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Six jeunes Autochtones récompensés par l’Ontario pour leur création littéraire

En avant-plan, un livre ouvert devant une bibliothèque bien remplie.

Une somme de 2500 $ est remise à chaque lauréat du prix James Bartleman.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Mya Dixon, de la Première Nation de Sandy Lake, avait 17 ans quand elle a soumis sa dissertation au concours James Bartleman. Elle et cinq autres jeunes Autochtones ont reçu en récompense 2500 $ chacun pour leur création littéraire : nouvelles, dissertation, poèmes en prose. Une somme qui, dit Mya Dixon, lui a permis de payer « deux mois de loyer ».

Remporter le prix James Bartlemen fut toute une surprise pour Mya. Je n’y croyais pas au début. Je ne me souvenais même pas avoir participé à ce concours, dit-elle.

Le prix James Bartleman a été créé par le gouvernement de l’Ontario pour rendre hommage aux efforts de James Bartleman pour encourager la littératie chez les jeunes Autochtones. Cette année, Mya ainsi que Denyce Sandy, Mikaela Allen, Ariel Wendling, Kaylem Daybutch et Pearson Meeseetawageesic sont les lauréats. James Bartleman a été le 27e lieutenant-gouverneur de l’Ontario, de 2002 à 2007. Il était aussi le premier Autochtone à occuper cette fonction.

Mya Dixon est assise sur un rocher. Elle sourit les yeux baissés vers le sol. En arrière-plan, apparaît au loin la silhouette de montagnes et l'eau de lac tel un océan.

Mya Dixon a 20 ans. Pour elle, l'écriture est une catharsis.

Photo : Mya Dixon

Mya Dixon a remporté le prix dans la catégorie élève sénior habitant dans une communauté accessible par avion. Elle a écrit son texte lorsqu’elle était au secondaire. Aujourd’hui, Mya est mère d’une petite fille d’un an et suit un programme d’Études autochtones à l’Université Lakehead. Elle pense peut-être devenir journaliste et se dit qu’elle n’aurait pas de mal à raconter les histoires des autres parce qu’elle n’hésite pas à raconter la sienne.

Au prix James Bartleman, elle a soumis une histoire vraie, la sienne. Elle y parle de sa tentative de suicide. Et même si aujourd’hui, tout va bien, dit-elle, les mots qu’elle a mis sur papier lui ont permis de comprendre ses émotions, de guérir ses maux.

Je communiquais avec moi-même parce que c’était difficile pour moi de parler aux gens qui voulaient m’aider, dit-elle.

Lorsque j'ai essayé de me suicider, j'ai été réconfortée par le chant des oiseaux alors que je commençais à être très désorientée. Je ne peux pas dire si c'était les drogues ou simplement mon esprit qui souffrait à l'intérieur de moi à cause de mes actions. Ce n'était pas mon heure et ces oiseaux m'ont donné la force de demander de l'aide alors que j'avais l'impression que personne ne m'écoutait. Le chant des oiseaux et le coucher du soleil m'ont donné la force de courir pour trouver de l'aide…

Extrait traduit de l’anglais du texte de Mya Dixon, 2018

Mya explique que ce prix lui rappelle qu’elle avait oublié qu’elle est capable de réussir et d’estimer ses réalisations.

Dans la peau de Mikaela, anichinabée

Mikaela Allen partage son expérience en tant qu’Anichinabée. Elle parle entre autres de son amour pour sa famille, des pratiques de chasse, des rituels de guérison, de la stigmatisation dont sa communauté est victime. Elle compare les pensionnats autochtones aux Sociétés d’aide à l’enfance.

Mikaela avait 10 ans quand elle a écrit et soumis sa dissertation au concours James Bartleman. J’aurai 14 ans le mois prochain , explique-t-elle tout en exprimant sa joie d’avoir reçu un prix. J’étais surprise, en choc. Je ne m’attendais pas à ça du tout, dit-elle.

Par ailleurs, Denelle Balfour, des relations médias du gouvernement, explique que les délais de remise des prix lauréats de 2018 et 2019 sont entièrement dus à la pandémie.

Mikaela est lauréate dans la catégorie élève junior n’habitant pas dans une communauté accessible par avion ni dans une réserve.

Rhonda Burrows, mère de Mikaela, affirme avoir ouvert le premier compte en banque de sa fille avec l’argent du prix que cette dernière a remporté. Cela a eu un impact positif sur elle et continuera à encourager son indépendance et son écriture expressive, nous écrit-elle.

À mon école, mon professeur a emmené ma classe en voyage à Pikwakanagan, à Golden Lake. C'était amusant. Nous avons fabriqué des sacs à médicaments. Les sacs à médicaments servent à guérir. Ils sont un remède pour notre cœur et notre âme.

Lorsque nous fabriquons un sac à médicaments pour le porter, cela guérit nos cœurs, mais existe-t-il un sac à médicaments suffisamment fort pour guérir nos communautés?

La santé mentale, un sujet important pour les lauréats

Ariel Wendling dit être à la fois surprise et reconnaissante à l’annonce de sa nomination en tant que lauréate. Dans sa dissertation, elle aborde la santé mentale. Ariel a soumis sa dissertation il y a trois ans de cela. Elle explique que c’est encore un sujet d’actualité dans le contexte de la pandémie. La santé mentale est un sujet qui me tient à cœur, dit-elle.

Ariel Wendling sourit à la caméra.

Ariel Wendling est la lauréate de la catégorie élève sénior n’habitant pas dans une communauté accessible par avion ni dans une réserve.

Photo : Ariel Wendling

Ariel étudie actuellement en biologie biomédicale et affirme avoir peu de temps pour écrire.

Une personne peut souffrir de la même maladie mentale que n’importe qui d’autre, mais peut présenter des symptômes très différents. Cela est dû à la façon dont chaque individu vit sa vie. Leurs culture, croyances, morale et personnalité déterminent également la manière dont la maladie les touche. Les gens peuvent vivre leur vie et considérer leur maladie comme un défi et cette prise de conscience est une étape positive dans leur combat...

Pour combattre la maladie mentale, nous devons accepter nos différences.

Extrait traduit de l’anglais de la dissertation d'Ariel Wendling, 2018

Ariel n’est pas la seule à avoir abordé le sujet de la santé mentale.

Kaylem est assis devant un écran d'ordinateur et regarde au loin, la tête appuyée contre sa main.

Kaylem dit que, quoique n’ayant aucun diagnostic précis, il a déjà été confronté à des difficultés liées à sa santé mentale.

Photo : Kaylem Daybutch

Kaylem Daybutch, de la Première Nation de Mississauga à Sault Ste-Marie, lauréat de la catégorie élève sénior habitant dans une réserve, a écrit une nouvelle décrivant la journée de Grayson, un personnage atteint de schizophrénie.

Celui-ci sort d’une visite chez sa psychiatre pour ajuster les doses de ses médicaments. En chemin, il rencontre divers personnages dont certains se trouvent être des hallucinations. Des hallucinations qui ne deviennent évidentes pour le lecteur que vers la chute de la nouvelle.

Kaylem explique qu'il a soumis son texte sans penser un seul instant qu’il serait gagnant. Il a encore du mal à le croire. Cela paraît irréel pour moi, dit-il.

Je me suis demandé à quel point je devrais être fier de moi. Est-ce que j’ai juste été chanceux?

Une citation de :Kaylem Daybutch

Je suis sûr qu’il y a beaucoup d’autres écrivains plus fabuleux que moi, confie-t-il. Il affirme avoir fait beaucoup de recherches avant d’écrire sa nouvelle afin de ne pas augmenter la stigmatisation envers les personnes atteintes de maladie mentale.

Ce n'est pas possible! J'ai tenu sa main! Je l'ai sentie! Elle est réelle alors qu'il commence à déchirer son carnet.

Je suis désolée Grayson, c'est juste une hallucination.

Grayson s'effondre. Sanglotant de façon incontrôlable, Eliza pose sa main sur son épaule.

Je sais que ça fait mal, Grayson, je sais que ça fait mal.

Il fut un temps où ça ne faisait pas mal. Un temps où tout était tellement plus simple.

Je suis désolée Grayson, je suis tellement désolée.

Extrait traduit de l’anglais de la nouvelle, Il fut un temps, écrit par Kaylem Daybutch, 2018

Kaylem est en troisième année à l’université. Il a entrepris des études en travail social avant de s’inscrire au programme de sociologie de l’Université d’Algoma à Sault-Ste-Marie. Durant la pandémie, il s’amuse surtout à écrire et à créer de la musique avec ses quatre colocataires, raconte-t-il.

De son côté aussi, Denyse Sandy a écrit son texte sans se douter qu'elle pourrait gagner. Elle a remporté le prix dans la catégorie élève junior habitant dans une réserve. Pour Denyse, l’écriture est un passe-temps. Elle pense faire une carrière dans le domaine de la construction plutôt que comme écrivain. Comme beaucoup de membres de ma famille, dit-elle.

Denyse sourit à la caméra.

Denyse a confié sa récompense de 2500 $ à ses parents. Elle se demande comment utiliser cet argent.

Photo : Shelly Sandy

Les jeunes intéressés peuvent poser leur candidature au prix James Bartleman jusqu’au 30 juin 2021.

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