•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Peu de ressources pour les délinquants sexuels en Abitibi-Témiscamingue

Un homme dans l'ombre s'appuie au mur.

Les hommes ayant commis des crimes de nature sexuelle ont peu de suivi psychologique dans la région. (archives)

Photo : getty images/istockphoto / KatarzynaBialasiewicz

Janis Rivard

En Abitibi-Témiscamingue, il y a très peu d’intervenants psychosociaux spécialisés dans les cas de délinquance sexuelle. Ceux-ci sont surtout présents dans le réseau public et sont très demandés.

Afin d’obtenir un traitement, la personne condamnée doit recevoir une sentence avec certaines conditions, aller chercher de l’aide à l’extérieur de la région ou se faire inscrire sur une liste d’attente dans le réseau public ou privé.

Selon Chantal Lessard, directrice générale au Centre résidentiel communautaire de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec (CRCATNQ) et au Service d’aide et de traitement en apprentissage social en Abitibi-Témiscamingue (SATAS), le manque de ressources est très problématique dans la région.

Si Monsieur reçoit une sentence, par exemple, fédérale, effectivement il quitte la région. Mais il quitte pour être incarcéré dans des pénitenciers, et nous on n’en a pas en région. Et, dans les pénitenciers, il y a des programmes pour le traitement de la délinquance sexuelle. Ça, c’est presque une bonne nouvelle dans le sens que, pour recevoir des services en traitement de délinquance sexuelle, il faut avoir une sentence fédérale ou une sentence provinciale au moins de plus de 10 mois, parce qu’à ce moment-là ils vont pouvoir aller au centre de détention à Percé, là où il y a un programme pour délinquants sexuels. Mais il faut une peine minimum de 10 mois parce que le traitement comme tel dure 6 mois, explique-t-elle.

Si la durée de l’incarcération est inférieure à 10 mois dans une prison provinciale, l’individu ne peut avoir accès à ces traitements. La prison provinciale de Percé est d’ailleurs la seule à offrir cette thérapie. Les personnes condamnées à des travaux communautaires n’ont pas accès à ces traitements non plus.

Selon le criminaliste à la retraite Marc Lemay, ces personnes doivent prouver qu’elles ont changé pour voir leur nom retiré du Registre national des délinquants sexuels. Toutefois, le manque d’accessibilité à des services d’aide en région complique leur cheminement personnel et leur possibilité de recevoir de l’aide.

Les personnes peuvent obtenir des suivis individuels auprès de psychothérapeutes spécialisés en délinquance sexuelle, mais ces intervenants sont rares et très sollicités.

Le SATAS offre un programme de prévention de la récidive en délinquance sexuelle. Il ne s’agit toutefois pas d’un traitement d’aide. L’équipe reçoit annuellement 23 000$ pour ce programme depuis de nombreuses années, sans avoir connu d’augmentation. Mme Lessard affirme que la prévention à elle seule coûte plus de 23 000 $. Il serait donc impossible de penser pouvoir traiter ces personnes en plus avec cette subvention.

Un passage à l’acte en délinquance sexuelle, ça coûte vraiment très, très cher au niveau de la société, que ce soit juste au niveau de l’impact sur les victimes, c’est énorme, mais en plus au niveau du coût de l’incarcération… là ils viennent de comprendre, en violence conjugale, que ça prend beaucoup plus d’argent en prévention. Il va falloir que cette prise de conscience là se fasse aussi au niveau de la délinquance sexuelle, déclare Chantal Lessard.

Une femme témoigne durant une commission d'enquête.

Chantal Lessard, directrice générale du Service d’aide et de traitement en apprentissage social, lors de la commission sur l'exploitation sexuelle des jeunes filles à Val-d'Or (archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

L’équipe du SATAS ne peut pas encore offrir de traitement de psychothérapie. L’équipe investit toutefois une partie de ses fonds en ressources humaines afin de former l’une de leurs employées pour qu’elle puisse réaliser des traitements au sein de l’organisme.

Chantal Lessard affirme également que le manque d’accessibilité empêche les personnes qui souhaitent obtenir de l’aide sans avoir commis de gestes criminels de pouvoir suivre une thérapie.

La pénurie de main-d'œuvre est d’ailleurs de plus en plus inquiétante. Le SATAS a reçu des subventions débloquées par le gouvernement du Québec ce printemps, en réponse aux nombreux féminicides qui ont été commis depuis le début de l’année 2021. Il semble toutefois être trop tard pour pallier le manque d’employés.

Là on arrive dans une période où, justement, la pénurie de main-d'œuvre nous a rattrapés. Il y a cinq ans, si on m’avait donné ce rehaussement-là, je n’aurais pas eu de difficulté à recruter et à maintenir mon personnel en place et à desservir l’ensemble de la région. Mais, aujourd’hui, recruter un bachelier minimalement, ou au moins quelqu’un qui a de l’expérience au niveau clinique, pour faire ce genre d’intervention là… c’est de la main-d'œuvre qualifiée, c’est excessivement difficile de recruter, plus particulièrement dans le domaine communautaire, déplore-t-elle. Elle estime que la pire année sera en 2023.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !