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Un algorithme de conception québécoise contre l'exploitation sexuelle en ligne

Des mains devant un clavier d'ordinateur.

Selon le Centre canadien de protection de l’enfance, la lutte contre les images d’abus pédosexuels s’internationalise.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

L'Institut québécois d'intelligence artificielle (Mila), avec la participation de l'Université McGill et de l'École de science informatique de l’Université de Carnegie Mellon, en Pennsylvanie, a conçu un algorithme capable de détecter les activités de traite de personnes et d’exploitation sexuelle en ligne.

Baptisé Infoshield, cet algorithme pourrait devenir l'outil technologique incontournable pour les corps policiers au Canada engagés dans la lutte contre l'exploitation sexuelle en ligne.

C'est l'une des premières au monde. Il y a très peu de gens qui ont mobilisé l'intelligence artificielle pour intervenir dans la chaîne du trafic de personnes, lance Benjamin Prud'homme, directeur exécutif à l'Institut d'intelligence artificielle du Québec (Mila).

Aperçu d'une page codée.

Conçu par des chercheurs à l'Institut québécois d'intelligence artificielle, l’algorithme Infoshield est capable d'analyser des millions d'informations en ligne pour repérer les activités criminelles liées à l'exploitation sexuelle.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault, caméraman

Infoshield serait plus performant que toute autre technologie actuellement utilisée par la police, en étant « capable d'analyser des millions d'informations » en ligne. Il est près de 1600 fois plus rapide que les outils actuels qui n'utilisent pas l'intelligence artificielle.

Comme l'image d'un radar pour l'aviation, l'algorithme serait capable de balayer l'information qui circule en temps réel dans l'univers du web et des réseaux sociaux, 24 h sur 24. Puis il serait en mesure d'en faire l'analyse en reliant des données entre elles.

Benjamin Prud'homme est directeur exécutif à l'Institut québécois en intelligence artificielle (MILA).

Infoshield est assez complexe. Son fonctionnement nous permet de cibler rapidement du contenu, dans une masse d'informations, qui est relié à du trafic humain, dit le directeur exécutif au Mila. Ça nous permet entre autres de déceler des personnes qui perpétuent ce type de contenu ou encore d'identifier des victimes potentielles.

Cette percée montréalaise en intelligence artificielle est une première mondiale pour lutter contre le trafic humain, nous affirme-t-on.

Elle serait plus que bienvenue puisque, sans grande surprise, le marché noir du trafic de personnes s'est déplacé sur Internet et les réseaux sociaux.

La publicité en ligne, parfois subtile, est considérée comme la principale façon de faire de la traite de personnes.

La majorité des victimes sont offertes par des annonces mises en ligne par leur exploiteur. Ce dernier peut contrôler généralement quatre à six victimes à la fois, affirme la cheffe du projet de recherche, Reihaneh Rabbany.

Reihaneh Rabbany devant son ordinateur

Reihaneh Rabbany est professeure adjointe à la School of Computer Science de l’Université McGill.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault, caméraman

Selon l’Organisation internationale du travail, environ 4,8 millions de personnes sont victimes annuellement de trafic de personnes à des fins d’exploitation sexuelle. Cette industrie mondiale, contrôlée par des organisations criminelles, générerait 99 milliards de dollars.

Des résultats déjà concluants

Les premiers tests d'Infoshield sont prometteurs, selon le groupe de chercheurs associés au Mila.

Ainsi, l’algorithme Infoshield a réussi à repérer des annonces proposant du trafic de personnes avec une précision de 85 %. Ces résultats seraient meilleurs que ceux de tous les autres algorithmes de pointe en intelligence artificielle.

La chercheuse Reihaneh Rabbany en compagnie de notre journaliste.

La chercheuse Reihaneh Rabbany affirme qu'InfoShield est toujours en développement. Mais déjà, l’algorithme est capable de repérer des millions de formes de publicités en ligne pour déceler des activités criminelles.

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault, caméraman

Les conclusions ont vite été encourageantes. J'ai voulu concentrer mes efforts sur le fonctionnement de l’algorithme et la façon dont on pouvait l'améliorer encore plus, explique Reihaneh Rabbany.

Ce que nous faisons ici, c'est développer un nouvel algorithme encore plus complexe que tous ceux qui sont utilisés en ce moment. Nous développons de nouvelles méthodes pour faire l'analyse de données.

Une citation de :Reihaneh Rabbany, chef du groupe de chercheurs qui développe Infoshield
Une femme recroquevillée sur le sol dans une pièce.

La quasi-totalité des victimes d'exploitation sexuelle sont des femmes.

Photo : iStock

Selon Statistique Canada, plus de 1700 dossiers de trafic de personnes ont fait l'objet d'une enquête par les services de police canadiens entre 2009 et 2016. La quasi-totalité des victimes d'exploitation sexuelle, y compris les mineures, étaient des femmes (97 %).

Un outil essentiel pour les policiers

Les concepteurs d'Infoshield ne croient aucunement qu'il viendra remplacer le travail des policiers, mais ils le voient plutôt comme un atout majeur dans leur lutte contre l'exploitation sexuelle.

Sans verser dans le techno-solutionnisme – parce que je ne veux pas donner l'impression que cet outil peut contrer à lui seul la traite de personnes – on pense que ce serait un outil extraordinairement utile pour la police, explique Benjamin Prud'homme, directeur exécutif.

Outre les chercheurs en intelligence artificielle, plusieurs experts dans le domaine de la traite de personnes sont aussi appelés à contribuer aux travaux visant à développer Infoshield.

Francis Fortin en entrevue à l'extérieur.

Francis Fortin, professeur à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Martin Hazel, caméraman

L'exploitation sexuelle, c'est une criminalité de marchés. Il y a des gens qui offrent quelque chose et des clients potentiels qui se retrouvent en ligne. Et d'avoir un outil comme celui-ci, ça va augmenter le succès d'une enquête policière. C'est une valeur ajoutée, poursuit Francis Fortin, professeur en criminologie à l'Université de Montréal.

L'intelligence artificielle ne va pas, demain matin, aller arrêter des gens. Il doit y avoir quelqu'un qui doit voir ce que l'ordinateur lui dit. C'est une technologie qui maximise l'utilisation des ordinateurs.

Une citation de :Francis Fortin, professeur en criminologie, spécialisé en exploitation sexuelle

Le groupe de chercheurs basé à Montréal espère donc obtenir du financement pour grossir son équipe en développeurs au cours des prochains mois. Il souhaite ensuite trouver des corps policiers au Canada comme partenaires afin qu'Infoshield devienne officiellement un outil pour lutter contre la traite de personnes et l'exploitation sexuelle.

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