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Envoyé spécial

Le sommet du G7 et les obligations des pays riches

Partage des vaccins, réponse aux futures pandémies, relance verte : l’ordre du jour des leaders s’annonce chargé.

Justin Trudeau marchant entre des rangées de militaires britanniques.

Justin Trudeau est arrivé jeudi à l'aéroport Newquay, en Cornouailles.

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

À l’aube de la sortie de crise, Justin Trudeau s’est envolé ce matin pour le sommet du G7 qui s’ouvre vendredi en Cornouailles dans le sud-ouest de l’Angleterre. À la veille de cette rencontre cruciale, un entretien avec la haute-commissaire britannique au Canada, Susan le Jeune d'Allegeershecque, dont le pays s’apprête à accueillir le Groupe des Sept.

On assiste à un clivage dans la vaccination entre les pays riches et les pays pauvres. Quelle est l’obligation morale du G7 envers le reste du monde pour mettre fin à la pandémie?

Il est impératif d’aider. Le G7, ça ne sert pas seulement à s'occuper de nous-mêmes. Cette alliance, composée des plus grandes puissances démocratiques du monde, est là pour mener les autres pays, montrer le chemin. Ce sommet arrive à un moment clé. Dans plusieurs pays, on est en train d’apprivoiser ce virus et de voir un avenir un peu plus heureux. Mais dans beaucoup d’autres, ce n'est pas le cas. C'est une obligation, pour nous tous, de faire ce qu'on peut pour aider les autres États, parce que personne n'est en sécurité si nous ne sommes pas tous en sécurité. Il faut qu'on le fasse. Je sais que c’est au cœur des préoccupations du premier ministre Boris Johnson pour le sommet en Cornouailles.

Pourtant, le Canada et le Royaume-Uni sont les deux seuls pays du groupe qui n’ont toujours pas pris d’engagements fermes sur le partage de leurs surplus de vaccins. Pourquoi?

Je pense que pour chaque gouvernement, la priorité doit être la protection de sa propre population. Je trouve ça tout à fait normal. Ce n'est pas la peine de faire des promesses qu'on ne va pas pouvoir respecter. Je sais qu'une partie de notre approche pour l'avenir, ce sera, quand on pourra, de partager les doses que nous avons en surplus. Mais ce n'est pas la peine de dire à quelle date précise pour l’instant. Le mécanisme COVAX, que le Royaume-Uni a financé avec 500 millions de livres, est là pour ça. On s'en servira quand le moment sera le bon. 

Le premier ministre britannique veut établir une cible pendant le sommet afin que le monde entier soit vacciné d’ici la fin de 2022. Est-ce vraiment réaliste, si on tient compte de tous les défis logistiques pour distribuer les vaccins dans les pays en voie de développement?

Je pense que c'est possible et je vais vous dire pourquoi. Les ambassades britanniques dans le monde entier ont reçu des vaccins depuis l'Angleterre. La chaîne de froid a été maintenue et on a montré que c'était possible d’envoyer les doses dans les postes les plus éloignés, y compris les îles Pitcairn, dans le Pacifique du Sud. Ils ont reçu leur vaccin! Je pense qu'on a montré que c'est possible et il vaut mieux être très très ambitieux. Si on dit 2023, ce sera 2023. Il vaut mieux nous pousser et nous obliger à faire ça le plus vite possible. 

Susan le Jeune d'Allegeershecque, haute-commissaire britannique au Canada.

Susan le Jeune d'Allegeershecque, haute-commissaire britannique au Canada, dont le pays accueillera les leaders du G7 en Cornouailles du 11 au 13 juin.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer

Le premier ministre Johnson veut un traité de préparation à la prochaine pandémie. Que faut-il corriger?

Il faut moins penser en tant que pays individuel et avoir une réponse commune. Il faut développer des structures qui nous permettent d’appuyer l’Organisation mondiale de la santé et peut-être s’entendre sur un nouveau traité qui pourrait définir nos réponses : la surveillance, la production et la distribution des vaccins ainsi que la détection des variants. Il y a plusieurs domaines où une réponse commune est bien plus efficace plutôt que de faire ça chacun chez nous.

Les pays du G7 vont discuter de passeports vaccinaux pour faciliter la circulation des voyageurs. Que peut-on espérer à la fin du sommet? 

Un objectif réaliste serait d’avoir un accord de principe, mais je ne crois pas qu'on aura un accord final sur la forme du passeport vaccinal. Si on considère l’apparition de nouveaux variants et le niveau de connaissance entourant leur interaction avec les différents vaccins, je pense que c'est un peu tôt. Cela dit, avoir un accord sur le principe autour d'un possible passeport à moyen terme, ça, c'est un objectif tout à fait réaliste.

Quand aimeriez-vous voir une réouverture des frontières entre le Canada et le Royaume-Uni? Cet été?

C'est ce qu'on espère, mais je ne veux pas dire quand on sera en mesure de lever les restrictions. Le plus vite possible, évidemment. Ce sont des calculs hyper compliqués. Pour le moment, tout va dans la bonne direction. On utilise trois facteurs pour décider où se situe un pays : taux de vaccination, variants et taux d'infection. Il faut que ces trois conditions soient remplies avant de changer de position sur la liste. 

Parlons du climat. Les pays du G7 investissent encore massivement dans les énergies fossiles. Un rapport d’expert commandé par votre premier ministre recommande la fin des subventions aux énergies fossiles d’ici 2025. Adhérez-vous à cette idée? 

Oui, on est très attaché à cet échéancier. On a déjà conclu un accord de principe sur le fait que les pays du G7 ne vont plus financer des projets liés aux énergies fossiles à l'étranger. C’est un premier pas vers un engagement plus large sur le besoin d'arrêter d'utiliser ce genre d'énergie. Pour certains pays, c'est plus difficile que d'autres et le gouvernement britannique ne va pas dicter comment réussir cette transition. Toutefois, il est clair qu'aucun pays ne pourra atteindre ses objectifs de l’Accord de Paris s’il continue d’utiliser du charbon ou du pétrole pour générer de l’énergie. On espère que le G7 va marquer encore un pas vers le zéro absolu (carboneutralité) et qu’à la conférence de Glasgow sur le climat, l’automne prochain, on aura un accord global encore plus ambitieux.

Joe Biden en gros plan porte un masque.

Le portait de famille va changer autour de la table du G7, avec l'arrivée de Joe Biden.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Donald Trump a causé beaucoup de remous dans les derniers sommets du G7. Qu’est-ce que l’arrivée de Joe Biden va changer?

Ce sera une ambiance un peu différente de celle qu'on a connue à La Malbaie en 2017. J'ai assisté moi-même aux répercussions de la présence de Donald Trump. L'administration américaine actuelle croit vraiment au multilatéralisme, et ça, c'est la plus grande différence. Aucun pays ne peut affronter les défis d'aujourd'hui tout seul. Nous renouvelons notre croyance fondamentale dans nos institutions. Elles ne sont pas parfaites, mais elles existent pour une raison. Par exemple, l’accord qui a été conclu sur les impôts des grandes entreprises la fin de semaine dernière à Londres démontre que si on agit ensemble, on peut vraiment accomplir quelque chose qui a un impact réel dans la vie des gens, avec une reprise qui profite à tout le monde et pas seulement à quelques très, très riches.

En conclusion, concernant les deux Canadiens détenus en Chine, est-ce qu’on peut s’attendre à une action concertée du G7 pour réclamer leur libération?

La relation entre nos pays et la Chine va faire partie des discussions en Cornouailles. Pendant la réunion des ministres des Affaires étrangères et dans leur déclaration, ils ont fait référence à l’initiative sur les détentions arbitraires qui a été menée par le Canada et qui réunit maintenant une soixantaine de pays. On ne va pas oublier ces deux hommes. Pour le Canada, je sais que les deux Michael, c’est important. C’est abominable. On a tous des citoyens qui sont détenus d'une manière arbitraire par des régimes autoritaires et je pense qu’on se doit d'être très clair sur le fait que c’est inacceptable d'utiliser des vies humaines de cette manière.

Certains propos ont été raccourcis et adaptés par souci de clarté et de concision. 

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