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Nombre disproportionné de morts d'enfants autochtones liées à aide à l'enfance de l’Ontario

Une jeune fille.

Des voix s'élèvent pour mieux protéger la jeunesse autochtone.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Les enfants autochtones sont vulnérables dans le système des sociétés d’aide à l’enfance de l’Ontario. Ceux-ci comptent pour 40 % des décès depuis le début de l’année.

Des 40 enfants liés à l'aide à l'enfance décédés en 2021, 16 sont membres d'une Première Nation, selon des données du Bureau du coroner en chef de l'Ontario obtenues par Radio-Canada.

Les enfants autochtones représentent pourtant 4 % de la population ontarienne, d'après le plus récent recensement.

Une porte-parole du coroner en chef précise que les enfants décédés ont bénéficié des services d'une société dans les 12 mois précédant leur mort et que leurs décès sont comptabilisés pour cette raison.

Les causes des décès ne sont toutefois pas précisées, puisque des enquêtes sont encore en cours.

Les sociétés d’aide à l’enfance sont un système colonial, qui n’a jamais été pensé pour les enfants autochtones, dénonce Sol Mamakwa, porte-parole néo-démocrate des relations avec les Autochtones. Il estime qu'elles ne sont pas adaptées aux besoins des Premières Nations.

De son côté, le ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires (MSESSC) assure être proactif dans le dossier. Il dit vouloir enrayer la surreprésentation des jeunes autochtones au sein du système d'aide à l'enfance.

La mort de tout enfant ou jeune est une tragédie.

Une citation de :Le ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires, par courriel

C’est la continuité du colonialisme

Pour saisir l’ampleur des défis auxquels fait face la jeunesse autochtone, il faut toutefois regarder en amont de la rivière, soutient Sol Mamakwa, qui siège pour la circonscription de Kiiwetinoong, dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Selon le député, les jeunes des communautés qu'il représente sont aux prises avec un ensemble de facteurs les propulsant vers le système d’aide à l’enfance.

Plusieurs d’entre eux vivent dans une communauté des Premières Nations n’ayant pas accès à l’eau potable. D’autres n’ont pas d’école secondaire dans leur communauté. D’autres, encore, vivent dans des logements surpeuplés.

C’est presque comme si on vit dans une autre province, complètement différente. C’est comme ça que le système nous traite. C’est la continuité du colonialisme.

Une citation de :Sol Mamakwa, député néo-démocrate de Kiiwetinoong et porte-parole en matière de relations avec les Autochtones
Le député autochtone s'est recueilli ce matin à Queen's Park, où des souliers ont été déposés à la mémoire des enfants.

Sol Mamakwa a décrit le système d'aide à l'enfance ontarien comme une « extension » des pensionnats autochtones.

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Au Canada, les enfants autochtones vivent effectivement dans des conditions plus difficiles que le reste de la population, selon les résultats de l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011.

Celle-ci indique que 38 % des enfants autochtones au Canada vivent dans la pauvreté, comparativement à un taux de 7 % chez les enfants non autochtones.

Ils sont aussi trois fois plus à risque d'avoir recours au suicide, selon Statistiques Canada.

Daniel Côté, professeur en service social autochtone à l’Université Laurentienne, souligne le bagage historique que doivent porter les enfants autochtones.

On ne peut pas juste regarder les décès entre 2013 et 2020, il faut regarder beaucoup plus loin, affirme-t-il.

Le professeur rappelle que les pensionnats ont séparé les Autochtones de leur famille et de leur culture. Daniel Côté soutient que plusieurs enfants souffrent de cet héritage et peinent encore à reconnecter avec leurs traditions.

Quand que ça fait 150 ans qu’on te dit que t’es pas bon, que t’es inférieur, que t'es de deuxième classe, ça prend du temps, t'en remettre.

Une citation de :Daniel Côté, professeur en service social autochtone à l'Université Laurentienne
Des souliers d'enfants et d'autres objets déposés à Queen's Park en mémoire des élèves morts au pensionnat autochtone de Kamloops.

Le professeur Daniel Côté espère que la prise de conscience provoquée par la découverte des restes de 215 enfants sur le terrain d'un pensionnat autochtone de Kamlooops entraînera des changements concrets dans la société.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Revoir le système d’aide à l’enfance

Au cours des huit dernières années, les enfants autochtones ont représenté en moyenne le quart des décès liés aux sociétés d’aide à l’enfance de l’Ontario. Plusieurs d'entre elles sont gérées par des membres des Premières Nations.

Pour le député Sol Mamakwa, le fait que certaines sociétés d’aide à l’enfance soient dirigées par des Autochtones n'est pas suffisant pour changer les choses, car elles doivent se soumettre à des politiques similaires aux autres agences.

L’Association des agences de services aux enfants et aux familles autochtones, qui regroupe la quasi-totalité des services d’aide à l’enfance autochtone de l’Ontario, a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada.

Le gouvernement provincial rappelle pour sa part avoir annoncé en 2020 un plan pour moderniser le système d'aide à l'enfance.

La lutte contre la surreprésentation des enfants et des jeunes des Premières Nations, des Inuits et des Métis dans les sociétés d'aide à l'enfance est au cœur de notre travail de refonte, indique le MSESSC par courriel.

Une plume dans un poing fermé.

Le ministère des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires s'engage à « effectuer le travail de longue haleine nécessaire » pour améliorer la situation.

Photo : The Canadian Press / Darryl Dyck

Plusieurs communautés autochtones de l’Ontario, sceptiques par rapport au système d’aide à l’enfance de la province, ont l’ambition de créer leurs propres lois à ce chapitre.

Certaines d’entre elles, comme les Nations indépendantes de Wabaseemoong, ont entamé des démarches en ce sens en vertu de la loi fédérale C-92.

Entrée en vigueur en janvier 2020, la loi fédérale reconnaît la compétence des peuples autochtones en ce qui a trait aux services à l’enfance et à la famille.

Cette loi fait partie des changements qui ont été mis en place par le gouvernement fédéral après avoir été accusé en 2016 de pratiques discriminatoires par le Tribunal canadien des droits de la personne.

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