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Assouplissement des règles : des aînés en résidence crient bingo (de nouveau)!

Un crieur de bingo en action.

Ronald Léger reprend pour la première fois depuis le début de la pandémie son rôle de crieur au bingo du Manoir Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Au Manoir Sherbrooke, c’était un moment que les résidents attendaient avec impatience. Après, une éclosion majeure de COVID-19, 51 jours consécutifs de confinement, 15 mois de mise sur pause des activités récréatives, des restrictions à n’en plus finir, le bingo est enfin de retour.

On sent d'ailleurs une certaine excitation dès qu’on franchit la porte d’entrée. Les mesures liées à la COVID s’assouplissent de plus en plus et des activités interdites depuis des mois reprennent.

Hier, le bon Dieu est revenu dans la maison, souligne avec fierté le directeur de la résidence privée pour aînés (RPA), Gilles Lavoie, en référence à la messe célébrée pour la première fois depuis un an et demi. C’était salle comble; 81 personnes bien comptées en respectant les règles toujours en vigueur. Le prêtre a même reçu une ovation. J'ai assisté à une bonne partie de la messe, ajoute Gilles Lavoie. Je regardais les résidents et je voyais dans leur visage une liberté retrouvée. C’était comme une première communion.

Le directeur du Manoir Sherbrooke, Gilles Lavoie

Le directeur du Manoir Sherbrooke, Gilles Lavoie, est très heureux que sa RPA retrouve une vie un peu plus normale.

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

Après l’Eucharistie vient le bingo dans les activités les plus prisées par les résidents. C’est un grand jour pour les organisateurs, comme Ronald Léger, le crieur, comme on l’appelle. C’est lui qui, avec enthousiasme et énergie, tire les numéros et les crient aux participants.

On sent les gens soulagés. On le voit juste par l’expression de leurs yeux. À force de porter un masque, les yeux s’expriment davantage. On voit l’éblouissement dans les yeux des gens.

Une citation de :Ronald Léger, résident du Manoir Sherbrooke

Ghislaine Gendron, qui s’occupe de la vente des moitié-moitié, affirme avoir été anéantie par la pandémie. Tout comme 37 autres personnes, elle a été touchée par l'éclosion survenue au Manoir lors des premières semaines de la pandémie. Reprendre des activités comme le bingo, souligne-t-elle, c’est revivre enfin.

Une rude épreuve pour tout le monde

Le 21 mars 2020 est une journée marquée au fer rouge pour les résidents et les employés du Manoir Sherbrooke. Une éclosion majeure force les autorités de la santé à confiner dans leur appartement les 350 résidents pendant presque 2 mois. Des mesures extrêmement strictes sont déployées. Les policiers font même le guet pour contrôler les allées et venues.

On a été l’une des premières, sinon la première au Québec à avoir une éclosion, raconte Gilles Lavoie. Au début, tout le monde avait peur, mais je n'ai pas perdu d’employés. Personne n'a dit : "Non, je ne rentre pas au travail". On a des employés extraordinaires.

Quand le drame survient au Manoir, la pandémie ne fait que commencer au Québec. Le virus est méconnu et les méthodes pour le contrer aussi. Ce qui vient d’arriver dans cette RPA est saisissant. Le virus est contagieux et il peut se propager rapidement. À preuve : 38 personnes sont contaminées, 8 perdent la vie.

Une femme joue au bingo.

Après avoir été atteinte par la COVID, Ghislaine Gendron apprécie grandement cette liberté retrouvée.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Ghislaine Gendron est frappée de plein fouet par la COVID. Elle est clouée au lit durant deux jours, incapable de bouger, accablée par une énorme fatigue. Heureusement, elle reprend du mieux graduellement, mais elle reste isolée dans son appartement, ne pouvant compter que sur les appels réguliers de sa sœur.

Pour Gilles Lavoie, cette période du confinement est difficile à évoquer.

Moi je carbure aux gens. J’aime sortir de mon bureau et aller à leur rencontre. Tout ce que je voyais, c’était des corridors vides avec des portes fermées. Je connaissais les locataires derrière ces portes, mais je ne pouvais pas les voir.

Une citation de :Gilles Lavoie, directeur Manoir Sherbrooke

Ronald Léger, le président du comité des résidents, affirme avoir malgré tout bien vécu la dernière année. C’est en prenant soin des locataires plus renfermés et solitaires qu’il est passé au travers de la crise. Je les appelais au moins trois fois par semaine, pour m’assurer qu’ils allaient bien et qu’ils ne manquaient de rien. Au lieu de me soucier de moi et de devenir down, je me suis soucié des autres.

On a réussi avec les mesures qu'on appliquait et avec ce qu'on apprenait tous les jours [à freiner la propagation], ajoute Gilles Lavoie. Grâce à la collaboration des employés et des résidents, on est arrivé à contenir ça.

Un soupçon de crainte persiste

Quinze mois plus tard, le souvenir de ces deux premiers mois de pandémie est toujours bien présent, mais les inquiétudes se dissipent doucement. Surtout avec le nombre de cas, qui fond comme un glaçon sous cette chaleur étouffante de juin.

Ghislaine, qui s’est bien remise de la COVID, demeure tout de même craintive. Elle a mis du temps avant de sortir de son appartement. Il y a des gens que la pandémie a changés. Moi, j’ai trouvé qu’on avait vieilli plus rapidement. Mon corps est moins actif qu’avant. Il faut que je me force un peu plus pour m’activer.

C’est quand même épeurant, de voir que les règles s’assouplissent de plus en plus, nuance le directeur Gilles Lavoie. La COVID est encore là. La vaccination avance bien. Ici, tout le monde a eu ses deux doses.

On sait que la bibitte est encore là. Va-t-on avoir une quatrième vague? Mes résidents pensent à ça aussi . Ils sont restés avec une crainte. On ne pourra peut-être jamais oublier ça. Le grand confinement a marqué l’Histoire. C’est quelque chose!

Une citation de :Gilles Lavoie, directeur du Manoir Sherbrooke
Des gens jouent au bingo dans une résidence pour personnes âgées.

Les résidents du Manoir Sherbrooke ont repris leur activité favorite après 15 mois d'interruption.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Ronald, qui aura 80 ans en septembre, est seul dans la vie, son fils unique étant mort à l’âge de 31 ans seulement. Sa famille, c’est la communauté du Manoir Sherbrooke, et il y tient. Organiser des activités, comme la messe et le bingo, tout en respectant les règles de la santé publique demande du temps et de l’organisation, précise-t-il. Mais il est bien heureux de pouvoir le faire de nouveau.

C’est du travail, mais ça vaut la peine quand on voit le plaisir que cela procure aux gens.

Une citation de :Ronald Léger, résident du Manoir Sherbrooke

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