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Analyse

Fin de session au Parlement de Québec : la COVID-19 qui fait déborder le vase

François Legault répondant aux questions lors d'une conférence de presse, avec Horacio Arruda à l'arrière-plan.

Le premier ministre Francois Legault avec le directeur national de santé publique, Horacio Arruda

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Il n’y a pas que dans les cégeps et les universités qu'on termine la session avec l’espoir d’enfin tourner la page sur la pandémie. En quittant l’Assemblée nationale cette semaine, plusieurs députés espèrent qu’ils pourront enfin dire adieu au régime d’exception imposé par la COVID-19 depuis plus d’un an.

Évidemment, il est encore trop tôt pour dire si la rentrée parlementaire sera normale cet automne. Mais déjà, on entend dans les partis qu’il serait difficile, voire impossible, d’accepter que les règles soient plus strictes pour les élus que dans les autres sphères de la société.

Aucun député ne regrettera la tyrannie du virus, mais c’est surtout dans l'opposition que le trop-plein de la COVID-19 se fait sentir. Parce qu’il faut bien le dire, pour le gouvernement, le régime pandémique comporte quand même certains avantages.

Service minimum

Rappelons que le Parlement au temps de la COVID-19, c’est 37 députés au Salon bleu, et un premier ministre présent aux périodes de questions seulement deux jours sur trois (ou deux sur quatre lors des semaines de travaux intensifs). C’est aussi une disette de contacts entre les journalistes et les élus.

Ce que ça veut dire, c’est que depuis un an, il n’y a plus ou presque plus de mêlées de presse avec les ministres. Quand un élu veut s’adresser aux journalistes, il les convoque et se présente au micro, à bonne distance. Une pratique qui, on s’en doute, n’a rien pour indisposer le conseil des ministres, qui peut contrôler le message et éviter les sujets glissants.

François Legault a beau répéter qu’il est un exemple de transparence et de disponibilité, il n’empêche qu’il répond généralement aux questions des médias deux fois par semaine, durant deux séances allant de 20 à 60 minutes, qui comprennent la déclaration d’introduction et les échanges avec la presse anglophone. C’est bien moins qu’avant la pandémie, ou même qu'au pire de la crise l’an dernier. De leur côté, les partis d'opposition ont droit au même nombre de séances pour questionner le premier ministre, qui leur répond avec moins de détails, et un peu plus de verbiage.

Et évidemment, lorsqu’il s’adresse aux médias, la plupart du temps, le chef caquiste est flanqué de la santé publique pour faire le point sur la COVID-19, pour présenter son plan de match COVID-19, pour répondre aux questions sur la vaccination contre la COVID-19, et pour se féliciter du recul de la COVID-19.

Un collègue rappelait par ailleurs que, quand ça se corse, le gouvernement peut toujours se rabattre sur la santé publique, ce qu’il ne s’est pas privé de faire. Une consigne est mal accueillie ou paraît incohérente? C’est la faute du Dr Arruda!

Casse-tête pour l’opposition

Cela a déjà été dit : pas facile pour les adversaires du gouvernement de se démarquer durant la pandémie. On n'en a que pour les enjeux de santé, et le gouvernement est seul à prendre les décisions qui intéressent véritablement la population.

Ce dont on a moins entendu parler en revanche, c’est de la lourdeur logistique que représente le régime COVID-19 au Parlement. C’est le cas par exemple quand les partis veulent questionner le gouvernement en chambre sur les dossiers chauds, mais que les ministres sont triés sur le volet pour respecter le quorum.

Les règles de la COVID-19 sont un bon prétexte pour éviter de présenter Pierre Fitzgibbon au Salon bleu quand la commissaire à l’éthique vient de déposer un rapport accablant sur son compte. Ou Andrée Laforest quand les oppositions veulent parler de la crise du logement.

Combien de députés j’ai entendu se plaindre de s’être déplacés à Québec pour rien… parce qu’il n’a pas pu poser de question sur son dossier, parce que le ministre n’était pas là, déplore un élu, qui espère éviter les mêmes maux de tête à la rentrée.

Un nécessaire retour à la vie normale

Je prie tous les jours pour qu’on ne soit pas en COVID-19 en septembre, lance un stratège politique qui admet qu’une quatrième vague ne serait pas loin de la catastrophe pour les partis d’opposition. Il est d’avis qu’en pleine année préélectorale, il n’en faudrait pas beaucoup plus pour assurer la réélection de la CAQ. Le peuple tend à se ranger derrière le chef en temps de crise.

Évidemment, si la santé publique impose un nouveau régime COVID-19 aux élus, tout le monde devra prendre son mal en patience. Mais dans le cas contraire, il est clair dans l’esprit de tout un chacun que l’entente actuelle sur le fonctionnement du Parlement ne tiendra plus.

Ni le PLQ, ni QS, ni le PQ n’accepteront que le gouvernement fasse du zèle avec un virus qui a le dos large. Pas question que les règles soient plus strictes pour nous que pour les étudiants du cégep, nous répètent à peu près dans les mêmes termes autant les élus que les conseillers des partis d’opposition. Si la rentrée est normale dans les établissements d’enseignement, ça devrait être la même chose à l'Assemblée nationale.

Si le gouvernement se laisse quand même tenter par la voie des règles strictes, ce qui est peu probable, la résistance sera farouche. La CAQ pourrait aussi devenir son pire ennemi un an avant le scrutin d’octobre 2022.

Comme le rappelait une source, aux yeux du public, un bon père de famille en temps de crise prend rapidement des allures paternalistes avant les élections.

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