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Analyse

Jason Kenney et l'art de « s'auto-pelure-de-bananiser »

Si tout le monde a hâte que la pandémie devienne chose du passé, bien peu de politiciens canadiens doivent en rêver autant que le premier ministre albertain.

Le premier ministre Jason Kenney, les ministres Jason Nixon, Tyler Shandro et Travis Toews ainsi qu'un homme non identifié discutent à une table.

Les personnes présentes à ce dîner ne semblaient pas respecter la distanciation physique, toujours obligatoire pendant les rassemblements extérieurs.

Photo : Courtoisie

Chaque semaine qui passe apporte son lot de controverses et d’embarras pour Jason Kenney. Des problèmes dont il est lui-même largement responsable, comme s’il ne pouvait s’empêcher de « s’auto-pelure-de-bananiser », comme le veut l’expression rendue célèbre par Jacques Parizeau.

Lorsqu’on fait la liste des controverses politiques liées à la pandémie en Alberta, il est difficile d'identifier un autre responsable que Jason Kenney.

Une des plus récentes n’est pas banale. Alors que commençait tranquillement le déconfinement dans la province, des photos d’un souper arrosé entre le premier ministre et certains de ses ministres sur la terrasse du « sky palace » ont circulé.

Les photos de Jason Kenney et d'une poignée de ministres peu distanciés, attablés devant des bouteilles de vin et une bouteille de whisky, constituaient en soi un problème. Mais, encore une fois, c’est la façon dont le premier ministre et son équipe ont géré les retombées de cette affaire qui a fait le plus de dommages.

Au lieu de s’excuser sur-le-champ, Jason Kenney a plutôt répété ad nauseam qu’il n’avait enfreint aucune règle, jouant sur les détails techniques de ce qui est permis ou non par la santé publique. Il aura fallu que deux de ses ministres, et beaucoup d’Albertains, critiquent l'incident et demandent des excuses pour que Jason Kenney fasse enfin acte de contrition.

Mais après une semaine de déni, comment croire que les excuses étaient sincères? Questionné à ce sujet, le premier ministre n’a fait que répéter qu’il aurait dû donner l’exemple et mieux agir.

Il faut aussi comprendre toute la symbolique élitiste et déconnectée associée à l’endroit où avait lieu le fameux repas.

Pour la petite histoire, l’ancienne première ministre Alison Redford avait fait aménager à grands frais une résidence de fonction au sommet d’un édifice gouvernemental du centre-ville d’Edmonton, surnommée par la presse le sky palace. Le scandale qui en a découlé a fini d’achever la carrière politique de la chef conservatrice, déjà passablement entachée.

Le style Kenney

Cette façon de faire – se défendre avant de finalement présenter des excuses – est en train de devenir la marque de commerce du gouvernement albertain devant les questions embarrassantes.

Il faut aussi se rappeler le scandale des voyages à l’étranger durant les Fêtes. Une ministre, plusieurs députés et le chef de cabinet de Jason Kenney ont cru bon d'aller à Hawaï, à Las Vegas ou à Londres, pendant qu’une majorité d’Albertains restaient à la maison comme le demandait la santé publique.

Qu’a fait le premier ministre quand le scandale a éclaté? Il a d’abord défendu son entourage, en disant qu’il n’avait pas enfreint la loi et que lui-même n’avait pas donné d’indications assez claires quant aux voyages. Ce n’est qu’après des jours d'une tempête qui ne se dissipait pas que la ministre a remis sa démission et que Jason Kenney a présenté des excuses.

D’autres blessures auto-infligées viennent aussi garnir la liste des faux pas de ce gouvernement. Chicanes internes sur les restrictions, suivies de l’expulsion de deux députés, messages contradictoires à propos des mesures sanitaires et réaction tardive à la deuxième et la troisième vagues. Toutes ces controverses ont un seul dénominateur commun : la façon dont Jason Kenney a lui-même alimenté et prolongé la crise en refusant de réagir fermement dès le départ.

Résultat : à deux ans des prochaines élections, les plus récents sondages indiquent que Jason Kenney est le premier ministre provincial le moins populaire au Canada et que le NPD formerait un gouvernement majoritaire si un scrutin avait lieu immédiatement. Même la droite semble être revenue à ses anciennes rivalités, alors que le nouveau Wildrose Independence Party gruge des appuis au Parti conservateur uni, créé en 2017 justement pour mettre fin à la division du vote conservateur.

Bref, Jason Kenney ne peut que souhaiter un retour à la normale au plus vite. Pourvu qu’il puisse arrêter de placer des pelures de banane sur son propre chemin.

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