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Dur dur d’avoir du ciment

La rareté du ciment cause de sérieux maux de tête aux producteurs de béton et aux entrepreneurs en construction.

Des ouvriers coulent du béton sur un chantier.

Des ouvriers sur un chantier de construction dans le Vieux-Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les quelques cimentiers du Québec rationnent leurs livraisons de ciment – l’ingrédient principal du béton – en raison de la forte demande dans l’industrie de la construction. Conséquence : des producteurs de béton peinent de plus en plus à livrer le produit sur des chantiers québécois.

De se faire rationner [de 50 %], c’est vraiment exceptionnel, indique un producteur de béton ayant plusieurs usines au Québec. Il a souhaité préserver son anonymat par crainte de représailles des cimentiers.

Il note que, malgré son prix élevé, le bois, on est encore capable d’en avoir, mais que le béton, on n’en a pas. Construction de maisons neuves, de condos, de bureaux et d’établissements du gouvernement, projets de transport en commun, travaux routiers ou d’aqueducs, réfections de trottoir, installation de piscines creusées, le béton est incontournable.

On est au début et je ne vois pas comment on va reprendre le dessus avant l’année prochaine.

Une citation de :Un producteur de béton

Pendant ce temps, ses clients réguliers ne peuvent plus construire, leurs échéanciers explosent et des pénalités leur pendent parfois au bout du nez.

Ce même producteur souligne que 40 % du ciment produit au Québec serait exporté. Je suis sûr qu’ils les ont augmentées [les exportations] aux États-Unis, un marché beaucoup plus payant qu’ici.

Des cimentiers peu bavards

Le Journal de Montréal rapportait mercredi que l’un des quatre cimentiers de la province, Ciment Québec, a prévenu ses partenaires que des commandes pourraient être reportées, faute de disponibilité.

Seule la Cimenterie McInnis a accusé réception de notre requête pour mieux comprendre le phénomène, mais elle nous a renvoyé à l’Association canadienne du ciment qui n’a jamais répondu à notre appel.

L’Association béton Québec, pour sa part, a aussi refusé de nous donner davantage d’informations, se limitant au fait que son industrie n’est pas à l’abri des impacts de la pandémie et des perturbations qu’elle a provoquées.

Certaines personnes interrogées dans le cadre de ce reportage ont indiqué que le lock-out à l’usine d’Ash Grove de Joliette depuis le 22 mai pourrait en partie expliquer la situation, ce qui s'ajoute au fait que l'entreprise devait normalement fermer deux de ses quatre fours ce mois-ci. Nous n’avons pas pu savoir pourquoi : silence radio de la part de la maison mère de l’entreprise, CRH Canada.

Lafarge Canada s’est aussi fait avare de réponses.

En créant cette rareté, ils étalent l’ouvrage dans le temps et les prix vont augmenter, croit le producteur de béton cité précédemment. Jusqu’ici, le coût du béton résistait à la flambée des prix des matériaux de construction.

Des prix appelés à augmenter

Le fournisseur de béton le plus important du Québec, Béton provincial, avance pour sa part être en mesure de maintenir la cadence grâce à la diversification de ses sources d’approvisionnement au Québec et à l’étranger.

On a des ententes et une capacité supérieure à l’année passée, affirme le vice-président Jean-François Dufour.

Parce que les affaires vont bien, M. Dufour est la seule personne à avoir accepté de témoigner ouvertement de l’état de ses activités. Les autres producteurs, tout comme les entrepreneurs en construction, craignaient de froisser les cimentiers ou leurs fournisseurs, de qui ils dépendent plus que jamais.

Un entrepreneur qui réalise notamment des projets de construction d’écoles dit par exemple avoir connu des annulations de livraison à moins de quatre jours d’avis. Il a alors dû payer jusqu’à 220 $ par mètre cube de béton, 60 $ de plus que normalement, auprès d’un plus petit fournisseur. Ça va nous causer des problèmes, soutient-il.

C’est rendu impossible de réserver du béton deux jours d’avance, illustre une autre entrepreneure. Il faut prévoir les commandes de béton sans même savoir si on sera prêt à l’utiliser à la date demandée.

Le dossier du béton s’envenime rapidement. En espérant une solution durable bientôt...

Une citation de :Une entrepreneure

Pour l’instant, la pénurie semble avoir des conséquences davantage sur les petits chantiers où les constructeurs s’approvisionnent auprès de fournisseurs de béton de moins grande envergure.

La Ville de Montréal affirme à ce sujet qu’il est plus difficile pour les entrepreneurs de s’approvisionner pour des projets qui nécessitent de petites quantités de béton, comme le remplacement d’une entrée de service en plomb, puisque les fournisseurs favorisent les plus gros projets. Aucun report de travaux ne serait prévu pour le moment.

Selon nos informations, de grands chantiers comme ceux du Réseau express métropolitain et de la Romaine d’Hydro-Québec parviendraient aussi à obtenir les livraisons attendues.

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