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Frontière fermée : le député des Français au Canada comprend leur « lassitude »

« Les touristes canadiens sont les bienvenus en France », signale le député français Roland Lescure, membre du parti d'Emmanuel Macron.

Roland Lescure marche à l'Élysée

Depuis 2017, Roland Lescure, ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, est le député des Français d'Amérique du Nord.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Depuis mars 2020, Roland Lescure n'a plus mis les pieds à Montréal. Ni en Amérique du Nord. Citoyen canadien et ex-numéro 2 de la Caisse de dépôt et placement du Québec avant de faire le saut en politique en 2017 avec le parti d'Emmanuel Macron, le député des Français résidant au Canada et aux États-Unis plaide pour une réouverture progressive des frontières.

Dans l'aéroport de Rome, au retour d'un sommet franco-italien, vendredi, l'élu français s'est entretenu au téléphone avec Radio-Canada.

La vie reprend petit à petit ici, il y avait des supporteurs turcs dans les rues, a-t-il souligné, en faisant référence au coup d'envoi de l'Euro de soccer, à quelques heures d'un match d'ouverture dans la capitale italienne entre l'Italie et la Turquie.

Alors que Paris a dévoilé sa stratégie début juin, en permettant notamment aux touristes canadiens vaccinés de venir dans l'Hexagone cet été, Roland Lescure a assuré comprendre la lassitude et la frustration provoquées par les mesures strictes imposées par le gouvernement de Justin Trudeau. Tout en s'abstenant de critiquer la fermeture d'Ottawa, il attend avec impatience une levée graduelle des barrières entre la France et le Canada.

Depuis le 9 juin, la France autorise les visiteurs étrangers à venir dans l'Hexagone, dont les Canadiens. Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision?

On essaie de trouver l'équilibre. Il y a trois catégories de pays : les verts, les orange et les rouges. Le vert [avec une preuve de vaccination, aucun test ou isolement n'est requis pour les voyageurs pleinement vaccinés; seul un test PCR ou antigénique négatif est demandé pour les personnes non vaccinées] concerne essentiellement l'Union européenne et Israël, où le virus circule peu et les gens sont vaccinés. Dans l'orange, on retrouve le Canada et les États-Unis.

Pour ces pays-là, les règles sont claires : si vous êtes vaccinés avec deux doses, vous pouvez venir, tout en faisant un test. Sinon, il faut un motif impérieux, comme un deuil dans la famille. Donc, les touristes canadiens vaccinés sont les bienvenus.

Une majorité des Canadiens ont déjà eu une dose et il y a de moins en moins de cas de COVID-19. Le Canada passera-t-il dans la liste verte prochainement?

On espère le faire, mais ce n'est pas encore le cas. On suit au quotidien le taux de vaccination et la circulation du virus. J'espère qu'au courant de l'été, on pourra y arriver.

Le tourisme est très important en France. Avez-vous subi des pressions pour rouvrir le pays aussi rapidement aux voyageurs étrangers?

Le tourisme, c'est une des premières industries en France, avec environ 10 % du produit intérieur brut. C'est aussi un contributeur très fort à notre balance commerciale. Lorsque les touristes viennent en France, ils dépensent des euros. C'est extrêmement excédentaire.

Mais on ne le fait pas de manière béate ou les yeux fermés. Tout le défi est de trouver l'équilibre entre la reprise économique, qui est une condition importante de la relance, et le contrôle du virus. On regarde de très près la circulation des variants.

On a essayé de trouver un équilibre pour la reprise économique, tout en évitant une accélération du virus. C'est pour ça qu'on a une stratégie par étapes.

Une citation de :Roland Lescure, député français

On y va progressivement, y compris sur les réouvertures en France. Depuis le 9 juin, les restaurants peuvent ouvrir à l'intérieur, avec des jauges réduites. On a repoussé le couvre-feu à 23 heures et on va continuer progressivement de desserrer la trappe.

Comment jugez-vous les strictes mesures au Canada, qui impose un séjour obligatoire à l'hôtel pour les voyageurs arrivant au pays et une quarantaine de 14 jours? De nombreux travailleurs français qui arrivent ici s'en plaignent.

Chaque pays est souverain et a sa stratégie. On échange régulièrement avec les autorités canadiennes et américaines. Les défis sont majeurs. Il y a deux cas de figure : il y a effectivement des résidents français dans ces pays qui peuvent venir en France, mais qui ont des difficultés pour rentrer ensuite aux États-Unis ou au Canada. J'ai reçu à peu près 5000 courriels depuis un an, beaucoup sur ces enjeux de mobilité.

Ça s'est accéléré récemment, car les gens se sentent plus protégés. Ils sont vaccinés, le virus circule moins et ils sont impatients de rentrer en France.

Et il y a aussi ceux qui souhaitent immigrer, comme les étudiants. Il va y avoir, fin août, début septembre, un afflux d'étudiants français au Québec. On espère que le virus sera éradiqué et qu'on pourra venir étudier au Canada et aux États-Unis de manière plus fluide qu'aujourd'hui. Actuellement, c'est encore compliqué.

Espérez-vous une uniformité des règles sanitaires concernant la réouverture des frontières entre le Canada et la France? Demandez-vous rapidement une réciprocité à Ottawa, après l'ouverture faite par votre gouvernement?

On ne peut pas avoir une uniformité. Les règles et les réponses [de chaque pays] sont différentes, même si j'espère qu'en septembre, on se rendra compte qu'on aura tous bien fait les choses. On n'est pas dans une logique de bras de fer ou de leçon. On échange régulièrement sur les contraintes des uns et des autres. Il n'y a pas de règles idéales.

On est plutôt dans l'échange que dans la demande ferme de réciprocité [avec le Canada]. Bien sûr, je comprends qu'au fur et à mesure que la situation sanitaire s'améliore, les gens qui ont été extrêmement disciplinés depuis 15 mois commencent à se lasser un peu.

Une citation de :Roland Lescure, député français

Mais évidemment, on espère que les Français actuellement coincés en Amérique du Nord vont pouvoir aussi vite que possible rentrer en France. Je n'ai pas pu me rendre à Montréal – mon fils y est actuellement –, [alors] je suis aussi frustré qu'eux.

Je les exhorte à la patience et j'espère comme tout le monde qu'au fur et à mesure que le virus diminue, on pourra avancer. Mais je ne souhaite surtout pas comparer les règles entre les pays. Je ne jette la pierre à personne, mais je comprends la frustration et la lassitude.

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