•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tourisme autochtone : inciter les Canadiens à mieux « comprendre l’histoire du pays »

Les entreprises autochtones, dont plusieurs dépendent principalement des touristes étrangers, doivent attirer une clientèle locale cet été.

Un homme de dos en canot.

L'industrie du tourisme autochtone aura beaucoup de rattrapage à faire une fois les restrictions sanitaires levées, malgré une croissance importante de ses activités avant la pandémie.

Photo : Frank Antoine

Malgré les plans de réouverture au Canada, la saison estivale s’annonce difficile pour l'industrie touristique, en particulier pour les entreprises autochtones, qui dépendent principalement des touristes étrangers. La clientèle canadienne sera-t-elle au rendez-vous?

La famille de trois de Stéphanie Frippiat, qui habite près de Québec, prévoit un voyage de quelques semaines dans l’Ouest canadien cet été.

Intéressée depuis toujours par la culture autochtone, l'artiste d'origine belge aura la chance de découvrir les Premières Nations locales et de mieux connaître leur art.

De pouvoir les encourager et créer un lien, c’est quelque chose d’important, donc quand j’ai l’occasion de le faire, je le fais, dit-elle.

En raison des frontières internationales fermées et de la quarantaine obligatoire qui gardent la plupart des étrangers à l'écart, cette touriste canadienne risque d'être accueillie à bras ouverts, en Colombie-Britannique, par un secteur touristique en grande difficulté.

Des entreprises qui ciblaient les touristes internationaux

Avant la pandémie, les touristes étrangers constituaient plus de la moitié de l’achalandage touristique dans les entreprises autochtones au Canada, selon le directeur du marketing de l’Association touristique autochtone du Canada, Sébastien Desnoyers-Picard.

Sachant qu’ils dépensent beaucoup plus en cadeaux et en souvenirs que les touristes canadiens et que la durée de leur séjour est généralement plus longue, leur contribution économique est plus importante.

Il n’y a pas de cachette, l’été va être assez difficile pour toutes les entreprises touristiques au pays, constate M. Desnoyers-Picard.

La clientèle de Sea Wolf Adventures, située à Port McNeill, sur l’île de Vancouver, était composée à plus de 85 % de touristes internationaux avant la mise en place des premières restrictions sanitaires, en mars 2020.

Depuis, son propriétaire, Mike Willie, a dû renvoyer presque tous ses employés, et la situation inhabituelle rend toute prévision pour l’été difficile. Les touristes canadiens lui permettront, espère-t-il, de survivre financièrement à l’été.

Une plus-value recherchée par plusieurs

Membre de la nation Kwakwaka'wakw, il offre des excursions en bateau pour voir grizzlys, épaulards et baleines, mais aussi des sites culturels et d’anciens villages occupés autrefois par ses ancêtres et maintenant abandonnés.

Une plus-value recherchée par plusieurs, selon lui. Nous parlons de l’histoire autochtone, incluant son côté sombre, explique-t-il. Les gens ont soif de ce genre d’informations.

Deux bateaux côte à côte, avec la côte et des forêts derrière.

L'entreprise Sea Wolf Adventures offre des excursions dans les îles qui entourent la petite ville de Port McNeill, au nord de l'île de Vancouver.

Photo : Sea Wolf Adventures

Son travail est aussi pour lui et ses employés une manière de rester liés à leur territoire traditionnel.

Vous nous aidez à sortir et retourner dans ces rivières que nous n’avons pas visitées depuis longtemps à cause de la variole et des pensionnats, dit Mike Willie. Et ça fait maintenant partie de notre histoire, une histoire positive qui sort d’une histoire sombre.

Des événements tragiques qui donnent envie d’apprendre

Selon Sébastien Desnoyers-Picard, des événements récents comme la localisation de 215 emplacements pouvant contenir les restes d'enfants sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Kamloops amènent les gens à se poser des questions sur l’histoire des Premières Nations, des Métis et des Inuits au pays et sur leurs cultures.

Étant moi-même Autochtone, c’est sûr qu’on est dévasté par tout ça, dit-il. Mais je crois qu’il y a une meilleure sensibilisation et les gens veulent en apprendre davantage.

Le volet éducation va être la clé vers la réconciliation, croit M. Desnoyers-Picard. En aidant à mieux comprendre l’histoire du pays, le tourisme autochtone a un rôle à jouer là-dedans, selon lui.

Un grand bâtiment entouré d'un terrain de golf et de montagnes.

L'ancien pensionnat autochtone de St Eugene, à Cranbrook, en Colombie-Britannique, a été reconverti en hôtel et est géré par la nation Ktunaxa. Un centre interprétatif y relate l'histoire de l'endroit.

Photo : St. Eugene Mission Resort

Stéphanie Frippiat pense aussi que le tourisme peut aider à créer des liens entre Autochtone et Allochtones. Il faut créer les occasions de faire connaissance, d’être curieux, de poser des questions.

À travers le tourisme et d'autres activités du genre, c’est peut-être plus facile pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde [...] d’apprendre des choses d’eux et de mettre en valeur ces communautés, dit-elle.

Le moteur économique de plusieurs communautés

La présidente d’Indigenous Tourism BC, Brenda Baptiste, explique que les entreprises autochtones sont particulièrement vulnérables à un choc comme celui causé par la pandémie, en raison de leur petite taille et du fait qu’elles sont situées dans des lieux parfois éloignés et difficilement accessibles. Mais elles sont le moteur économique de plusieurs communautés autochtones, ajoute-t-elle.

C’est le cas à Port McNeill, note Mike Willie. Quand les visiteurs viennent, ils nous aident à développer nos compétences, à nous former et à employer des gens de notre peuple, explique-t-il.

Les subventions et fonds de relance des gouvernements sont essentiels à la survie des petites entreprises, dit Brenda Baptiste, mais ils ont surtout servi à garder les lumières allumées et à payer les factures.

Il y aura donc beaucoup de rattrapage à faire une fois la pandémie et les restrictions sanitaires derrière nous, constate-t-elle.

L’organisme qu’elle dirige s’est fixé comme objectif que d’ici 2024, le tourisme autochtone retrouve son niveau de 2019. Nous sommes résilients et nous sommes capables de nous réorienter : regardez notre histoire, conclut-elle.

Ailleurs sur le web :

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !