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Des Nunavummiut demandent des fouilles pour retrouver des victimes des pensionnats

« Nous ne nous laisserons pas anéantir par les atrocités que nous avons vécues. »

Des élèves de l'externat fédéral Sir Joseph Bernier de Chesterfield Inlet sont assis derrière leur pupitre, le 5 septembre 1958.

Des Nunavummiut souhaitent que des fouilles soient entamées sur les sites d'anciens pensionnats du Nunavut. Cette image montre des élèves de l'ancien externat fédéral Sir Joseph Bernier de Chesterfield Inlet, le 5 septembre 1958.

Photo :  Bibliothèque et Archives Canada / Archives

Des Nunavummiut sont toujours sous le choc à la suite de la découverte des restes de 215 enfants à Kamloops, qui a ravivé de profondes blessures du passé chez des survivants inuit. De plus en plus de voix s’élèvent au territoire pour entreprendre des fouilles sur les sites d’anciens pensionnats du Nunavut.

Lorsqu’il a appris la nouvelle, Jack Anawak a été traversé par un torrent de souvenirs douloureux qui l’ont replongé des années en arrière.

Originaire de Naujaat, dans le centre du Nunavut, il avait 9 ans lorsqu’il a été amené au pensionnat catholique de Turquetil Hall de Chesterfield Inlet. Bien que dévasté par les événements de Kamloops, il affirme ne pas avoir été surpris par la découverte.

C’était le colonialisme à son pire niveau, dit-il. Cela n’a pas été une surprise pour nous parce que nous savions à quel point les Inuit et les Premières Nations avaient été traités de façon horrible à l’époque.

Comme c'est le cas de bien d’autres victimes, il garde un souvenir vif des violences physiques, psychologiques et sexuelles qu’il a subies. Nos parents ne nous réprimandaient ou ne nous punissaient jamais, se souvient Jack Anawak. Mais, tout d’un coup, nous nous sommes retrouvés dans un environnement où nous nous faisions gronder et punir pour les plus petites choses.

À l’âge adulte, Jack Anawak a fait carrière en politique dans l’espoir de faire entendre sa voix. Jamais nous ne pensions que nous deviendrions un jour des membres du Parlement et de l’Assemblée législative, des gestionnaires, des avocats, des médecins, explique-t-il. Jamais nous ne l’aurions cru, car on nous avait tellement anéantis.

Jack Anawak lors d'une entrevue avec CBC.

Jack Anawak a fait ses débuts sur la scène politique fédérale dans les années 1980 comme député de la circonscription de Nunatsiaq. Il a aussi été député territorial à l'Assemblée législative du Nunavut à la suite de la création du territoire du Nunavut. Il est aujourd'hui conseiller pédagogique à l'école primaire Nakasuk d'Iqaluit.

Photo : CBC

L’arrivée tardive des pensionnats dans le Nord

La mise en place des pensionnats débute plus tardivement dans le Grand Nord que dans le sud du Canada. En 1950, il n’existe que six pensionnats et un foyer au nord du 60e parallèle, selon le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada portant sur l’expérience inuit et nordique (Nouvelle fenêtre).

C’est en 1955 qu’Ottawa entame l’élaboration d’un vaste programme de pensionnats dans cette région. Avant cette date, le gouvernement fédéral octroie plutôt une aide financière aux écoles de missionnaires dirigées par les églises.

En tout, 13 pensionnats sont établis dans la région correspondant aujourd’hui au territoire du Nunavut, mais qui appartenait auparavant aux Territoires du Nord-Ouest. En 1997, le pensionnat de Kivalliq Hall, à Rankin Inlet, est le dernier au pays à fermer ses portes.

Des élèves du foyer fédéral de Coppermine, à Kugluktuk, en 1958.

En 1969, 570 élèves inuit sont inscrits dans un foyer des Territoires du Nord-Ouest, qui regroupait à l’époque le territoire actuel du Nunavut, selon le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation. Ils représentent 44 % de tous les élèves inscrits. Cette image montre des élèves du foyer fédéral de Coppermine, à Kugluktuk, en 1958.

Photo :  Bibliothèque et Archives Canada / Archives

À Chesterfield Inlet, les enfants logent au foyer de Turquetil Hall - nommé en l’honneur d’Arsène Turquetil, un missionnaire oblat - et fréquentent l’externat fédéral Sir Joseph Bernier.

En raison des distances considérables que doivent parcourir des enfants inuit pour aller à l’école, un grand nombre d’entre eux sont séparés de leurs parents pendant plusieurs années.

L’ancienne commissaire de la Commission de vérité et réconciliation Marie Wilson explique d’ailleurs que la vaste étendue de la région a contribué à rendre la situation des enfants autochtones du Nord plus rude. Les distances entre les écoles et les communautés étaient immenses, parfois de plusieurs milliers de kilomètres, raconte-t-elle. Les parents ne pouvaient à peu près jamais visiter [leurs enfants].

Une vue de la communauté de Chesterfield Inlet, en septembre 1958.

La communauté de Chesterfield Inlet, en septembre 1958.

Photo :  Bibliothèque et Archives Canada / Archives

À cela s’ajoute, entre autres, les conditions climatiques hostiles et les infrastructures peu adaptées. Dans le Nord, les enfants qui fuguaient ne mouraient pas par noyade, mais plutôt de froid, relate l’ex-commissaire, en entrevue avec ICI Grand Nord.

Épidémies de typhoïde, de coqueluche, d’oreillons, de rougeole… Les maladies infectieuses se font aussi nombreuses, tandis que les ressources médicales pour y répondre sont limitées.

La commissaire Marie Wilson.

L'ex-commissaire de la Commission de vérité et réconciliation Marie Wilson.

Photo : Radio-Canada

Attaquons-nous à la racine du problème

Bien que les années aient passé depuis ce chapitre de l’histoire du pays, Jack Anawak croit que le racisme systémique et le colonialisme sont toujours enracinés dans la société canadienne.

Au Nunavut, il aimerait voir un meilleur leadership et une plus grande place de l’inuktitut au sein du gouvernement territorial.

Je veux que la jeune génération soit fière d’être inuit et de faire partie d’une nation qui fait preuve d’une grande résilience. Nous ne nous laisserons pas anéantir par les atrocités que nous avons vécues.

Une citation de :Jack Anawak, ex-politicien et survivant d’un pensionnat

Il souhaiterait que le gouvernement territorial finance des recherches pour retrouver des victimes inuit des pensionnats au territoire.

La députée territoriale de la circonscription de Rankin Inlet Nord-Chesterfield Inlet, Cathy Towtongie, abonde dans le même sens. Il faut aussi bien plus de financement en santé mentale pour briser les cycles de violences et de traumatismes intergénérationnels. Attaquons-nous à la racine du problème, lance-t-elle.

La députée lors d'une séance à l'Assemblée législative du Nunavut.

La députée de Rankin Inlet North-Chesterfield Inlet, à l'Assemblée législative du Nunavut, Cathy Towtongie.

Photo : CBC / Beth Brown

Dans un échange de courriels, le gouvernement du Nunavut indique ne pas avoir reçu de requêtes officielles pour financer des fouilles sur les sites d’anciens pensionnats, mais il affirme être prêt à offrir ce soutien si des organisations inuit en font la demande.

Je me pose souvent la question : pourquoi a-t-il fallu pour que les gens commencent à écouter?, dit Marie Wilson.

Le monde entier nous regarde d’un nouvel œil pour savoir comment nous allons répondre à cela, poursuit-elle. Il nous faut vraiment une sérieuse stratégie nationale avec [...] une surveillance internationale.

Avec les informations de Toby Otak

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