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En Alaska, des perles de verre pourraient ajouter un chapitre à l'histoire

Des perles bleu turquoise de Venise.

Les archéologues Michael Kunz et Robin Mills ont découvert des perles de Venise qui seraient arrivées en Alaska avant les premiers contacts connus entre Européens et habitants des Amériques.

Photo : Offerte par Michael Kunz

Des archéologues américains affirment avoir trouvé, au nord du cercle polaire en Alaska, des perles de Venise dont la présence sur le continent daterait d’avant l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique. Si cela est confirmé, ces perles seraient les plus vieux objets européens trouvés sur le continent à ce jour.

De petites perles bleu turquoise, non décorées, qui ne dépassent pas 8 mm de diamètre et qui ont été trouvées sur trois sites archéologiques en Alaska, pourraient-elles remettre en question ce que l’on sait des relations commerciales entre le Vieux continent et le Nouveau Monde?

C’est en tout cas ce que pense l'archéologue Michael Kunz, rattaché au Musée du Nord de l'Université de l’Alaska. Avec son collègue Robin Mills, il a découvert ces objets dans des sites archéologiques situés au nord du cercle arctique en Alaska.

Un autre archéologue, William Irving, avait déjà trouvé des perles semblables il y a plus de 60 ans. À l'époque, la datation au carbone 14 en était à ses balbutiements.

Aujourd'hui, cette méthode de datation des objets est beaucoup plus accessible et en datant les objets se trouvant à proximité des perles sur le site, Micheal Kunz et son collègue ont pu établir qu'elles étaient en sol alaskien depuis le milieu du 15e siècle.

La datation au carbone 14 nous dit que ce matériel, qui avait été produit en Europe, s’est retrouvé d'une quelconque façon à environ 175 km au nord du cercle arctique, en Alaska, avant que Christophe Colomb n’arrive sur le continent, rapporte le scientifique, qui avoue avoir été ébahi à la vue de ces résultats.

Il affirme que cette découverte est le premier exemple documenté de la présence de matériaux européens dans des sites préhistoriques de l'hémisphère occidental, à la suite d'un transport terrestre à travers le continent eurasien.

Un campement près d'un lac, en Alaska.

Le campement de l'archéologue Michael Kunz et de son équipe, situé au nord du cercle arctique, en Alaska. À droite, les parties plus claires délimitent l'emplacement du site archéologique.

Photo : Photo envoyée par Michael Kunz

Michael Kunz reconnaît pourtant aisément que lui et son collègue ne sont pas des spécialistes des perles. Ils ont donc dû faire des recherches plus poussées, pour en apprendre davantage sur ces éléments.

Nous étions tous les deux des archéologues avec beaucoup d’expérience, mais sur des choses beaucoup plus anciennes, explique-t-il.

Selon lui, il y a un consensus, dans la communauté scientifique, qui dit que les perles en verre produites en Europe au 15e siècle ou avant proviennent de Venise.

Les perles auraient parcouru plus de 17 000 km

Une fois que les scientifiques ont pu identifier avec certitude l’origine des perles, une question n’a cessé de les obséder : comment ces objets avaient-ils pu arriver là?

Michael Kunz l’affirme : la seule façon dont elles auraient pu se retrouver en Alaska, c’est d’être passées par le détroit de Béring.

Nous pensons que les perles ont été transportées par des marchands en caravane le long d'une des routes commerciales établies avec l'Asie, comme la route de la Soie, relate-t-il.

Une partie de ce matériel a été échangé avec la population aborigène de cette région, qui a migré à travers l'Asie vers le détroit de Béring, puis vers l'Alaska.

Avant cette découverte, les scientifiques avaient déjà mis la main sur des perles en verre échangées lors de relations commerciales entre les Européens et les habitants de l’Alaska, mais ces vestiges étaient reliés à l’arrivée de Vitus Bering et à la présence russe dans la zone (dès 1741).

Une théorie qui ne fait pas l’unanimité

Comme pour toutes nouvelles découvertes scientifiques, cette théorie formulée par Michael Kunz et Robin Mills n’est pas du goût de tous les archéologues. M. Kunz est au courant des critiques. C’est toujours difficile de se confronter aux idées établies, dit-il.

Pourtant, il affirme que d’autres chercheurs ont réagi plus positivement. Il y en a même un qui nous a apporté une information qui vient renforcer notre théorie, ajoute-t-il.

Des archéologues travaillent sur un site d'excavation en Alaska.

Des perles en verre avaient déjà été trouvées sur le site d'excavation il y a plus de 60 ans. L'équipe de Michael Kunz savait donc à quoi s'attendre en arrivant sur place, mais c'est en passant ces objets à un examen au carbone 14 qu'ils ont réalisé l'importance de leur découverte.

Photo : Photo envoyée par Michael Kunz

Ce n’est pas la première fois que les théories de l’archéologue font grand bruit. Dans les années 1990, mes collègues et moi avons fait une autre découverte en Alaska concernant les premiers humains qui ont traversé le pont terrestre qui reliait ce qui est aujourd'hui la Sibérie et l'Alaska, il y a 13 000 ans, rappelle M. Kunz.

À l’époque, et malgré les balbutiements d’Internet, la découverte avait été relayée par de nombreux titres de presse écrite et des télévisions du monde. Il dit avoir pensé que la même chose puisse se reproduire après la datation des perles de Venise découvertes en Alaska.

Malgré ces deux découvertes les plus importantes de sa carrière, il avoue que le hasard a joué un grand rôle à chaque fois.

Aucune planification ni préparation ne remplacera jamais la simple chance, reconnaît Michael Kunz.

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