•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les étoiles ont-elles encore leur raison d’être?

L'attestation de classification de l'hôtel OTL Gouverneur

Tous les établissements d'hébergement touristique en exploitation au Québec doivent obligatoirement obtenir une attestation de classification de la CITQ. Cette attestation est notamment visible à l'entrée des hôtels grâce à un panonceau étoilé.

Photo : Radio-Canada

La ministre du Tourisme Caroline Proulx devrait déposer cette semaine un projet de loi pour revoir l’encadrement de l’hébergement touristique au Québec. Des changements importants quant aux panonceaux étoilés à l’accueil des établissements sont attendus au sein de l’industrie.

Le programme obligatoire de classification supervisé par la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) instauré en 2002 relève de l’anachronisme, selon le professeur en marketing de l’UQAM. Aux dires de Paul Arseneault, on oublie que l’évaluation ne parle pas de qualité, mais bel et bien de niveau de services disponibles et d’infrastructures. La prestation de service par le personnel est notamment exclue de l’examen de la CITQ.

Tous les deux ans, les plus de 1300 établissements hôteliers de la province reçoivent la visite d’agents de classification qui les évaluent en fonction d’un imposant guide de 150 pages. Des points sont attribués en fonction d’une foule de normes; du nombre de cintres au nombre de fils au pouce de la literie, en passant par l’état des murs ou la présence d’une piscine.

Le Québec serait l’une des dernières juridictions à avoir un rôle gouvernemental dans l’évaluation de l’hôtellerie et de l’hébergement. À l’ère des avis en ligne, M. Arseneault estime que les consommateurs sont tout à fait capables de se faire une opinion sur ce qu’ils vont trouver et que les établissements sont déjà soumis à nombre de lois et règlements en matière de bâtiment ou de salubrité.

Un établissement auquel la CITQ a octroyé une attestation de 4 étoiles pourrait avoir une cote bien inférieure sur le site Internet Tripadvisor, ou vice-versa. Un sondage CROP-La Presse datant de 2015 avançait même alors que moins d’un voyageur québécois sur dix était influencé par les fameuses étoiles.

À la conquête de points

Une hôtelière du Grand Montréal en attente de son attestation officielle craint de ne pas avoir autant d’étoiles qu’espéré dans son tout nouvel établissement. Elle a préféré taire son nom pour préserver l’impartialité de son évaluation de la CITQ.

Un des exemples qui est fort regrettable, c’est que je perdais des points si je n’avais pas trois sources de lumière dans les salles de bain, explique-t-elle. Donc, on a acheté des petites veilleuses pour ajouter une troisième source, mais ce n’est pas très chic.

À l’inverse, l’hôtel possède des poignées de porte pouvant être déverrouillées avec un téléphone cellulaire, mais aucun point ne sera obtenu pour cette plus-value technologique.

J’ai trouvé qu’il y avait des points extrêmement pertinents au niveau de la sécurité et de la standardisation. […] Il y a d’autres choses que j’ai peut-être trouvées un petit peu lourdes.

Une citation de :Une hôtelière qui a préféré garder l’anonymat

À l’autre bout du Québec, le propriétaire du Manoir Belle Plage à Carleton-sur-Mer estime pour sa part que le programme de classification est devenu la bible de tout hôtelier qui veut se rénover.

Il y a des trucs où c’est certain qu’on ne peut pas y arriver, donc il faut compenser ailleurs, soutient David Comeau. Il faut jouer quand même avec la façon dont le guide est monté [...] Nous, on a pris les moyens pour mettre le maximum où ça compte.

À ma grande surprise, à force de travailler avec le guide, j’ai atteint les 4 étoiles en région et j’en suis fort heureux!

Une citation de :David Comeau, propriétaire, Manoir Belle Plage

M. Comeau estime toutefois que le guide devrait être actualisé pour tenir compte, par exemple, de la désuétude d’avoir un téléphone avec deux lignes dans une chambre, ou encore un radio-réveil, ainsi que de l’intérêt des clients pour le développement durable.

La dernière édition du guide de classification remonte à 2012, mais les tendances en matière de design intérieur ont depuis évolué. David Comeau a installé l’année dernière des comptoirs en béton dans ses salles de bain, un matériel qu’il jugeait extraordinairement beau et de qualité.

Hélas, le béton ne fait pas partie des matériaux nobles, comme le granit, le quartz ou le marbre, inscrits dans le guide de la CITQ.

Je ne perds pas de points, mais je n’en gagne pas parce que j’ai enlevé des comptoirs laminés, déplore-t-il. Pour un prix moins cher avec du quartz, j’aurais gagné des points… avec un comptoir moins beau.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !