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Les blessures des Atikamekw de la Mauricie ravivées par les découvertes à Kamloops

Un homme regarde par la fenêtre.

Le reportage de Sarah Désilets-Rousseau

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La découverte des restes de 215 enfants à l'ancien pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique, a ravivé bien des souvenirs chez les Atikamekw de la Mauricie. D’anciens pensionnaires de Pointe-Bleue, arrachés à leur famille à Wemotaci à cinq et six ans, témoignent des blessures encore vives. Pour eux, avant de parler de réconciliation, il faut d’abord reconnaître ce qui s’est passé.

Marcel Pitikwe avait six ans quand il a quitté sa famille pour aller au pensionnat. Quand je suis revenu, je refusais de me faire prendre dans les bras de mes parents, raconte avec émotion le résident de Wemotaci.

En plus de ne pas pouvoir parler leur langue, Marcel Pitikwe se souvient des mauvais traitements et des abus sexuels. Quand t'as 6 ans, t'as jamais parlé français, tu comprends rien. Tu réclames tes parents. Ça pleurait fort dans les dortoirs, on pleurait quasiment toute la nuit. On recevait des coups de strappe, des coups de pantoufles sur la tête.

Il affirme que ses parents n’avaient pas le choix de le laisser partir. Ils étaient menacés, explique-t-il.

Séparée de ses frères

Quant à Carmen Petiquay, elle était accompagnée de ses deux frères lors du voyage. Puis ma mère avait dit au plus vieux : "Veille sur ta soeur". C'est ce qu'il a fait tout le long, se souvient-elle. Mais à leur arrivée, les garçons et les filles étaient séparés. Son grand frère n'a pas pu continuer de la protéger.

Une femme assise près d'un lac en été.

Carmen Petiquay cherche encore à guérir des traumatismes vécus au pensionnat.

Photo : Radio-Canada

Elle ne sait pas quand elle pourra guérir des traumatismes qu’elle a vécus. Je pense que ça va toujours rester là. Pour moi en tous cas, ça partira pas. Aujourd'hui encore, avec tout ce qui se passe, c'est venu me chercher. Ça me faisait pleurer.

Une année pour être changée à jamais

Denise Coocoo vit avec les mêmes souvenirs. Une année a suffi pour me changer. J'étais devenue... je n'étais plus pareille après la première année. J'étais devenue même colérique. J'étais fâchée après mes parents.

Une femme à l'extérieur devant un bâtiment de briques en été.

Denise Coocoo raconte avec émotion la blessure que sa mère a dû vivre de la laisser partir.

Photo : Radio-Canada

C'est à sa mère que pense Denise Coocoo quand elle relate ses souvenirs. Moi, je me dis souvent que ma mère n'est jamais revenue de ça. La peine qu'elle a eue, elle l'a eue jusqu'à la fin. Je pense qu'elle est morte avec ça, dit-elle la gorge nouée.

Guérir d’abord, réconcilier ensuite

Si la découverte des restes d'enfants à Kamloops a pu éveiller les Canadiens à cette sombre page de leur histoire, il est encore trop tôt pour la réconciliation des peuples, estime Denise Coocoo. On ne peut pas laisser continuer puis dire qu'on peut parler de réconciliation quand il y a des choses de pas mises sur la table, explique-t-elle.

J'espère que tout ça, c'est pas pour rien. J'espère que le racisme systémique soit reconnu par le gouvernement du Québec, parce que moi, c'est important pour moi la reconnaissance qu'il y a un racisme systémique au Canada. Je l'ai vécu avec les pensionnats, affirme Denise Coocoo.

Marcel Pitikwe croit que le gouvernement doit d’abord reconnaître ses torts. Ça, c'est plus important. Après, on va pouvoir discuter de réconciliation avec eux autres.

Un homme autochtone assis tenant un wampum.

Marcel Pitikwe a créé un wampum, une ceinture perlée, pour illustrer la réconciliation.

Photo : Radio-Canada

L’Atikamekw garde tout de même espoir. Peut-être que je ne verrai pas la réconciliation entre deux peuples, autochtones et allochtones. Mais je l'espère pour nos descendants, affirme-t-il en montrant son wampum de la réconciliation.

D'après le reportage de Sarah Désilets-Rousseau

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