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Attaque de London : la présence de Benoit Charette mal reçue à la veillée de Montréal

Le ministre responsable de la Lutte contre le racisme s'est fait huer lorsqu'il est monté sur scène.

Des centaines de personnes assistent au rassemblement, mais plusieurs font dos à la scène.

Des participants au rassemblement de vendredi soir ont tourné le dos au ministre québécois responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, lorsque ce dernier est monté sur scène pour prendre la parole.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Bergeron

La tension a monté d'un cran, vendredi soir, à Montréal, lorsque le représentant du gouvernement Legault a pris la parole lors d'un rassemblement organisé pour dénoncer la haine et l'islamophobie.

Pour plusieurs participants, le ministre québécois responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, n'était pas le bienvenu à cette veillée, qui visait à rendre hommage aux victimes de l'attaque de London.

Une fois sur scène, le député caquiste de Deux-Montagnes s'est fait huer. Et malgré les supplications des organisateurs, des participants lui ont tourné le dos en applaudissant à tout rompre pour couvrir sa voix.

Extrait du 11 juin : Solidarité et espoir contre la haine

Appelé à réagir quelques minutes plus tard à l'émission 24|60, le leader du gouvernement Trudeau à la Chambre des communes, Pablo Rodriguez, a répondu qu'il est difficile de dire pourquoi exactement le ministre Charette a été reçu de la sorte.

C'est dommage, a-t-il néanmoins commenté. Je pense que nous avons tous un message à porter. Nous avons fait le choix de la démocratie au Canada, et ça inclus d'écouter les autres, même lorsqu'on n'est pas d'accord.

Je trouve ça un peu triste, mais en bout de ligne, la raison pour laquelle on est tous ici, c'est démontrer notre solidarité envers la communauté musulmane, cette communauté qui se dit aujourd'hui : "On ne peut même plus marcher dans la rue".

Une citation de :Pablo Rodriguez, leader parlementaire du gouvernement Trudeau

Certains chroniqueurs anglophones ont déclaré cette semaine que la loi québécoise sur la laïcité de l'État (mieux connue comme la « loi 21 ») avait contribué à créer un climat toxique envers les musulmans au Canada. Justin Trudeau lui-même a laissé entendre une telle chose, mardi.

Questionné sur le sujet avant la cérémonie, le ministre Charette a répondu qu'il s'était déplacé à Montréal pour souligner un triste événement qui est arrivé du côté de l'Ontario.

Il n'y a aucun lien entre l'attaque de London et la Loi sur la Laïcité de l'État, a-t-il martelé, aucun lien que l'on peut faire avec la loi 21.

Cependant, ce qu'on peut faire, c'est de tous travailler ensemble pour combattre certains préjugés, a ajouté le ministre, rappelant que des actes racistes ont également été commis dans les derniers mois contre les communautés juives et asiatiques de Montréal.

M. Charette a également souligné que son gouvernement s'est doté d'un plan d'action comprenant 25 mesures pour lutter contre le racisme, en décembre dernier, et que lui-même est devenu en février le premier ministre responsable de la Lutte contre le racisme de l'histoire du Québec.

Se souvenir de la famille Afzaal

À Montréal, à Québec, mais aussi à London même, des veillées avaient été organisées vendredi soir dans plusieurs villes canadiennes pour ne pas oublier les Afzaal, cette famille musulmane décimée par l'attentat de London, commis dimanche dernier.

L'attaque a fait quatre victimes en tout, en plus de blesser un garçon de 9 ans, qui se retrouve aujourd'hui orphelin. Son père Salman Afzaal, 46 ans, sa mère Madiha Salman, 44 ans, sa soeur Yumna Afzaal, 15 ans, et sa grand-mère Talat Afzaal, 74 ans, ont été percutés volontairement par le conducteur d'un camion.

L'attaque, semble-t-il, était motivée par la haine des musulmans. Elle fait d'ailleurs l’objet d’une enquête pour terrorisme, a confirmé vendredi le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair.

Les veillées organisées vendredi soir s'ajoutaient aux différents rassemblements qui s'étaient déjà tenus cette semaine dans plusieurs villes du pays, dont London, Ottawa, Montréal, Saskatoon et Winnipeg.

Le Québec solidaire

À Montréal, le Forum musulman canadien avait donné rendez-vous aux participants à 18 h dans l’espace public situé près du métro Parc, rue Hutchison. Des centaines de personnes s'étaient déplacées pour se recueillir et pour dénoncer la haine et l'islamophobie.

La veillée a commencé par une minute de silence, après quoi plusieurs personnalités ont pris la parole, dont Pablo Rodriguez, qui a souligné vendredi qu'Ottawa tiendra cet été deux sommets sur l'islamophobie et l'antisémitisme.

Plusieurs autres leaders politiques, dont la mairesse de Montréal, Valérie Plante, étaient présents. Il faut qu'on puisse démontrer qu'on prend ça très au sérieux, a-t-elle expliqué à son arrivée. Il faut qu'il y ait des gestes concrets qui soient posés au fédéral, au provincial et au municipal.

L'ex-maire Denis Coderre, qui sera à nouveau candidat cette année, a lui aussi répondu à l'appel des organisateurs. En entrevue avant la cérémonie, le chef d'Ensemble Montréal a déploré le dogmatisme qui, selon lui, s'infiltre partout, notamment à Montréal.

Moi je trouve que, quand on parle de désarmer et de définancer la police, on devrait plutôt parler de vigilance et de trouver cet équilibre, tout en démontrant de l'ouverture [...] pour l'ensemble des citoyens, a-t-il lancé, en faisant référence au programme de Projet Montréal.

M. Benabdallah sur scène, près d'un micro.

Boufeldja Benabdallah, président et cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, était présent à la veillée de Québec, vendredi soir.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

La veillée de Québec, elle, avait été organisée à l’initiative des mosquées de la Vieille Capitale et du Grand Lévis. La communauté musulmane de la région a elle-même été l’objet d’une attaque terroriste en janvier 2017.

Les plaies commençaient tout juste à se cicatriser lorsque l'attaque de London a été perpétrée, raconte Boufeldja Benabdallah, président et cofondateur du Centre culturel islamique de Québec.

En quatre ans, j'ai connu des tas de monde que je ne connaissais pas avant, et ces gens ont connu beaucoup de musulmans qu'ils ne connaissaient pas avant, et puis on est devenus frères et soeurs, dans le sens vraiment complet du terme, dit-il. On commençait à souffler.

La veillée de Québec a elle aussi attiré son lot de leaders politiques. Étaient présents : le maire Régis Labeaume, les candidats à la mairie Marie-Josée Savard et Bruno Marchand, la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé et le député fédéral de Québec, Jean-Yves Duclos, qui est aussi président du Conseil du Trésor.

Un manifestant portant un masque aux couleurs du fleurdelisé et une femme portant le hijab, un masque et des lunettes fumées.

L'attaque de London a ravivé de bien mauvais souvenirs à Québec.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

À London, un millier de personnes ont défilé entre les lieux du crime et la mosquée principale de la ville. La marche, qui s'est mise en branle vers 19 h, s'est terminée par des discours et des prières, et une minute de silence a été observée à 20 h 40, heure à laquelle l'attaque a été perpétrée.

L'événement avait été organisé par la communauté anglicane, qui souhaitait ce faisant démontrer son appui à la communauté musulmane, fortement ébranlée par la mort des Afzaal.

Enfin, des rassemblements similaires ont eu lieu vendredi soir dans plusieurs autres villes ontariennes, dont Toronto, Ottawa, Kitchener, Waterloo et Brantford, de même qu'en Colombie-Britannique et en Alberta.

Les funérailles des victimes auront lieu samedi après-midi à London. Des centaines de personnes sont attendues. La cérémonie sera retransmise en direct sur ICI RDI à compter de 13 h.

Avec Jérôme Bergeron, Sébastien Tanguay et Sébastien St-François

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