de programmes postsecondaires adéquats en français à l’extérieur du Québec, ou pour que les artistes puissent se produire davantage dans la Belle Province.

M. Jolin suggère aussi une campagne de sensibilisation au Québec pour faire connaître la francophonie canadienne.

Je pense que ce qu’on a vécu à l’automne 2018 a fait en sorte que beaucoup de Québécois se sont rendu compte qu’il y a une communauté francophone en Ontario [...]. Je pense qu’il faut travailler sur cet élan-là.

Changement de ton?

Un élan qui, de l’avis de M. Jolin et de M. Johnson, est porté par la ministre LeBel depuis qu’elle est en poste, même si son prédécesseur, Jean-Marc Fournier, avait lui aussi travaillé à ce rapprochement.

C’est un petit peu plus poussé avec Mme LeBel [...]. On voit qu’elle veut faire bouger les choses et aller plus loin, souligne le président de l’AFO.

Un homme en chemise blanche.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin, lors du défilé franco-ontarien à Montréal, le 24 juin 2019.

Photo : Radio-Canada

La position du Québec n'a pourtant pas vraiment changé, mais la forme est aujourd’hui différente, analyse la politologue, Stéphanie Chouinard.

Il y a un travail de rapprochement qui avait déjà eu lieu. [...] Mais je pense que le gouvernement actuel en fait plus de cas, est beaucoup plus explicite et public dans ses prises de position.

La volonté du gouvernement Legault de renouveler ce rapport se place sur la ligne identitaire qu’il tente de mettre en place, entre souverainisme et fédéralisme.

Une citation de :Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada

La politologue en veut pour preuve le préambule du projet de loi 96, Loi sur la langue officielle commune du Québec, le français, qui souligne le rôle du Québec dans l’essor des communautés francophones et acadienne du Canada de même que dans la promotion et la valorisation du français dans les actions de l’Administration au Canada et à l’étranger.

L’heure du rapprochement a-t-elle sonné ?

Les intérêts du Québec peuvent toujours nuire indirectement à ceux des communautés francophones, notamment lorsque celles-ci battent devant les tribunaux pour obtenir plus d’autonomie en matière d’éducation, souligne Mme Chouinard.

Jamais le Québec n’est intervenu contre les communautés francophones, se défend toutefois Mme LeBel. Mais effectivement, des positions du Québec dans l’affirmation de son autonomie dans ses compétences - que Québec continuera de défendre [...] - ont pu avoir des incidences collatérales sur les francophonies. [...] C’est quelque chose dont on a pris pleinement conscience. [...] C’est un jeu d’équilibriste, dit-elle, insistant que le dialogue pourrait permettre d'atteindre ce fragile équilibre.

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