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Le Canada ajoute des poissons d’eaux chaudes à sa liste de surveillance

Un petit requin sur un quai devant un pêcheur.

Un requin obscur se débat sur un quai à Kill Devil Hills en Caroline du Nord le 28 octobre 2003 tandis que le pêcheur Ron Warlick s'apprête à retirer l'hameçon. Le requin obscur, entre autres espèces, a fait partie pour la première fois l’an dernier du relevé de recherche estival effectué par le MPO sur le plateau néo-écossais et dans la baie de Fundy.

Photo : Associated Press

Radio-Canada

Plusieurs espèces de poissons d’eaux chaudes ont été ajoutées au relevé de recherche annuelle de 2020 des autorités canadiennes en Atlantique.

Le stock de chèvres impériales en âge de se reproduire, par exemple, est maintenant estimé à 4000 tonnes. C’est un nouveau sommet pour cette espèce, selon le ministère des Pêches et des Océans (MPO).

Des scientifiques expliquent que le déplacement d’espèces marines vers le nord dans les eaux canadiennes est lié au réchauffement de l’Atlantique.

La chèvre impériale, le saint-pierre, le baliste, le tile et le requin obscur, entre autres espèces, ont fait partie pour la première fois l’an dernier du relevé de recherche effectué chaque été par le MPO sur le plateau néo-écossais et dans la baie de Fundy.

Cessons de les gaspiller, lance un entrepreneur

Les ajouts ont été effectués à la demande de l’industrie des pêches. Des pêcheurs capturent accidentellement des poissons de ces espèces, mais ils ne peuvent pas les débarquer parce qu’elles ne sont pas couvertes par les conditions de leurs permis de pêche.

C’est insensé, selon Alain d'Entremont, président et chef de la direction de l’entreprise Scotia Harvest, un transformateur de poissons de fond et de pétoncles qui compte une flottille et qui exerce ses activités dans le sud-est de la Nouvelle-Écosse.

Puisque les pêcheurs de poissons de fond capturent accidentellement ces espèces, il devrait y avoir des mécanismes permettant de les conserver et d’en tirer un revenu plutôt que de les rejeter à la mer, explique M. d’Entremont.

Il ajoute que des changements se produisent dans l’océan et qu’il faut prévoir des procédures pour s’y adapter et pour gérer ces nouvelles espèces. Il souhaite aussi plus de données à leur sujet, notamment sur leur abondance et leur condition.

Des espèces exotiques de plus en plus présentes

Le biologiste Don Clark dirige le relevé de recherche annuel sur le plateau néo-écossais et dans la baie de Fundy. L’activité effectuée depuis 1970 consiste à capturer des poissons avec un chalut afin de les compter et d’estimer les stocks des espèces faisant l’objet d’une pêche commerciale. Le relevé de l’an dernier était basé sur les prises du chalut mis à la mer 195 fois.

Basé à St. Andrews, au Nouveau-Brunswick, M. Clark effectue un suivi des espèces dans la région depuis des décennies.

Les cinq poissons côte à côte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des poissons exotiques capturés sur le plateau néo-écossais : a) malarmat à dix aiguillons (Peristedion miniatum), b) callionyme à nageoire tachetée (Foetorepus agassizii), c) vivaneau (Heteropriacanthus cruentatus), d) sanglier à corps élevé (Antigonia capros) et e) saint-pierre (Zenopsis ocellata) (partiel).

Photo : Ministère des Pêches et des Océans/W. Joyce

Il y a une dizaine d’années, explique Don Clark, les scientifiques poussaient une exclamation quand ils apercevaient une espèce exotique alors que de nos jours ils s’attendent à en trouver.

Don Clark a signalé et photographié dans le passé des espèces exotiques, dont le malarmat à dix aiguillons, le callionyme à nageoire tachetée, le sanglier à corps élevé.

L’exemple de la chèvre impériale

Le poisson d’eaux chaudes le plus courant dans la région, la chèvre impériale, y a été découvert dans les années 1980. À ce moment, ce poisson était rare.

Les chèvres impériales se sont multipliées au fil des ans. Le MPO en capture de plus en plus lors de ses relevés. Ce poisson gagne du terrain vers le nord et vers l’est tout en demeurant dans les eaux profondes et chaudes, indique Don Clark.

Le MPO explique dans le rapport du relevé de l’été 2020 que la chèvre impériale est de plus en plus abondante. M. Clark précise que les membres de cette espèce et d’autres nouvelles venues sont encore relativement rares comparativement à ceux des espèces indigènes.

Mais ces poissons sont dans la région chaque année et c’est un signe de changement, souligne le biologiste.

Certaines espèces vont et viennent avec les saisons, mais d’autres qui y trouvent des conditions qui leur conviennent pour toute la durée de leur vie y demeurent et s’y reproduisent, comme la chèvre impériale, explique Don Clark.

Et les autres espèces exotiques?

Le MPO a noté au cours du relevé de 2020 une plus grande présence du saint-pierre, un poisson capturé dans les eaux plus profondes et chaudes depuis 2014. Sa distribution géographique est limitée, mais il peut être abondant par endroits.

Des femelles portant des oeufs sont capturées. M. Clark estime que les eaux de la Nouvelle-Écosse sont probablement à la limite du territoire maintenant fréquenté par cette espèce.

Le bar noir n’a pas été capturé durant le relevé estival, mais il l’a été durant des relevés hivernaux effectués dans le banc de Georges.

Le rapport souligne qu’il est improbable que les relevés estivaux donnent des renseignements utiles pour estimer l’abondance du requin obscur ou du baliste.

Le Canada doit s’adapter aux changements dans les océans

Don Clark ajoute que le déplacement des espèces est une conséquence de changements qui se produisent dans l’océan.

Ces changements attirent particulièrement l'attention depuis que l’agence américaine NOAA a signalé, en 2012, que la température moyenne des eaux de surface sur le plateau du nord-est était de 14 degrés Celsius. C’était la plus haute température relevée en 150 ans.

La température des eaux de la côte est canadienne était supérieure à la normale d’environ 2 à 4 degrés en 2012, ce qui était aussi un record.

Il ne faut pas s’étonner de la présence de ces poissons parce que les pêcheurs les signalent depuis des années, selon l’environnementaliste Susanna Fuller, vice-présidente des activités et des projets d’Oceans North. Ce dernier se présente comme un organisme sans but lucratif qui appuie la conservation basée sur les sciences et la communauté.

Susanna Fuller estime qu’il est temps que le MPO effectue une planification en matière de migration des espèces. Il faut pouvoir réagir rapidement aux changements, dit-elle. Les espèces locales risquent de se déplacer aussi, souligne-t-elle en rappelant que le homard se fait rare maintenant dans les eaux des États du Connecticut et de New York.

Il faut penser aux conséquences socio-économiques des changements, ajoute Mme Fuller. Elle se demande , par exemple, quelles seraient les conséquences socio-économiques pour le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse si les eaux du golfe du Maine deviennent trop chaudes pour le homard.

Personne au MPO n’était immédiatement disponible pour en parler. Mais dans un rapport sur les conditions de l’océan atlantique publié en 2018, le ministère établit un lien entre la migration d’espèces vers le nord-est et les températures plus élevées des eaux. Le ministre Jonathan Wilkinson disait à ce moment qu’il fallait tenir compte des changements climatiques lors de toute prise de décision à venir en matière de pêche.

D’après un reportage de Paul Withers, de CBC

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