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Les pétrolières canadiennes s’allient pour atteindre la carboneutralité

Un camion sur un chantier.

Les compagnies qui forment cette alliance produisent environ 90 % du pétrole issu des sables bitumineux.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Les plus grandes entreprises d’exploitation des sables bitumineux du Canada ont mis en place un partenariat pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 grâce notamment à un projet commun de captation et de stockage du carbone.

Canadian Natural Resources, Cenovus Energy, l’Impériale, MEG Energy et Suncor Énergie forment cette alliance appelée Initiative pour des sables bitumineux carboneutres. Ensemble, elles produisent environ 90 % de pétrole dans le nord de l’Alberta.

C’est beaucoup plus que symbolique. Le partage des technologies, le partage des coûts, c’est bon non seulement pour nous, mais si on peut établir des infrastructures de manière plus efficace, c’est bon aussi pour les gouvernements et pour les contribuables , a expliqué Martha Hall Findlay, la responsable de la durabilité de l’environnement à Suncor Énergie. 

Des bâtiments et des cheminées.

Suncor Énergie a présenté son plan pour atteindre la carboneutralité à la fin du mois de mai.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

La plupart des pétrolières participant à l’initiative avaient déjà pris un engagement individuel de carboneutralité. Il y a un mois, l’Impériale avait toutefois rejeté une motion de certains de ses actionnaires demandant une telle promesse.

Un projet de capture du carbone

En plus du partage des technologies innovantes, ces cinq entreprises proposent de construire une installation de capture et de stockage du carbone (CSC) dans la région de Cold Lake. Les exploitations de sables bitumineux seraient reliées à l’installation par une conduite de CO2.

Les compagnies disent s’inspirer d’un projet similaire de plusieurs milliards de dollars mis en place en Norvège.

Le communiqué conjoint ne fournit pas de montant associé à cette initiative. Mme Hall Findlay reconnaît que l’initiative coûtera cher. Et c’est pour cela qu’on ne peut pas le faire seul. Les gouvernements ne peuvent pas le faire seuls, a-t-elle souligné.

Le gouvernement fédéral a toutefois inclus dans son budget déposé en avril une enveloppe de 319 millions de dollars sur sept ans pour appuyer les projets de capture du carbone. Un crédit d’impôt sera également accessible aux entreprises. 

L’Initiative promet d’utiliser des technologies propres en complément de ce projet de CSC.

Besoin d'une aide gouvernementale

Les pétrolières mettront aussi à l’essai des procédés encore au stade exploratoire comme le captage direct dans l’air et les petits réacteurs nucléaires modulaires.

Elles insistent toutefois sur l’obligation d’une collaboration des gouvernements provincial et fédéral. « Il est essentiel que les gouvernements élaborent des politiques de soutien et instaurent des programmes fiscaux et réglementaires qui créeront le climat de certitude propice pour ce type d'investissement à long terme et à grande échelle », est-il écrit dans le communiqué.

Jason Kenney.

Le premier ministre de l'Alberta souhaitait un plus gros investissement financier d'Ottawa dans la capture et le stockage du carbone.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a d’ailleurs indiqué être en discussion avec le gouvernement fédéral pour finaliser les modalités du crédit d’impôt pour soutenir l’investissement dans les technologies de CSC. « Je crois que c’est un message important aux investisseurs partout dans le monde que le Canada et l’Alberta auront une des industries énergétiques les plus responsables », a-t-il souligné. 

Réactions mitigées

La pression s’accentue sur les pétrolières pour agir au niveau climatique, constate de toute façon le titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau. L’augmentation de la taxe carbone au niveau fédéral et les politiques climatiques aux États-Unis rendent de tels engagements de carboneutralité inéluctables. 

Il ajoute toutefois que la promesse de carboneutralité pourrait ne pas avoir d’effets majeurs sur les émissions totales au Canada. « Les producteurs pourront probablement séquestrer leurs émissions de la production, mais elles sont minimes par rapport aux émissions liées à la consommation de leur produit. [...] D’ici 2050, il y a de bonnes chances que le secteur du transport mondial ait largement migré hors du secteur pétrolier », explique le professeur. 

C’est une initiative qui est louable, mais qui n’aura peut-être pas une grande incidence en 2050.  

Une citation de :Pierre-Olivier Pineau, Hec Montréal

Le responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin, est plus ferme dans sa position. Ceci n'est que de la poudre aux yeux et une tentative de l'industrie pétrolière de s'approprier le langage net zéroqu’elle est en train de dénaturer. La capture et la séquestration du carbone ne diminuent aucunement la pollution qui sort des tuyaux d'échappement des véhicules , affirme-t-il. « Ce dont elles ont véritablement besoin, c’est un nouveau plan d'affaires, car dans un monde sans carbone, personne n'achètera leur pétrole. Soit les pétrolières se convertissent aux énergies renouvelables, soit elles disparaissent. »

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