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Fin de session à Québec : l'opposition veut fermer la parenthèse de la pandémie

L'air sérieux, Dominique Anglade regarde à sa droite.

La cheffe libérale Dominique Anglade estime que « l’arrogance, le manque de transparence et la complaisance » ont marqué la dernière session parlementaire.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Dressant leur bilan de la présente session parlementaire, les partis d'opposition concèdent que la pandémie a occupé une grande place dans les discussions à l'Assemblée nationale du Québec, occultant bon nombre de sujets importants pour la population. Ils mettent en garde le premier ministre François Legault : la pause est terminée et l'automne marquera le retour des débats de fond.

La cheffe de l'opposition officielle, Dominique Anglade, qui a pris la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) il y a un an, considère que son équipe a assumé un leadership efficace au Salon bleu, alors que la province traversait un hiver et un printemps encore marqués par la pandémie.

À son avis, le PLQ a rendu le gouvernement plus imputable avec des questions ciblées sur l'explosion des coûts pour les maisons des aînés, l'abandon du BAPE dans le cadre d'une mine de lithium en Abitibi, l'indemnisation des victimes d'exploitation sexuelle, le non-respect des aires protégées, le délestage dans les soins de santé, le racisme systémique et la crise du logement, entre autres.

Nous finissons la session intensive et nous pouvons conclure que l'arrogance, le manque de transparence et la complaisance ont marqué la dernière session.

Une citation de :Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Mme Anglade a accusé le premier ministre de tenir un double discours et de pratiquer la méthode du deux poids, deux mesures. Elle estime aussi que François Legault nie certains enjeux qui affectent la vie des citoyens, comme la crise du logement, la crise des places en garderie, le racisme systémique et la pénurie de main-d'œuvre.

Malgré la pandémie, nous avons démontré que nous sommes la seule alternative crédible pour les Québécois qui souhaitent voir un gouvernement de progrès, un gouvernement moderne prendre les rênes du Québec en 2022, estime-t-elle.

André Fortin porte un masque et se tient debout et semble attendre.

André Fortin est le leader parlementaire du PLQ.

Photo : Radio-Canada

Le leader parlementaire du PLQ, André Fortin, abonde dans le même sens. Il a énuméré plusieurs bons coups effectués par son parti et repris par le gouvernement : le projet de loi pour aider les restaurateurs en limitant les frais de service pour les commandes en ligne, la motion déposée en faveur d'un sommet sur la réussite éducative, l'ajout en commission parlementaire de la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle.

On a été une opposition constructive comme le souhaitent les citoyens. On a collaboré à faire avancer les projets de loi du gouvernement, a-t-il déclaré.

Néanmoins, il a déploré le fait que le gouvernement refuse de tenir une commission d'enquête sur la gestion de la pandémie, qu'il bloque l'audition du directeur de projet du tunnel entre Lévis et Québec et qu'il décline les demandes simples et symboliques des peuples autochtones.

Un virage

À un an des élections provinciales, Mme Anglade a tenu à dire que son parti avait entrepris un virage qu'elle décrit comme un vaste chantier de renouvellement, de modernisation, de réformes.

Elle considère que la relance économique qui s'amorce représente une occasion sans précédent de nous inscrire dans une véritable transition avec un nouveau paradigme économique. Elle évoque la fin d'un cycle. Selon elle, il est temps de changer les règles du jeu.

Le progrès ne peut pas se réduire seulement à des dimensions comptables. Nous devons dès maintenant réfléchir et agir dans un cadre plus large fondé sur le progrès social, le progrès environnemental et le progrès économique, a-t-elle lancé.

La leader libérale estime s'être détachée de la vieille image libérale. Comment faire pour que les citoyens puissent constater de façon concrète que le parti a bel et bien changé? C'est d'aller à la rencontre des gens. C'est d'aller leur parler, d'aller présenter les propositions. [...] D'aller prendre le pouls de ce qui les interpelle, a-t-elle répliqué, annonçant que ses députés se déplaceront dans toutes les régions de la province cet été.

Mme Anglade affirme que le cours normal de la politique devrait reprendre graduellement. Elle envisage une session automnale différente des précédentes.

À l'Assemblée nationale, on espère certainement un retour à la normale où tous les députés peuvent siéger, où on peut vraiment exercer la démocratie, où on a des outils justement pour imposer et que le gouvernement y réponde, qu'on arrive dans un environnement beaucoup plus transparent, pas dans un cadre où on est avec des décrets sanitaires, où il y a des décisions qui se prennent et très peu de redditions de comptes, a-t-elle souhaité.

La place du français

D'entrée de jeu, le leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet, a donné le ton, tôt en matinée, à cet exercice politique obligatoire en estimant avoir offert une bonne performance au cours de la présente session. On a été une opposition efficace et équilibrée, axée sur la transparence et surtout sur le retour du débat démocratique, a-t-il dit.

Prenant la parole après lui, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a enchaîné en affirmant que la plus grande fierté de sa formation politique est d'avoir réussi pour la première fois en 20 ans à faire du français l'enjeu de l'heure.

Alors que les trois autres partis se sont dits satisfaits du travail de la CAQ, seul le Parti québécois est venu dire que ça prend des objectifs, il faut mesurer ces objectifs et, surtout, ça prend des mesures, des propositions à la hauteur du défi, des mesures véritablement susceptibles de renverser le déclin de la langue française, a-t-il affirmé.

Paul St-Pierre Plamondon tient un document dans ses mains alors qu'il parle au micro.

Paul St-Pierre Plamondon a souligné que les députés du Parti québécois ont talonné le gouvernement caquiste sur la question de l'environnement.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Paul St-Pierre Plamondon a souligné que sa formation a talonné le gouvernement au sujet de l'environnement en critiquant le recours aux pesticides et en plaidant pour sortir le Québec des hydrocarbures. À propos de l'urgence climatique, il dénonce le fait que la CAQ a un demi-plan.

On voit un Parti québécois qui est vraiment tourné vers l'avenir et très proche de l'aspiration d'une grande majorité de Québécois qui veulent faire de l'environnement une priorité, pense-t-il.

Sur la question de l'éthique, il a rappelé que le PQ est intervenu à maintes reprises pour dénoncer les nominations partisanes, mettre fin à la gouvernance par décret, défendre le rôle de la commissaire à l'éthique, réclamer la divulgation des avis de la santé publique, etc. Il a profité de l'occasion pour accuser la Coalition avenir Québec (CAQ) de ne pas tenir sa parole en invoquant son recul sur la réforme du mode de scrutin.

Le PQ prédit un choc des titans

Au chapitre de la justice sociale, M. St-Pierre Plamondon a insisté sur le combat de son parti pour plus de places en garderie, pour atténuer la crise du logement ou s'occuper du bien-être des aînés à domicile.

Il déplore que le gouvernement investisse dans le béton au lieu d'investir dans son monde. Il a cité en exemple les chambres à un million de dollars dans les maisons des aînés au lieu d'accroître l'offre des soins à domicile aux aînés, ou un tunnel qui coûterait jusqu'à 10 milliards de dollars à Québec, alors que les infrastructures ont de grands besoins.

Pour la rentrée automnale, il prévoit un choc des titans, un choc de visions du Québec avec la fin de la pandémie. On pourra aller au fond des choses relativement à plusieurs décisions du gouvernement qui sont vraiment difficiles à accepter, à comprendre.

On ne sera pas en train de discuter du nombre d'infections, d'hospitalisations, des chirurgies, cette période politique prendra fin et le choc [des titans] dont je vous parle, aura lieu de façon éclatante.

Une citation de :Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Au sujet de la démission du député Sylvain Roy, il a dit que cela faisait un bon bout de temps que le lien de confiance entre lui et le caucus était brisé. C'était un dénouement inévitable. Le parti compte désormais sept députés.

On va faire le plein de nouvelles candidatures inspirantes et on va continuer à être aussi pertinents, aussi uniques dans nos prises de position. Cela ne changera pas qui on est, a-t-il assuré.

Le chef péquiste n'a pas dit s'il comptait se présenter à une élection partielle dans un avenir rapproché. Il compte parcourir les routes du Québec pour aller à la rencontre des citoyens.

Des solidaires satisfaits

Chez Québec solidaire (QS), la co-porte-parole Manon Massé a déclaré sans ambages : On a eu la meilleure session parlementaire depuis le début de la législature. Elle fait remarquer que c'est sa formation politique qui a imposé le débat sur la crise du logement et la réalité que vivent trois millions de locataires au Québec.

Elle a aussi évoqué le cas de l'ex-ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon qui a brisé les règles d’éthique et dont le chef caquiste veut qu’on change les règles pour l'accommoder.

Manon Massé regarde droit devant elle.

Manon Massé en était à sa dernière séance de débats à titre de cheffe parlementaire de Québec solidaire. La co-porte-parole a dit aborder cette journée avec « fierté ».

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

C’est QS qui a défendu la politique propre et éthique face à l’arrogance du ministre Fitzgibbon, a-t-elle poursuivi. À ses yeux, le traitement de faveur pour les chouchous du premier ministre a choqué bon nombre de personnes. Mme Massé évoque aussi le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, qui a menti et que M. Legault a défendu.

Elle a également souligné que c'est QS qui a mené la charge contre le troisième lien à 10 milliards de dollars, un projet qui n'a pas de bon sens, selon elle. Il n'y a pas de lumière au bout de ce tunnel-là, a-t-elle ironisé.

La députée dénonce les petites obsessions de François Legault, comme les maternelles 4 ans, les maisons des aînés ou encore le troisième lien, pour lesquelles il est prêt à dépenser sans compter.

Pour sa part, le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois considère que les Québécois en ont assez des politiciens qui se croient tout permis.

François Legault a depuis quelques semaines une drôle d’attitude : il est arrogant, déconnecté, dans sa bulle. Mais la vérité, c'est que ce qui m'inquiète pour vrai, ce n’est pas son attitude, mais sa vision pour le Québec, a-t-il déclaré.

Le parti qui dévoile la petitesse de la vision de François Legault, c’est Québec solidaire. Si QS n’avait pas été là, sa déconnexion au sujet de la crise du logement n'aurait jamais éclaté au grand jour, a-t-il dit.

Si QS n'était pas intervenu, Pierre Fitzgibbon serait encore ministre aujourd'hui et le premier ministre serait encore en train de s'essuyer les pieds sur le code d'éthique des députés de l'Assemblée nationale.

Une citation de :Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de QS

Questionnée sur les récentes chicanes internes, Manon Massé a reconnu que le parti avait eu des débats dans les derniers mois. On a réglé ça. Je ne sais pas pourquoi vous reportez ça dans l'avenir. Les membres ont clairement affirmé que pour la lutte antiraciste, Québec solidaire va poursuivre son travail. C'est essentiel. […] Pour moi, on est en selle, on continue notre travail, a-t-elle rétorqué.

Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé en point de presse.

Les co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, estiment avoir mené leur meilleure session parlementaire depuis le début de la législature.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Gabriel Nadeau-Dubois s’attend à ce que l'Assemblée nationale fonctionne de manière cohérente avec le reste de la société à l'automne, soit que les mêmes règles s'appliquent.

Concernant la joute politique, le chef solidaire admet que la pandémie a pris beaucoup de place dans les débats publics. Je pense qu’à l’automne va s’ouvrir un espace politique pour parler de l’avenir du Québec, pas seulement de la gestion quotidienne de la pandémie. Je pense qu’on va le voir là, cet affrontement entre deux visions, entre deux projets de société tellement différents, a-t-il soutenu.

Et advenant une quatrième vague de COVID-19? Il faut mettre en place une loi transitoire pour éviter qu’on retombe en état d’urgence sanitaire si jamais ça se produit. Ce serait inadmissible que l’on continue à vivre dans un régime d’exception, dans une gouvernance par décret, l’automne prochain, a-t-il clamé.

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