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L’indissociable histoire de la francophonie et des pensionnats autochtones

Les fondateurs de la communauté franco-albertaine ont été des acteurs clés dans la création des pensionnats, ramenés à l’avant-plan à la suite de la découverte des ossements de 215 enfants autochtones à Kamloops, la semaine dernière.

Il tient un crucifix dans sa main gauche.

La statue du père Albert Lacombe est bien visible à Saint-Albert, près d'Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Ils s'appellent Grandin, Legal ou Lacombe et sont les fondateurs des communautés francophones de l’Alberta. Même 150 ans plus tard, les noms de ces évêques et de ce prêtre catholique se retrouvent un peu partout dans la toponymie, preuve évidente du rôle prépondérant qu’ils ont joué dans l’histoire.

C’étaient en quelque sorte les fondateurs de la francophonie qu’on connaît aujourd’hui, souligne l’historien Denis Perreaux.

Lorsqu’on regarde une carte des missions francophones établies par ces pionniers depuis la fin du 19e siècle, on retrouve aux mêmes endroits encore aujourd’hui de nombreuses communautés toujours existantes, rappelle le directeur général de la Société d’histoire francophone de l’Alberta (SHFA).

En même temps qu’ils établissaient des paroisses, ces pères fondateurs ont créé et administré plusieurs pensionnats autochtones. Un rôle sombre, encore méconnu, mis en lumière depuis deux semaines.

Denis Perreaux

Denis Perreaux est le directeur général de la Société historique francophone de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

On apprend aujourd’hui à quel point ce n’était pas seulement des personnes bienveillantes, mais c’était des personnes qui ont milité pour cette assimilation-là et cette perte culturelle identitaire chez les Premières Nations et Métis.

Une citation de :Denis Perreaux

Des débats et un meilleur enseignement de l’histoire

La consternation suscitée par la découverte à Kamloops force le débat d’un bout à l’autre du pays au sujet de certaines figures historiques.

À Edmonton, la ville a tranché, le nom et la murale en l’honneur de l’évêque Vital-Justin Grandin dans une station du train léger ont disparu après un vote unanime au conseil municipal lundi.

Une murale

Murale montrant Mgr Grandin en compagnie d'une sœur grise tenant un enfant autochtone.

Photo : Radio-Canada / Hugo Lévesque

Pendant ce temps, dans la francophonie albertaine, le débat sur la toponymie ne fait que commencer. Le conseil scolaire Centre-Nord de la région d’Edmonton évaluera la semaine prochaine s’il renomme ces écoles qui célèbrent la mémoire de ces figures.

Au-delà de la place dans l’espace public à leur donner, il faut que le sujet des pensionnats autochtones soit approfondi même s’il est déjà abordé, estime l’enseignante Isabelle Leblanc.

Il faut parler de cette histoire où, à un moment donné, des gens ne voulaient pas le bien de ces enfants et cela a eu des conséquences à long terme sur des générations et des générations d’enfants, explique-t-elle en entrevue devant l’école Sainte-Jean-d’Arc, où elle enseigne.

L'enseignante Isabelle Leblanc, devant l'école où elle enseigne.

L'enseignante d'Edmonton Isabelle Leblanc souhaite que l'histoire des pensionnats soit étudiée davantage dans les écoles au pays.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

La nouvelle de la découverte de Kamloops a rapidement été évoquée par ses élèves de deuxième année, raconte l’enseignante. Isabelle Leblanc relate à quel point même de jeunes enfants ont été ébranlés après la confirmation de la présence des restes de 215 enfants sur le site de l’ancien pensionnat.

Les enfants étaient très tristes, l’ambiance était très lourde en classe.

S’il faut reconnaître les rôles qu’ont joués les évêques Grandin et Legal dans la francophonie et auprès des autochtones, célébrer leur mémoire n’est plus approprié, croit Mme Leblanc.

C’est à l’école qu’il faut parler de ces gens-là, dans un contexte pédagogique où on a les outils, on a les référents, on a la possibilité de faire des discussions avec les enfants.

Une citation de :Isabelle Leblanc

Denis Perreaux admet que débattre de la place à donner à ces personnages historiques pourrait faire des mécontents chez ceux qui leur sont encore attachés.

C’est très difficile pour les gens pour qui la survivance [de la communauté francophone] était les pensionnats francophones, de se retourner de bord et voir ces gens-là comme étant des génocidaires culturels.

Du même souffle, le directeur général de la SHFA rappelle que les francophones en Alberta ont aussi développé en parallèle des pensionnats des relations saines avec les communautés autochtone et métisse.

Jamais le passé n’aura autant été autant d’actualité.

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