•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Don du Soleil : les Nordiques lancent et comptent aux archives de la Ville!

Guy Lafleur vient de marquer pour les Nordiques lors d'un match contre les Canucks de Vancouver au Colisée, en novembre 1989. Il file en levant le bras en l'air en signe de victoire, alors que les Canucks derrière peinent à suivre le rythme.

Guy Lafleur vient de marquer pour les Nordiques lors d'un match contre les Canucks de Vancouver au Colisée en novembre 1989.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Gilles Lafond / Tous droits réservés

Grâce au don d'archives du journal Le Soleil, conclu en mars, la collection d’images de la Ville de Québec vient de doubler d’un coup! Ce legs majeur de près de 500 000 photos enrichira considérablement certains secteurs peu documentés par la Ville, comme la politique québécoise, les grands événements... et le hockey!

L’idée d’acquérir le fonds du Soleil aura mûri deux ans avant de se concrétiser. Elle avait été lancée par la Ville en 2019.

Dans certains fonds, on s’attend au jackpot et on trouve peu d’images. Là, l’intérêt était certain. Et on savait que les gens du Soleil étaient intéressés. On a tendu la perche et rédigé le contrat, confie Jérôme Bégin, qui dirige la gestion des archives à la Ville de Québec.

Un homme dirige un chariot élévateur dans un entrepôt de boîtes d'archives.

L'entrepôt d'archives de la Ville de Québec à D'Estimauville.

Photo : Radio-Canada

Un train de boîtes de 160 mètres!

Le dépôt temporaire s'est fait l’été dernier, en plein confinement.

Au Soleil, les documents étaient dans des étagères, dans des enveloppes individuelles. On a fourni les boîtes, 473 en tout, explique Jérôme Bégin.

Elles ont ensuite pris le chemin de l’entrepôt de la Ville, situé à D’Estimauville.

Les boîtes sont arrivées par camion, empilées sur des palettes. Heureusement tout était classé en ordre alphabétique. Si on avait mis les boîtes bout à bout, ça représentait un train de près de 160 mètres!

Une citation de :Jérôme Bégin, directeur de division, gestion documents et des archives, Ville de Québec
Des kilomètres de boîtes d'archives sont conservées à l'entrepôt de la Ville de Québec.

Des kilomètres de boîtes d'archives sont conservées à l'entrepôt de la Ville de Québec.

Photo : Radio-Canada

La collection de la Ville était essentiellement centrée sur la vie municipale. Son spectre vient de considérablement s’élargir.

Les photos et diapositives léguées par Le Soleil couvrent les années 1969 à 2002 et touchent tous les sujets d’actualité imaginables. Difficile d’en échapper un seul avec tous ces documents, s’exclame l'archiviste David Tremblay, visiblement ravi.

Ce qui est le fun, c’est de découvrir tout ce qu’on aura désormais sur les mouvements sociaux, la politique québécoise et les grands événements. Et aussi sur les Nordiques!

Une citation de :David Tremblay, archiviste à la Ville de Québec
Alain Côté et Guy Lafleur lors d'un affrontement Canadien-Nordiques au Colisée en 1984. Côté tente d'entraver Lafleur avec son bâton, et Lafleur file cheveux aux vents le regard fixé droit devant lui.

Alain Côté et Guy Lafleur lors d'un affrontement Canadien-Nordiques au Colisée en 1984

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Gilles Lafond / Tous droits réservés

Lafleur compte pour les Nordiques!

À voir les premières photos numérisées par la Ville, un constat s’impose : les fans des Nordiques vont se régaler. La collection du Soleil comprend des bijoux, dont plusieurs photos de Guy Lafleur, cheveux au vent, patinant pour l’équipe de Québec, avec qui il a passé les deux dernières années de sa carrière.

Guy Lafleur jouant pour les Nordiques contre les Canucks de Vancouver en 1989 - on est en pleine action devant le filet, le gardien des Nordiques vient de faire un arrêt à plat ventre devant son filet.

Guy Lafleur en action avec les Nordiques lors d'un match contre les Canucks de Vancouver au Colisée, en 1989

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Gilles Lafond / Tous droits réservés

On comprend ce qui lui a valu le surnom de démon blond! analyse Marc Durand, journaliste sportif et président de la Société d’histoire du sport de la capitale nationale.

Guy Lafleur patinant pour les Nordiques en 1991.

Guy Lafleur patinant pour les Nordiques en 1991

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil

Lafleur aura fait partie des derniers joueurs autorisés à jouer sans casque, rappelle Durand. Il y avait un droit acquis pour les joueurs qui n’en portaient pas. Un règlement auquel les jeunes joueurs ne pouvaient plus déroger.

Guy Lafleur honoré lors de son dernier match avec les Nordiques au Colisée, en 1991, avec son fils Martin, sa femme, Lise Lafleur, et la chanteuse Ginette Reno. Ginette Reno tient son micro et Lise tient un bouquet de fleurs.

Guy Lafleur honoré lors de son dernier match avec les Nordiques au Colisée, en 1991. Il est en compagnie de son fils Martin, de sa femme, Lise Lafleur, et de la chanteuse Ginette Reno.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Raynald Lavoie / Tous droits réservés

Après avoir entamé sa carrière dans la capitale avec les As, puis les Remparts, c’est à Québec qu’il jouera son dernier match, avant de se retirer dans l’uniforme des Nordiques. Une belle façon de boucler la boucle.

L'hommage à Lafleur à l'occasion de son dernier match au Colisée avait été assez intense. Ginette Reno avait chanté. La foule applaudissait à n’en plus finir. Sa femme était à ses côtés, et aussi son fils, Martin, qui a continué de gérer sa carrière par la suite.

Une citation de :Marc Durand, président, Société d'histoire du sport de la capitale nationale

Accueil triomphal pour les Stastny

L’arrivée d’Anton et Peter Stastny à l’aéroport de Mirabel, auprès d'un Gilles Léger fumant le cigare et un Marcel Aubut rayonnant, fait aussi partie des joyaux de la collection.

Arrivée d'Anton et Peter Stastny à l'aéroport de Mirabel, en août 1980, avec Gilles Léger et Marcel Aubut, de l'organisation des Nordiques. Léger fume un gros cigare. Aubut a l'air ravi. Tout le monde a l'air heureux et triomphant et lève les bras en signe de victoire.

Arrivée d'Anton et Peter Stastny à l'aéroport de Mirabel, en août 1980, avec Gilles Léger et Marcel Aubut.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Jacques Deschênes / Tous droits réservés

Leur arrivée chez les Nordiques — sans leur frère Marian, qui les rejoindra un an plus tard — a donné un essor considérable à l’équipe.

Anton et Peter Stastny derrière la bande, à leurs débuts avec les Nordiques, en 1981.

Anton et Peter Stastny à leurs débuts avec les Nordiques, en 1981

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Jean-Marie Villeneuve

Voler deux jeunes joueurs bourrés de talent à la Tchécoslovaquie, c’était un coup majeur. Et on le devait essentiellement à Léger, rappelle Durand.

Léger avait orchestré le même genre d’opération pour Nedomansky et les Toros de Toronto quelques années plus tôt. Il a fait sortir les Stastny avec le même genre de stratagème après son embauche par les Nordiques.

Une citation de :Marc Durand, président, Société d'histoire du sport de la capitale nationale.

Une autre photo des frères Stastny, tout sourires et peu vêtus dans le vestiaire, après une victoire de 8 à 4 contre les Whalers, vaut aussi son pesant d’or. M. Durand fait remarquer l’équipement léger, pêle-mêle, derrière eux. Ce n’était pas les armures d’aujourd’hui, observe-t-il.

Peter, Marian et Anton Stastny dans le vestiaire des Nordiques après une victoire contre les Whalers, en 1984. Les frères tiennent chacun une rondelle, ils ont gagné 8 à 4 contre les Whalers. Peter et Marian exhibent des pectoraux triomphants et sont tout sourires avec leur frère plus vêtu.

Peter, Marian et Anton Stastny dans le vestiaire des Nordiques après une victoire contre les Whalers, en 1984

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / André Pichette

L’accès au vestiaire est plus restreint aujourd’hui. Et c’est encore pire avec la pandémie, où les gars viennent répondre aux questions d’après-match à un lutrin. Espérons un retour prochain à la normale.

Une citation de :Marc Durand

Ron Fournier, du temps où il était arbitre

Avant d’animer une tribune téléphonique et de devenir un personnage fétiche de l’émission À la semaine prochaine, sur les ondes d’ICI Première, Ron Fournier aura donné son 110 % en tant qu'arbitre, comme le rappelle une autre photo.

On y voit aussi un Peter Stastny au sommet de son art.

Peter Stastny brille sur la glace sous l'arbitrage de Ron Fournier lors d'un match contre les défunts North Stars du Minnesota, en 1985

Peter Stastny brille sur la glace sous l'arbitrage de Ron Fournier lors d'un match contre les défunts North Stars du Minnesota, en 1985.

Photo : Archives Ville de Québec / Fonds Le Soleil / Jean Vallières

Les Nordiques affrontaient les North Stars du Minnesota, qui n’existent plus. Ils ont été remplacés par le Wild. Et dans les buts, on reconnaît Gilles Meloche, un des très bons gardiens du Québec, mais qui jouait toujours pour les mauvaises équipes.

Une citation de :Marc Durand

Du bon temps pour les amateurs de politique québécoise

La collection du Soleil permet également de revivre les grands enjeux politiques de la fin du 20e siècle, y compris quelques solides affrontements syndicaux. Un gros plus pour la collection de la Ville, souligne l’archiviste David Tremblay.

Avec le front commun, en 1972, plus de 200 000 syndiqués de tous les secteurs étaient tombés en grève générale illimitée.

Manifestation du front intersyndical devant le parlement en 1972. « 210 000 unis », clament les banderoles. Les gens sont nombreux et motivés, ils scandent des slogans.

Manifestation du front intersyndical devant le parlement en 1972

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil /

Les écoles, les hôpitaux, les chantiers de construction, tout le monde était touché. Les chefs syndicaux de la FTQ, de la CEQ et de la CSN avaient même été emprisonnés à Orsainville.

Une citation de :David Tremblay, archiviste à la Ville de Québec
Manif du front intersyndical devant le parlement, en 1972. « On ne se fera pas passer un Labrador », clame la banderole déployée par les manifestants.

« On ne se fera pas passer un Labrador », clame la banderole du front intersyndical, en manif devant le parlement en 1972.

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil

Des images précieuses des deux référendums sont aussi sorties des boîtes. Lors du deuxième, en 1995, on était passé à la couleur.

Lucien Bouchard serrant la main à Jacques Parizeau dans le camp du oui, lors du référendum de 1995. Les deux affichent un air réjoui et victorieux.

Lucien Bouchard serrant la main à Jacques Parizeau dans le camp du oui, lors du référendum de 1995.

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Jocelyn Bernier

Encore aujourd’hui, les photos gardent toute leur charge émotive.

Chargement de l’image

Le camp du non célèbre sa victoire, le soir du référendum de 1995.

Photo : Archives Ville de Québec /Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Raynald Lavoie

La défaite du camp du oui, par une mince marge de 54 000 votes, aura laissé un goût si amer aux partisans que beaucoup ne s’en sont jamais vraiment remis.

L’été sous le signe des grands événements

Dans sa fouille des enveloppes, la Ville a aussi profité du retour de l’été pour débusquer quelques bonnes photos de la Saint-Jean, dont une montrant René Lévesque en train d’allumer le traditionnel feu de joie sur les plaines d’Abraham.

Chargement de l’image

Le premier ministre René Lévesque en train d'allumer le grand feu de la Saint-Jean sur les plaines, en 1980.

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Gilles Lafond

Le Festival d'été n'est pas en reste. Une photo mémorable montre des gens juchés sur les toits de la Grande Allée durant un spectacle de Corbeau, présenté alors que la police était clairement en grève, durant l’été 1983.

On peut imaginer les cris de la foule quand Marjo a entonné Illégal, rigole l’archiviste David Tremblay.

Chargement de l’image

Les gens ont envahi les toits durant le spectacle de Corbeau présenté au Festival d'été de Québec en juillet 1983.

Photo : Archives Ville de Québec /Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Jean-Marie Villeneuve

Bien sûr, la photo serait impensable aujourd’hui. Non seulement à cause des mesures de sécurité, mais parce que les arbres sont devenus beaucoup plus haut dans le secteur, fait observer l’auteur du cliché, le photographe Jean-Marie Villeneuve.

Chargement de l’image

Les fans s'entassent dans le Vieux-Québec lors d'un spectacle du Festival d'été en 1977.

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil

Des dons en progression constante

Avant l’arrivée des nouvelles boîtes du Soleil, la collection de la Ville comptait déjà 400 000 documents visuels, dont une quantité impressionnante de cartes, de plans et de photographies. Ses bases remontent à la création de la mairie, en 1833. On y a regroupé les archives des villes fusionnées à Québec au fil du temps.

Jusqu’en 2005, les dons ont connu une progression constante, mais ils semblent s’être accélérés depuis 2008, comme si les Fêtes du 400e avaient réveillé l’intérêt patrimonial, constate Jérôme Bégin, directeur des archives de la Ville.

On a régulièrement des appels. Et on a un bon réseau d’acteurs patrimoniaux qui nous informent, précise-t- il.

La mission du rayonnement

L’un des vœux du Soleil avec ce legs d’archives est de les voir rayonner.

Chargement de l’image

La foule est au rendez-vous sur les plaines d'Abraham le soir de la Saint-Jean en 1980.

Photo : Archives Le Soleil / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Gilles Lafond

On en avait parlé avec le directeur général du Soleil, Gilles Carignan. Voir toute cette masse inerte de documents inutilisés, ça lui brisait le cœur.

Une citation de :Jérôme Bégin, directeur de division, gestion documents et des archives, Ville de Québec

Le service des archives s'est donc lancé dans une course à la numérisation pour rendre les images accessibles au plus grand nombre. D’autant plus que les photos sont, de loin, les documents les plus populaires — et les plus partagés — sur le site de la Ville.

Chargement de l’image

Guy Lafleur signant avec les Nordiques en 1989 pour ses dernières années en carrière, avec Michel Bergeron, Martin Madden et Marcel Aubut.

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Yvon Mongrain

On est bien conscients de la valeur d’un fonds de photos. Ça représente plus de 90 % des demandes qu’on reçoit, autant des journalistes que des amateurs d’histoire, ou des auteurs de livres.

Une citation de :Jérôme Bégin, directeur de division, gestion documents et des archives, Ville de Québec

Sitôt traitées, les images deviennent accessibles sur le moteur de recherche des archives en ligne. Elles sont accessibles sur demande en haute définition, mais la basse définition est gratuite.

À la numérisation en cours s’ajoute une mission exigeante : celle du tri.

Chargement de l’image

René Lévesque discourant cigarette à la main, durant une année électorale difficile pour le Parti québécois, en 1973

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Jacques Deschênes

Il faut comprendre que ce sont des images journalistiques. Elles n’ont pas toutes la même valeur ni la même pertinence historique. C’est sûr et certain qu’on ne gardera pas tout.

Une citation de :David Tremblay, archiviste à la Ville de Québec
Chargement de l’image

Bernard Landry défendant son ambitieux plan de développement économique auprès de son chef, René Lévesque, en 1979

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Raynald Lavoie

Les nombreuses photos issues des agences de presse sont écartées d’emblée, la Ville n'en possédant pas les droits.

Pour être sélectionnées, elles doivent aussi avoir un lien avec Québec.

Une image de la tour Eiffel a donc peu de chances de se faufiler dans la collection de la Ville, à moins qu’un maire ou un artiste de la capitale ait été photographié devant pour une mission à l’étranger.

La Ville se donne deux ans pour terminer la numérisation de toutes les photos dignes d’intérêt. Qu’on pense à la crise d’octobre, à la visite du pape, aux innombrables faits divers qui ont marqué l’actualité… Les boîtes sont loin d’avoir révélé tous leurs secrets!

Chargement de l’image

Lafleur saluant la foule après son dernier match en carrière, dans l'uniforme des Nordiques, au Colisée, le 31 mars 1991

Photo : Archives Ville de Québec / Tous droits réservés / Fonds Le Soleil / Raynald Lavoie

Quant aux photos postérieures à 2002, elles demeurent la propriété du Soleil. Relevant de l’ère numérique, elles ne posent plus les mêmes défis d’entreposage ou de gestion, comme c’était le cas pour les diapos et les tirages photographiques d’autrefois.

Sources :

  • Jérôme Bégin, directeur de division, gestion des documents et des archives, Ville de Québec
  • David Tremblay, archiviste, Ville de Québec
  • Nina Ouellette, technicienne en documentation, Ville de Québec

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !