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La téléphonie mobile : un virage payant en région éloignée

Même s’il y a longtemps que le cellulaire est essentiel à nombre d'entre nous, certaines communautés n’y ont accès que depuis quelques années. Le coût de mise en place des infrastructures a longtemps été un frein au développement, mais un nouveau modèle d’affaires a permis de renverser la vapeur.

La tour de 90 mètres visible du rang Saint-Joseph.

La tour cellulaire a été construite en 2019 à l'entrée du village de Notre-Dame-de-Lorette.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

À l’entrée de Notre-Dame-de-Lorette, au Lac-Saint-Jean, la grande tour cellulaire tranche dans le vaste décor forestier. L'infrastructure n'appartient à aucun des grands joueurs de la télécommunication, mais aux clients d'un organisme sans but lucratif.

C’est un mal nécessaire. Ce n’est pas tellement beau en pleine forêt comme ça, sauf qu’on en avait besoin.

Une citation de :Valérie Tremblay, directrice générale de Notre-Dame-de-Lorette

Depuis deux ans, la vie a complètement changé dans le village niché au nord du 49e parallèle. Dans ma famille, la plupart ont enlevé leur téléphone de maison. Quand tu veux tondre la pelouse ou bûcher du bois, pour mes frères, ils sont capables de voir s’ils ont eu un appel urgent, raconte Rita Delaunière, une employée municipale.

Au village, la facture du service Internet sans fil peut être presque deux fois plus élevée que dans les grands centres selon le fournisseur, mais pas celle de la téléphonie cellulaire.

Ce qui facilite donc aussi les communications de Rita Delaunière avec la directrice générale de la Ville, Valérie Tremblay.

Avant, on n’avait aucun moyen de communiquer. Il fallait qu’elle vienne à la municipalité pour venir me parler, alors que maintenant on se parle 15 fois par jour pour régler nos petits dossiers, c’est super! explique Valérie Tremblay.

À écouter : Le sujet fera l'objet d'un reportage à l'émission Désautels le dimanche, dès 10 h, sur Ici Radio-Canada Première.

Connectés pour la sécurité

L’hiver dernier, plus de 2000 motoneigistes se sont arrêtés au relais municipal. Le Chalet du 49e a été bâti il y a deux ans et l’accessibilité cellulaire est cruciale pour donner signe de vie dans cette immensité nordique.

Valérie Tremblay devant l'entrée du relais municipal de motoneige.

La directrice générale, Valérie Tremblay, estime que la téléphonie cellulaire incite plus de gens à faire escale à Notre-Dame-de-Lorette.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

On le voit, les messieurs font leurs appels, textent leur blonde : "j'suis rendu à Lorette." Ça fait partie de l’air du temps.

Une citation de :Valérie Tremblay

Même pour les gens du village, la sécurité est un problème de taille. Avant l’arrivée du signal cellulaire, la jeune directrice dans la quarantaine a déjà dû marcher sept kilomètres à moins 40 degrés Celsius pour trouver du secours après une sortie de route.

Lutter contre la dévitalisation

Comme dans bien des villages, la population est vieillissante à Notre-Dame-de-Lorette. Plus de la moitié des 189 habitants ont plus de 50 ans.

Laurie Bourgeois et son père Alexandre, originaires de la région de Lanaudière, rêvent de renverser cette tendance.

Laurie et Alexandre au milieu d'un champ avec un filet à mouches sur la tête.

Laurie Bourgeois et son père Alexandre affrontent les moustiques pour développer une terre agricole à Notre-Dame-de-Lorette.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Ils viennent d’acheter une terre de 115 arpents qu’ils aimeraient bien transformer en coopérative d’agriculture boréale à long terme.

Attirer les jeunes pourrait être un bel objectif! Mais sans réseau cellulaire, ça serait impensable, répond Alexandre Bourgeois.

Sa fille de 22 ans est d’accord, en précisant qu’elle se sert déjà du réseau pour faire de la recherche sur la flore qu’elle découvre dans son nouveau milieu.

Une main montre les gousses de poivre des dunes qui poussent dans un arbuste.

L'accès à la téléphonie cellulaire a permis à Laurie Bourgeois d'identifier le poivre des dunes qui pousse sur sa terre.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Branché jusqu’à Lac-Bouchette

Le réseau de 12 tours cellulaires dont fait partie celle de Notre-Dame-de-Lorette s’étend jusqu’à Lac-Bouchette, de l’autre côté du Lac-Saint-Jean.

Là aussi, les méthodes de travail ont changé pour la mairesse Ghislaine Hudon depuis la mise en service de trois nouvelles tours dans son secteur en 2019 et 2020.

L’année dernière, j’étais dans mon camp de chasse. Avec mon cellulaire, j’allais chercher mon Internet et je faisais quand même mes rencontres de la MRC en plein bois.

Une citation de :Ghislaine Hudon, mairesse de Lac-Bouchette
Le bâtiment administratif principal de l'Ermitage Saint-Antoine.

La tour cellulaire, visible du site de l'Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, permet aux visiteurs d'avoir un bon signal.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Ce qui fait la notoriété de Lac-Bouchette, c’est le lieu de pèlerinage l’Ermitage Saint-Antoine des Frères capucins. Mais le lieu sacré veut se renouveler, puisque le tourisme religieux est en baisse.

L’accès à la téléphonie cellulaire donne tout un coup de pouce pour développer le tourisme d’affaires et d’agrément.

Guy Thibeault au téléphone cellulaire dans son bureau.

Le responsable du marketing à l'Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette, Guy Thibeault, se sert maintenant de la téléphonie cellulaire comme argument de vente.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Présentement, on est dedans, on est dans la game, on a tous les services pour accueillir dignement, si on veut, et à partir de ce moment-là, comme on dit, la balle est dans notre camp, explique le responsable du marketing Guy Thibeault.

L’Ermitage prévoyait même une année record pour les groupes d’affaires en 2020 et inclut maintenant la disponibilité du réseau cellulaire dans ses publicités.

L'enjeu de la rentabilité

Aujourd’hui, la couverture mobile s’étend à 99 % de la population canadienne et québécoise. Mais les municipalités comme Lac-Bouchette et Notre-Dame-de-Lorette ont dû attendre longtemps avant d’être enfin branchées.

C’est finalement l’Agence interrégionale de développement des technologies de l’information et des communications (AIDE-TIC), un organisme sans but lucratif, qui leur a permis d’être connectées.

On est les seuls du genre au Canada. Les entreprises qui font quelque chose qui ressemble à ce que nous faisons sont toutes des compagnies privées.

Une citation de :André Nepton, coordonnateur de l'Agence interrégionale de développement des technologies de l’information et des communications

L'agence se distingue du modèle de coopératives de télécommunications et de câblodistribution qui ont émergé au Québec dans les dernières années. L'AIDE-TIC est propriétaire de 26 tours de télécommunication en milieu rural, mais elle loue ses infrastructures aux grands joueurs de la téléphonie et de l'Internet sans fil qui, eux, offrent le service.

On est propriétaire des infrastructures, des tours, des chemins d’accès, des réseaux électriques, etc. Le télécommunicateur diminue donc son risque d’affaires en n'ayant qu’à investir ses équipements de technologie proprement dits, explique le coordonnateur.

À son avis, son modèle d’affaires admissible aux subventions gouvernementales et non guidé par les profits permet aux plus petits milieux de s’ouvrir sur le monde malgré leur éloignement.

Un site cellulaire complet vaut entre 750 000 dollars et 1 million de dollars. Si je faisais la liste de toutes les municipalités du Québec qui auraient besoin de service, en commençant par la plus rentable, probablement que si je demandais à Rogers, Vidéotron ou Bell quels milieux ils voudraient desservir, ils me parleraient des dix premiers sites. Nous, ce qui nous intéresse, ce sont les dix derniers qui n’auront jamais l’occasion, de par leur population, de voir développer des technologies de ce genre, estime le coordonnateur de l’AIDE-TIC, André Nepton.

André Nepton montre la carte des tours cellulaires dans la région.

André Nepton montre que la couverture cellulaire est maintenant bien répartie au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

André Nepton espère maintenant faciliter le développement du réseau cellulaire à d'autres endroits reculés ou montagneux qui ne sont pas encore desservis au Québec, notamment dans le Nord-du-Québec et au Bas-Saint-Laurent.

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